Valentino Rossi entre fierté et regrets à l'heure du bilan

Jusqu'au bout, Valentino Rossi n'aura eu qu'un seul regret, celui de ne pas avoir pu remporter de dixième titre de Champion du monde, deux sacres lui ayant notamment échappé à la dernière course. C'est néanmoins avec un sentiment de fierté qu'il a mis un terme à sa carrière cette année.

Valentino Rossi entre fierté et regrets à l'heure du bilan

"Drôle, sensationnelle et très compétitive", voici comment Valentino Rossi a résumé sa carrière à l'heure de raccrocher son casque, lors du Grand Prix de Valence. S'il a bouclé sa 26e saison dans le championnat très loin des places auxquelles il a toujours prétendu, le pilote italien savait néanmoins qu'il pouvait être fier de son parcours et du palmarès qu'il s'est constitué au fil des années, l'un des plus riches de la discipline.

Après 432 Grands Prix, il figure au deuxième rang des pilotes les plus victorieux de l'Histoire (115 succès) et au premier pour ce qui concerne la catégorie 500cc/MotoGP. Il est aussi celui qui y compte le plus grand nombre de podiums (199). Quant à ses neuf titres, ils ne sont devancés que par les 15 sacres de Giacomo Agostini et les 13 d'Ángel Nieto. Pourtant, s'il a constitué ce palmarès grâce à une période d'indéniable domination, Valentino Rossi a aussi connu des moments plus rudes, et notamment avec plusieurs défaites au championnat lors de saisons dont il était l'un des principaux protagonistes.

Ainsi, jamais il n'aura véritablement digéré d'avoir vu un dixième titre lui échapper. "Je suis un peu triste de ne pas avoir gagné de dixième titre, mais surtout parce que je pense que je l'aurais mérité compte tenu de mon niveau et de ma vitesse", a-t-il admis cette année. Et il peut d'autant plus le regretter qu'il a vu le sacre lui échapper deux fois lors du dernier Grand Prix de la saison, sur lequel il se présentait pourtant en leader du championnat. Ce fut le cas en 2006, où sa chute s'est révélée rédhibitoire face à Nicky Hayden, monté sur le podium. Puis bien sûr en 2015, avec son départ depuis le fond de la grille, pénalisé pour avoir donné un coup de pied à Marc Márquez à la course précédente. En s'imposant ce jour-là, Jorge Lorenzo avait pu inverser la tendance au classement général.

"Je referais le week-end de Valence de 2006, parce que je me serais mieux préparé, mieux concentré et peut-être que je ne serais pas tombé. Ça aurait été différent", a-t-il réfléchi lorsqu'il lui a été demandé ce qu'il referait différemment s'il en avait l'opportunité. "En 2015, j'ai fait tout ce que j'ai pu mais ça n'a pas été de ma faute si j'ai perdu. Ça fait encore plus mal donc c'est sûrement mon plus grand regret. En 2006, ça allait : j'avais enchaîné beaucoup de titres, donc c'est normal de perdre [à un moment donné]. En 2015, ça aurait fantastique parce que ça aurait fait dix et ça aurait allongé de six ans ma vie de Champion du monde."

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Valentino Rossi, battu par Jorge Lorenzo au championnat 2015

"Je me suis beaucoup battu pour essayer de gagner ce dixième titre. Mon dernier remonte à 2009, c'était il y a une éternité. J'aurais été très heureux de pouvoir en gagner un autre", a-t-il ajouté. "Et puis, le chiffre dix, ça aurait été comme boucler la boucle. Mais c'est comme ça, je ne peux pas me plaindre, j'ai eu une super carrière. Le chiffre neuf apparaît beaucoup dans mon palmarès, car j'ai 89 victoires en 500cc/MotoGP et 199 podiums… C'est un peu la malédiction du 9, et j'aurais préféré ne pas l'avoir ! [rires] Quand j'ai obtenu mon podium à Jerez en 2020, c'était le 199e je me suis dit 'peut-être que ce sera le dernier'. J'aurais aimé arriver à 200, mais ça va."

Battu en 2006 par Hayden, Rossi a ensuite décroché la troisième place du championnat en 2007 (derrière Casey Stoner et Dani Pedrosa) et 2010 (derrière Jorge Lorenzo et à nouveau Pedrosa), avant de rejoindre Ducati pour ce qui aller constituer une véritable cassure dans sa carrière. Avec le recul, il estime qu'il aurait pu faire encore mieux durant sa jeunesse. "Si j'avais investi les efforts des dix dernières années lors de mes premières années, j’aurais pu gagner plus. Quand on est jeune on est plus con et c'est normal. On apprend avec l'expérience", a-t-il réfléchi à ce sujet.

A-t-il d'autres regrets ? "Des regrets au sujet de choix que j'ai faits, sincèrement je n'en ai pas. Par exemple, le fait d'avoir couru pour Ducati a été très difficile pour moi, parce qu'on n'a pas gagné, mais c'était un super défi : un pilote italien sur une moto italienne, cela aurait pu être historique si on avait réussi à gagner."

"Je ne peux pas me plaindre parce que ça a été une très longue carrière et je me suis battu pour le titre durant de nombreuses saisons, ou en tout cas pour des positions importantes. Quand on pilote une MotoGP et qu'on peut se battre pour la victoire, c'est toujours très fun et un grand plaisir", a-t-il voulu retenir.

Trois titres qui ont une place à part

D'une carrière aussi longue et aussi prestigieuse, il y a en effet bien d'autres éléments à retenir, et pour Valentino Rossi cela tient principalement aux performances qu'il a pu réaliser et au plaisir pris en piste. "J'ai eu une très longue carrière et, heureusement, j'ai gagné beaucoup de courses, mais il y a des moments, des victoires, qui sont inoubliables", a rappelé le #46. "C'était de la joie pure ! Des moments qui m'ont fait rire pendant une semaine. Au bout de dix jours, je riais encore, je me demandais pourquoi et je me disais 'ah oui, c'est pour la course !'."

"Il y a eu beaucoup de beaux moments au cours de ma carrière, mais pour ce qui est des moments qui sont inoubliables je dirais qu'il y a trois titres, les plus importants de ma carrière", a-t-il ajouté. "Celui de 2001, quand j'ai gagné le dernier championnat 500cc ; 2004, quand j'ai gagné la première année avec Yamaha ; et aussi 2008 car j'étais déjà vieux, j'étais fini. Après avoir enchaîné cinq titres en MotoGP, j'ai perdu deux années de suite et habituellement, dans une carrière normale, ça veut dire que c'est fini. Mais en changeant de pneus et en passant à Bridgestone, j'ai réussi à revenir au sommet et à me battre avec Lorenzo, Stoner et Pedrosa et à gagner deux autres titres. Je pense donc que ce sont les moments les plus importants de ma carrière."

"Je dois dire à mes fans que j'ai toujours tout donné, et ce pendant très, très longtemps, plus de 25 ans. J'ai toujours fait le maximum pour rester au top", a tenu à souligner Rossi à l'heure des adieux, touché par les nombreuses marques d'affection reçues. "C'est un long voyage que l'on a fait ensemble. Je crois que beaucoup de mes fans sont nés alors que j'étais déjà en piste ! Ça a été génial, car j'ai reçu un soutien incroyable dans le monde entier. C'est parfois difficile à comprendre pour moi, ça me surprend un peu, mais ça me rend très fier, alors je dois dire merci à tous les fans. Je crois qu'on s'est bien amusé ensemble."

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