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Ce 10e titre que Valentino Rossi ne remportera jamais

Il y a 24 ans jour pour jour, Valentino Rossi devenait Champion du monde pour la première fois. Aujourd'hui il s'apprête à quitter le MotoGP, résolu à l'idée que le dixième sacre après lequel il a tant couru ne viendra jamais enrichir son palmarès.

Valentino Rossi, Petronas Yamaha SRT

Le 31 août 1997, alors que les unes des journaux étaient consacrées à la mort de Lady Diana survenue dans la nuit, Valentino Rossi écrivait l'une des premières lignes d'un palmarès qui allait devenir parmi les plus puissants de la course moto, en remportant son premier titre de Champion du monde. Vainqueur d'un Grand Prix pour la première fois un an plus tôt, il était désormais sur le toit du monde dans la modeste catégorie 125cc et avait toute une carrière à écrire. Enfant de la balle, Valentino avait hérité le caractère fantasque de son père, l'ancien pilote Graziano Rossi, mais le vent de fraîcheur qu'il faisait souffler sur le championnat par sa personnalité masquait surtout un talent indéniable, au-dessus du lot. Prometteur et bien entouré, il avait très vite affiché son audace au guidon et chacun pressentait qu'il était là pour durer. Peut-être pas à ce point-là, cependant…

En 2009, au moment de fêter son neuvième titre de Champion du monde en 13 saisons, Valentino Rossi pouvait difficilement imaginer comment la série pourrait prendre fin. Il dominait alors sa discipline, dont il était la star incontestée, et rien ne semblait devoir lui résister. Certes, il n'y avait pas si longtemps il avait enchaîné deux défaites au championnat, du jamais-vu pour lui depuis ce premier sacre en 1997, mais l'horizon semblait encore dégagé. À 30 ans, il avait beau commencer à faire partie des anciens, il tenait encore parfaitement la comparaison face à la nouvelle génération. Il contenait son coéquipier, ce jeune Jorge Lorenzo arrivé l'année précédente et à qui il avait montré qui était le patron, et il avait repris l'ascendant sur Casey Stoner qui avait réussi à le battre au championnat en 2007. Il y avait répliqué en marquant le plus grand nombre de points jamais vu dans la catégorie reine en 2008, et il faisait désormais coup double avec ce septième titre parmi l'élite, le neuvième toutes catégories confondues.

Mais finalement, ce 25 octobre 2009 marquait sans qu'il le sache sa dernière victoire au championnat et il ignorait que 12 autres saisons allaient suivre, dans la quête vaine d'un dixième sacre. Certes, sa courbe de performances n'allait pas effondrer du jour au lendemain et il allait encore se battre pour le titre par la suite, mais la réussite ne serait plus au rendez-vous. Il y aurait des victoires en course, de belles bagarres, des podiums aussi dont il finirait par se contenter, mais le succès ultime, lui, continuerait à lui échapper.

La première cassure allait intervenir un peu plus de sept mois après ces festivités, avec un accident survenu pendant les essais de la quatrième manche de la saison et qui s'est soldé par une fracture de la jambe. Il occupait alors la deuxième place du championnat derrière Jorge Lorenzo, décidément de plus en plus efficace, mais son absence allait s'avérer rédhibitoire pour contrer l'Espagnol, désormais capable de rendre une copie parfaite.

Valentino Rossi, Fiat Yamaha Team accident

Valentino Rossi accidenté au Grand Prix d'Italie 2010

Un mois après son retour de blessure, Rossi annonçait se lancer dans un nouveau grand défi. Après celui réussi de son départ de Honda au sommet de la gloire pour mener Yamaha à la victoire, il voulait désormais d'ajouter une autre ligne prestigieuse à son palmarès en gagnant cette fois avec un constructeur italien. L'histoire aurait été belle, et ce d'autant plus pour un champion s'inscrivant dans la lignée de Giacomo Agostini, qui construisit la majeure partie de son illustre palmarès avec MV Augusta, mais ce fut un échec cuisant.

Deux ans plus tard, il était de retour chez Yamaha, bien conscient qu'Iwata lui donnait là sa seule chance tangible de prolonger sa carrière. Celle-ci avait déjà été bien riche et personne n'aurait reproché au #46 de s'en tenir là, mais encore eut-il fallu qu'il s'estime contenté. Or, toujours affûté, l'esprit de compétition toujours aussi vif, il savait qu'il avait encore des ressources, alors qui sait, peut-être qu'un dixième titre viendrait parapher son œuvre avant la retraite ?

Stoner et Lorenzo ne l'avaient pas attendu, comblant son absence à la perfection, mais déjà un autre champion en puissance rejoignait le terrain, au moment même où l'Australien choisissait de se focaliser sur la vie de famille et la pêche… à 27 ans. En 2013, Marc Márquez, 14 ans plus jeune que Rossi ne se fit pas prier pour marquer son territoire. Le Docteur avait besoin de temps pour reprendre ses références, s'adapter aux changements, et déjà il n'était plus le roi, mais bien un courtisan de la couronne parmi d'autres qui, à défaut de disposer de son aura médiatique, avaient tous les arguments pour rivaliser sur le plan sportif.

