Le 10e titre, Rossi y croit encore mais sans en faire une obsession

Voilà 12 ans qu'il court après un nouveau titre de Champion du monde, et plusieurs années déjà qu'il répète inlassablement ne pas en faire une obsession. Plus sage, attentif aux changements qui s'opèrent autour de lui, Valentino Rossi assume son statut de vétéran, sans toutefois tirer de trait sur sa volonté de briller en piste.

Le 10e titre, Rossi y croit encore mais sans en faire une obsession

Valentino Rossi suscite depuis plusieurs années la curiosité de quiconque juge la quarantaine comme la limite que le bon sens voudrait que l'on ne dépasse pas dans les championnats les plus relevés. À quelques jours de ses 42 ans, le pilote lui-même est titillé par ce statut de vétéran qui se fait sentir de façon de plus en plus pressante. "J'aimerais bien me comparer à quelqu'un sur le fait de courir à 40 ans, mais c'est impossible : personne n'est resté aussi longtemps", pointe-t-il dans les colonnes du Corriere della Sera.

Si le constat est juste pour l'ère moderne, Rossi a encore un peu de chemin à faire pour tenter de battre les records des temps anciens, où il n'était pas si rare que ce cap des 40 ans soit dépassé, y compris au palmarès des victoires. Six pilotes ont d'ailleurs remporté des Grands Prix dans la catégorie reine en étant plus âgé qu'il ne l'était lors de sa dernière victoire (tous entre 1949 et 1977), et le record absolu du vainqueur le plus âgé est toujours détenu par Fergus Anderson du haut de ses vénérables 44 ans et 237 jours.

Rossi, lui, ne s'est plus hissé sur la plus haute marche depuis le Grand Prix des Pays-Bas 2017, une disette qu'il explique aisément. "Parce que gagner c'est dur, parce que le niveau des pilotes est très élevé", résume-t-il. "J'ai eu au moins trois opportunités durant ces quelques années", constate-t-il, ajoutant, lucide : "Il m'a toujours manqué un tout petit quelque chose. Il y a eu un peu trop de chutes et souvent on a été en difficulté techniquement."

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Quid du fameux dixième titre mondial − toutes catégories confondues − après lequel il repart inlassablement en quête depuis désormais plus d'une décennie ? "Je cours parce que je pense réussir à le remporter, mais ce n'est pas une obsession", assure-t-il à moins de deux mois du coup d'envoi du championnat 2021. "Je serais content d'obtenir de bons résultats, de faire des podiums et d'être parmi les protagonistes, de me battre", annonce-t-il simplement, lui qui ne s'est classé qu'une seule fois dans le top 3 la saison dernière.

Vingt-et-un ans après son arrivée dans la catégorie reine, qu'est-ce qui a évolué pour Rossi ? "Les priorités changent", assure-t-il. "À 20 ans on pense à courir encore et encore, c'est tout. On ne se souvient même pas de ce qui se passe entre les courses. Maintenant c'est différent, même si les journées sont identiques à ce qu'elles étaient par le passé entre les entraînements, l'alimentation à surveiller, les courses et les tests. Mais on pense aussi à des choses différentes. J'arrive même à suivre un peu de politique. Je continue à ne rien y comprendre, mais je suis."

Et en piste, ses 42 ans se font-ils ressentir ? "Ça ne change pas grand-chose. J'attaque au maximum et j'évite de faire des bêtises. J'ai toujours été comme ça, même à 20 ans j'essayais de me préserver. Je n'ai jamais été une tête brûlée comme pilote."

Certes modéré en piste, Valentino Rossi a en revanche donné un grand coup de pied dans la fourmilière par son attitude hors piste. S'il s'est assagi, il garde tout de même au fond de lui les traces de ce gamin fantasque qui a révolutionné l'image du championnat. Ainsi lorsqu'il parle de son frère, Luca Marini, de 18 ans son cadet, il constate : "On est différents. Par exemple, il est vraiment sérieux. Quand je le regarde, parfois je me dis qu'il a l'air d'être le seul quadragénaire de la famille. Il est super, il a un talent énorme, il a toujours cru dans ses capacités. Je m'attends à ce qu'il fasse de très bons résultats, même s'il lui faudra du temps pour apprendre à piloter la Ducati."

C'est aussi dans son entourage proche que le champion italien croit identifier ses héritiers, grâce à l'Academy de jeunes pilotes dont il s'est entouré. "J'en vois plus d'un parmi les membres de l'Academy. À commencer par Morbidelli, qui sort d'une saison extraordinaire", souligne-t-il au sujet du pilote qu'il a pris sous son aile à la mort de son père et qui aujourd'hui devient son coéquipier. "Bagnaia aussi est très fort", poursuit-il, "à mon avis il fera une super année avec Ducati. Et puis mon frère Luca : chaque fois qu'on roule ensemble au Ranch, il fait tout le temps la différence. Bezzecchi, Vietti et Manzi grandissent bien aussi."

Le choix précoce de Yamaha, "une erreur"

Pour sa 26e saison mondiale, Valentino Rossi opère cette année un changement de taille en rejoignant une équipe satellite, avec toutefois un soutien de l'usine Yamaha qui lui donne l'impression de revivre ses débuts en 500cc, à une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître et où il prenait ses marques au guidon d'une Honda frappée des couleurs désormais mythiques de Nastro Azzurro.

Rossi le vétéran est toujours là, et son regard perçant juge inlassablement les mutations qui s'opèrent autour de lui. Son ancien team manager, Davide Brivio, parti vers la F1 sitôt le titre MotoGP conquis avec Suzuki ? "Je suis déçu qu'il ne soit plus en MotoGP", regrette-t-il. "C'est un manager qui a élevé le niveau général et une personne que j'ai toujours eu plaisir à croiser dans le paddock. En tout cas, je suis content pour lui. Je crois que c'est un point d'arrivée pour ceux qui font ce métier."

L'absence d'Andrea Dovizioso, contraint à une année sabbatique après la lassitude qui a gangréné son mariage avec Ducati ? "Pour moi, c'est absurde. Il est rapide, expérimenté. Mais il faudrait lui poser la question, peut-être qu'il n'avait plus envie. Si c'est son choix, tout va bien."

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Quant au line-up rajeuni de l'équipe officielle Yamaha, finalisé en janvier 2020 pour les saisons 2021 et 2022, il juge la décision prématurée : "Ils ont choisi les pilotes 2021 avant que commence 2020, et à mon avis c'est une erreur. C'est un défaut du MotoGP. Il faudrait attendre au moins quelques courses."

Se donner du temps, envers et contre tout, voilà la stratégie que Valentino Rossi tentera d'appliquer encore cette année, comme l'a confirmé il y a quelques jours son ami et bras droit, Uccio Salucci, en donnant une perspective à ceux qui trépignent déjà de savoir si le #46 cherchera à être toujours présent sur la grille l'année prochaine. "Ça dépendra beaucoup des courses. Au bout de six ou sept Grands Prix, nous verrons s'il s'amuse et à quel point il est compétitif, puis nous ferons un choix", indiquait celui-ci auprès de Sky Italia. Rendez-vous donc vers le mois de juin, après le Grand Prix d'Italie, pour voir si le vétéran a toujours le feu en lui. À condition que le COVID-19 ne décide pas de chambouler le calendrier et de retarder ses plans…

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