Yamaha traitera Viñales et Rossi de la même façon, assure Forcada

Le nouveau chef mécanicien de Viñales profite des essais hivernaux pour faire connaissance avec un jeune pilote affamé et combatif, certain que sa venue ne changera pas la philosophie de Yamaha.

Après avoir travaillé notamment avec Alex Barros, Carlos Checa ou encore Casey Stoner, Ramón Forcada a passé neuf ans aux côtés de Jorge Lorenzo, remportant avec lui trois titres mondiaux. À l'aube de ses 60 ans, il a désormais la charge d'accueillir Maverick Viñales et d'accompagner son acclimatation à sa nouvelle moto.

Lorsque Motorsport.com a rencontré le chef mécanicien, cet hiver, durant la pause, celui-ci assurait que les débuts du nouveau venu s'étaient passés à merveille, mais rappelait aussi que Viñales et Yamaha n'ont, pour l'heure, partagé que de bons moments en quelques jours d'essais. Il semble en tout cas que l'Espagnol ait eu la bonne attitude, à en croire son nouveau bras droit : "Il est nouveau, c'est un jeune, personne n'imagine qu'il puisse arriver le premier jour et tout casser, vouloir tout changer. Cela a été le contraire, il a été très clair et nous a dit que nous étions ceux qui savaient comment était la moto et que c'était à lui de s'adapter."

Le team qui évoluera cette année autour de Maverick Viñales est celui qui encadrait Jorge Lorenzo, à l'exception d'un seul mécanicien qui a suivi le Majorquin chez Ducati. C'est donc au pilote de trouver sa place et de s'adapter à ce nouvel environnement, à un groupe de travail rompu à l'exercice et habitué à la machine.

Viñales pourra-t-il se battre dès cette saison pour le titre ? Difficile à dire, prévient Ramón Forcada, qui rappelle que le pilote n'a eu jusqu'à présent qu'une expérience limitée de sa nouvelle moto. "Pour moi, il y a deux choses très claires : l'une, c'est de boucler un tour rapide et de faire de bons essais ; l'autre, c'est de gérer une course. Surtout quand on voit comment ont été les pneus l'année dernière. En 2016, nous avons assisté à des courses très étranges, et la raison c'est que les pilotes devaient gérer les pneus d'une manière différente de ce à quoi ils étaient habitués."

Il n'empêche que le jeune Espagnol a frappé les esprits dès la première séance d'essais qu'il a disputée avec Yamaha, et qu'il a dominée. "Les temps ont été bons - ce n'était pas ceux de la pole du samedi à Valence, mais ils ont été bons. Est-ce que cela signifie qu'il est prêt à gagner ? Non. Cela signifie qu'il est prêt à être rapide. Pour gagner, il faut gérer", souligne son responsable de team.

"Il savait déjà quelle différence il allait trouver entre la Suzuki et la Yamaha avant de monter sur la moto. Je ne pensais pas qu'il pourrait le savoir aussi clairement, mais en réalité oui, et il le savait seulement après avoir suivi les autres pilotes en piste", pointe l'ingénieur. "Il n'était pas juste à 100%, mais il l'était presque quant à son idée de ce qu'était la Yamaha. Et ce, simplement en l'ayant suivie. Et c'est comme ça qu'il a été rapide dès le début."

En quoi Ramón Forcada a-t-il été surpris par Maverick Viñales ? "Surtout par la rapidité à laquelle il s'est adapté à la moto. D'une bonne moto et d'un bon pilote ne résulte pas toujours une bonne association, il y a parfois des problèmes d'adaptation."

Un caractère inébranlable

Remplacer un triple champion du monde et devenir l'équipier de la star Valentino Rossi, voilà un poste des plus importants pour un jeune pilote de 22 ans, qui ne va pas sans pression. Cela va-t-il peser sur ses épaules ? "Cela dépend du caractère de chacun, si un pilote est dur, si c'est un gagnant, s'il ne se laisse pas influencer par son entourage, et je crois que Maverick est comme cela. Même si j'insiste sur le fait que je le connais peu, je ne pense pas que cela l'affectera", explique Ramón Forcada.

"Il a un entourage qui travaille avec lui depuis des années et ce qu'ils m'ont dit, c'est qu'il a les idées très claires et qu'il ne se laisse pas influencer. Mais cela dépend plus de son caractère, de comment il est et de comment il sera en mesure de se protéger de la pression qu'il peut subir, en général et de la part de Valentino", poursuit-il.

"Il intègre une équipe en tant que remplaçant de Jorge Lorenzo, il ne va pas dans une équipe pour voir ce qui s'y passe. La pression existe dès le premier moment, mais tout le monde m'a dit qu'il était un roc, qu'il suivait sa route, qu'il voulait gagner et que les gens et ce qui se passe autour lui importaient peu."

Quelle collaboration entre Rossi et Viñales ?

Une chose est certaine, aux yeux du chef mécanicien, devenir pilote officiel Yamaha implique de travailler ouvertement, en se soumettant au regard de l'autre partie du stand et d'un pilote aussi coéquipier que rival. En cela, la menace représentée par Viñales aux yeux de Rossi ne changera rien, d'après lui.

"Yamaha compile les commentaires de tous les pilotes et tente de solutionner les problèmes. Il peut se passer deux choses : l'une, c'est que les problèmes coïncident, ce qui est parfait car on sait exactement quel est le problème ; l'autre, c'est que les pilotes pointent des choses différentes, et cela complique un peu plus le travail et vous devez essayer de concevoir une moto qui réponde à des besoins différents", explique-t-il. "Le système de travail ne va pas changer, il a toujours été le même, quand il y a eu le fameux mur et quand il n'était pas là, quand Jorge et Valentino étaient amis et quand ils ne l'étaient pas, quand ils se parlaient et quand ils ne se parlaient pas… La méthode de travail n'a pas changé, c'est un peu l'identité de la marque, qui a toujours travaillé en partageant les données."

"La vérité c'est que, lorsqu'il y avait le mur, nous ne pouvions pas voir les données mais les ingénieurs les voyaient, si bien que ceux qui devaient faire la moto avaient toutes les informations", précise-t-il. "Nous ne pouvions pas connaître ses données, mais à travers les ingénieurs nous avions toujours certaines informations en étant sûrs que Valentino pouvait voir nos données quand il y avait le mur. La philosophie ne va pas changer, au final les ingénieurs ont accès à toutes les données."

"Ce qui est clair, c'est que le traitement que recevra Maverick sera le même que celui de Rossi, le même que celui qu'a toujours reçu chacun des deux pilotes Yamaha. Il n'y a jamais eu de deuxième pilote. À l'époque de Colin [Edwards], je ne sais pas car je n'étais pas là, mais depuis que je suis arrivé (en 2008, ndlr), les commentaires de chaque pilote ont été pris en compte par les ingénieurs", conclut Ramón Forcada.

Les premiers essais qu'il a réalisés avec Yamaha ont vu Viñales prendre l'avantage sur son coéquipier, à Valence comme à Sepang. Et dans la foulée de l'entretien qu'il nous a accordé, Forcada a encore assisté à la domination de son nouveau pilote, en tête du classement d'un test collectif qui donnait le coup d'envoi de l'année. Ses sept premiers jours au guidon de la YZR-M1 ont donc indéniablement affirmé son potentiel, reste à présent le plus difficile : le confirmer en compétition.

Propos recueillis par Germán Garcia Casanova

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Séries MotoGP
Pilotes Valentino Rossi , Maverick Viñales
Type d'article Actualités
Tags ramon forcada