Outre son talent pur, Rossi restera dans les mémoires pour sa capacité à se réinventer et à s'adapter à l'évolution qu'aura connue sa discipline au fil du temps, au gré de l'arrivée d'une génération de plus en plus jeune et porteuse de nouveautés, au gré aussi de la mutation des prototypes faisant appel à des capacités physiques toujours plus complètes. En 2014, il montrait que la machine était à nouveau enclenchée, remportait non plus une victoire mais deux, doublait aussi son nombre de podiums et terminait deuxième du championnat. Et la saison suivante, voici qu'il était à nouveau en lutte pour le titre, profitant de l'errement de Márquez pour tenter de faire main basse sur la couronne.

Valentino Rossi, Yamaha Factory Racing, avec Jorge Lorenzo, vainqueur de la course et Champion du monde

Valentino Rossi battu par Jorge Lorenzo au championnat 2015

Régulièrement encore, Rossi parle de l'issue de cette saison 2015 comme d'un titre qu'on lui aurait volé. Aujourd'hui, à l'heure d'accepter définitivement qu'il n'aura plus sa chance, il garde un souvenir amer de cette campagne conclue dans la polémique et de la pénalité ayant sanctionné l'attaque de trop sur Márquez et dont les conséquences sportives ont été désastreuses, toujours profondément convaincu qu'il a été dépossédé d'une victoire qui lui revenait. Un autre regret perdure, celui du titre 2006, lui aussi perdu à la dernière manche, après une saison erratique. Ses erreurs s'étaient alors heurtées à la régularité implacable de Nicky Hayden, mais c'est surtout celle commise lors de la finale, alors qu'il s'y présentait en tête du championnat, qui lui fait dire qu'il a gâché sa chance.

"Je suis un peu triste de ne pas avoir gagné de dixième titre, mais surtout parce que je pense que je l'aurais mérité compte tenu de mon niveau et de ma vitesse. Je l'ai perdu deux fois à la dernière course, donc je pense que j'aurais mérité ce dixième titre, mais c'est comme ça", commentait le pilote italien début août au moment d'annoncer sa retraite prochaine.

"Je pense en tout cas que je ne peux pas me plaindre des résultats obtenus pendant ma carrière", ajoutait-il, niant tout autre regret. "Des regrets au sujet de choix que j'ai faits, sincèrement je n'en ai pas. Par exemple, le fait d'avoir couru pour Ducati a été très difficile pour moi, parce qu'on n'a pas gagné, mais c'était un super défi : un pilote italien sur une moto italienne, cela aurait pu être historique si on avait réussi à gagner."

Sans ce dixième titre, sans cesse annoncé comme son objectif à chaque nouvelle saison qui a débuté depuis le dernier sacre de 2009, la carrière de Valentino Rossi est malgré tout légendaire. À peine inférieure mathématiquement à celles de Giacomo Agostini (122 victoires de 15 titres) et Ángel Nieto (90 victoires et 13 titres), sans qu'elles soient véritablement comparables entre elles, on le sait, tant les époques diffèrent. Rien ne sert d'entrer dans les débats futiles sur la valeur de tel ou tel palmarès, quand l'engagement dans plusieurs catégories en même temps était la norme autrefois et quand le contingent d'adversaires varie bien plus que le niveau de talent objectif d'un grand champion. Tout ce qui compte, c'est que Valentino Rossi aura été une légende vivante de la course moto, qu'il aura fait se lever les foules et remporté 115 courses et neuf titres dont les livres d'Histoire autant que les chanceux témoins y ayant assisté se chargeront de passer le souvenir encore bien longtemps.

"Il y a eu beaucoup de beaux moments au cours de ma carrière", se remémorait-il au moment de son annonce. "Pour ce qui est des moments qui sont inoubliables, je dirais qu'il y a trois titres, les plus importants de ma carrière : celui de 2001, quand j'ai gagné le dernier championnat 500cc ; 2004, quand j'ai gagné la première année avec Yamaha ; et aussi 2008 car j'étais déjà vieux, j'étais fini. Après avoir enchaîné cinq titres en MotoGP, j'ai perdu deux années de suite et habituellement, dans une carrière normale, ça veut dire que c'est fini. Mais en changeant de pneus et en passant à Bridgestone, j'ai réussi à revenir au sommet et à me battre avec Lorenzo, Stoner et Pedrosa et à gagner deux autres titres. Je pense donc que ce sont les moments les plus importants de ma carrière."

Sans préciser encore ce jour-là qu'une autre victoire bien plus importante que ce dixième titre manquant couvait dans le ventre de sa compagne, Valentino Rossi voulait retenir l'essentiel au moment où il était enfin prêt à raccrocher : "J'ai eu une très longue carrière, et heureusement j'ai gagné beaucoup de courses, mais il y a des moments, des victoires, qui sont inoubliables. C'était de la joie pure ! Des moments qui m'ont fait rire pendant une semaine. Au bout de dix jours, je riais encore, je me demandais pourquoi et je me disais 'ah oui, c'est pour la course !'."

"Je dois dire à mes fans que j'ai toujours tout donné, et ce pendant très, très longtemps car ça fait plus de 25 ans. J'ai toujours fait le maximum pour rester au top. C'est un long voyage que l'on a fait ensemble. Je crois que beaucoup de mes fans sont nés alors que j'étais déjà en piste ! Ça a été génial, car j'ai reçu un soutien incroyable dans le monde entier. C'est parfois difficile à comprendre pour moi, ça me surprend un peu, mais ça me rend très fier, alors je dois dire merci à tous les fans. Je crois qu'on s'est bien amusé ensemble."

Valentino Rossi face au public de Misano après sa victoire en 2014

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