Viñales sans freins : "J'ai décidé de sauter !"

Incroyablement détendu et serein après un épisode qui l'a vu devoir se jeter de sa moto à plus de 200 km/h lorsque celle-ci a subi une rupture de freins au Grand Prix de Styrie, Maverick Viñales prouve qu'il fait bien partie d'une catégorie unique d'êtres humains : les imperturbables pilotes MotoGP !

Effrayante conclusion de course que celle de Maverick Viñales ! Constatant la perte progressive de ses freins en course, ce qui l'avait fait passer de la sixième place au premier tour à la douzième après la mi-course, le pilote espagnol a tenu à rester coûte que coûte en piste, jusqu'à atteindre le point de non-retour dans le 17e passage et de voir ceux-ci rompre en plein freinage, à l'abord du premier virage du Red Bull Ring.

Un épisode qui a contraint le pilote Yamaha factory à devoir décider en une fraction de seconde de se projeter à terre de lui-même et de laisser filer sa monture à près de 220 km/h dans les graviers et terminer sa course avec brutalité contre un mur de protection. Choquante, l'image du pilote devant fuir sa machine terminant en flammes avait de quoi secouer, mais c'est un Viñales étonnement serein et concentré sur les aspects positifs de son week-end que l'on a retrouvé quelques instants plus tard en interview !

Il semble évident que tu as eu un problème avec les freins mais tu avais déjà levé la main auparavant : est-ce que c'était déjà pour ce souci ?

Oui, j'avais assez bien débuté et je me sentais très bien sur le premier tour : j'ai poussé Dovi, mais comme vous avez pu le voir, je n'avais pas de vitesse de pointe, alors je ne pouvais pas le dépasser. Enfin, j'ai réussi à le doubler et  me suis dit : 'Tiens, je peux aller devant', mais il m'a vite repris !

Ensuite, j'ai simplement attendu pour prendre le rythme mais j'ai commencé à perdre la pression sur le frein avant. J'ai essayé, mais je suis sorti une fois et me suis dit : 'Oh la la ça va être une course difficile'. J'ai fait trois tours très lents, en 1'26. J'ai poussé de nouveau : 1'24, puis je me suis retrouvé sans freins. Quartararo, Valentino [Rossi] et Petrucci m'ont dépassé…

Ensuite, les freins sont de nouveau redevenus bons et j'ai pu tourner dans les 1'24''5 et je remontais bien sur Valentino et Fabio, mais soudain, dans le premier virage, les freins ont explosé et il a été impossible de faire quoi que ce soit…

On a vu la semaine dernière que Fabio a eu des problèmes de feeling avec les freins ; avais-tu des craintes, ou as-tu ressenti quelque chose de similaire ?

Non, c'est quelque chose que je n'ai jamais vu au cours de ma carrière MotoGP. J'ai peut-être déjà eu une petite chute [du freinage] et dû jouer avec la poignée, mais là, j'ajustais la poignéee à chaque tour, virage après virage : je ne pouvais tout simplement rien faire. Je crois qu'une pièce s'est détachée et ma première intention a été de quitter la moto car je ne pouvais tout simplement pas l'arrêter !

C'est dur d'imaginer de sauter d'une moto à cette vitesse !

Mais que faire ? Je n'allais pas rester dessus ! Il fallait sauter… J'ai très bien compris que les freins avaient cassé, donc j'ai décidé de sauter. On gagne et on perd ensemble. Il nous faut maintenant oublier ces deux courses en Autriche : ce furent mes deux pires en MotoGP et nous méritons beaucoup mieux. Nous travaillons très dur.

OK, j'étais bloqué derrière Dovi, mais mon rythme était bien meilleur que ce que j'ai montré et je suis satisfait des réglages que nous avons utilisés ce week-end : ils étaient bons, même en course, et c'est quelque chose de positif. Et j'ai eu des sensations incroyables avec la moto jusqu'à ce que je commence à perdre la puissance de freinage, au tour 3 ou 4.

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J'ai pu dépasser Dovi, ce qui n'est pas facile, et j'ai poussé en permanence : c'est le plus important. Il nous faut penser de manière positive et maintenant arrivent des courses sur lesquelles nous sommes très rapide, et où je le suis en particulier. La semaine dernière, j'étais en pole position, là, j'étais rapide tout le week-end : nous sommes à 100% avec ce que nous avons et nous ne pouvons pas en faire plus. On voit bien que les autres Yamaha aussi sont en grande difficulté, mais aujourd'hui on a eu une bien meilleure journée que les autres Yamaha. Je fais de mon mieux.

 

Tu as été le seul pilote Yamaha avec des problèmes de freins…

Pour être honnête, je n'ai jamais eu ce problème, jamais ! J'aurais dû m'arrêter, mais je ne voulais pas arrêter : je voulais aller au bout, quitte à prendre seulement un point. J'ai tout le temps fait le maximum et je suis resté en piste. Je pense que la solution la plus claire était de m'arrêter mais je ne le voulais pas.

Penses-tu que ce problème soit dû à la nature de la piste en elle-même ?

Non, je ne pense pas.

Les problèmes moteur de Yamaha ont-ils pu amener à réduire le frein moteur pour protéger celui-ci quand tu rétrogrades, et ainsi placer plus de stress sur le frein avant, et expliquer cette défaillance ?

Eh bien, j'espère que je n'ai pas cassé ce moteur ! Le frein moteur est le même. Il faut compenser le manque de vitesse de pointe d'une certaine manière donc je freine très tard par rapport aux autres. En termes de style de pilotage, on exploite la moto à 200%, mais il reste la vitesse de pointe... On se prend 10 km/h par-ci par-là, trois ou quatre dixièmes à différents endroits de la piste. Ça peut se rattraper, mais le problème est que si tu commences premier, tu as un problème car on te dépasse très facilement et pour toi cela devient très difficile de dépasser [de nouveau] : j'ai essayé de toutes les manières et dans toutes les zones avec Dovi et ce n'était pas possible…

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Qu'est-ce que ces deux semaines signifient pour ton championnat ? Est-il encore possible de se battre ?

Brno : erreur ! Autriche ? Erreur ! Autriche [2] : erreur. Il est certain qu'en tant qu'équipe, nous voulons être devant mais il faut oublier le championnat : nous devons maintenant vraiment faire progresser la moto, les autres sont beaucoup plus rapides à l'heure actuelle. On ne sait pas ce qui arrivera à Misano parce que ça change beaucoup d'une course à l'autre ; il faut rester calmes et positifs car les choses peuvent changer assez rapidement.

Il convient de ne pas perdre notre concentration, mais comme vous l'avez dit, nous avons perdu trois grandes opportunités, car Fabio était derrière et je pense qu'il y avait la possibilité d'être devant au championnat, mais c'est comme ça : on fait des erreurs et c'est ce que l'on récolte…

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