Zarco explique son choix : "Jouer ce va-tout et rebondir dès 2020"

Après l'annonce de son prochain départ de KTM, un an avant le terme de son contrat, Johann Zarco est revenu sur les raisons qui ont motivé son choix et sur ses projets, auxquels il travaille avec toujours à l'esprit les mêmes désirs de réussite en MotoGP.

Zarco explique son choix : "Jouer ce va-tout et rebondir dès 2020"

Trop en difficulté avec la RC16, au point de se sentir "presque malheureux" et "frustré", Johann Zarco a décidé de renoncer à son poste de pilote officiel MotoGP chez KTM pour la saison prochaine. Une décision majeure, qui le replace sur le marché, à une date toutefois qui comporte bien des risques compte tenu du fait que la catégorie reine apparaît déjà au complet pour l'an prochain.

Mais le Français l'affirme : il n'a pas attendu de savoir s'il aurait une solution de secours avant de requérir la sortie de son contrat KTM, il a d'abord voulu être honnête avec son constructeur avant de chercher à organiser son propre avenir. "Pour l'instant il n'y a pas de plan B, mais je suis en train d'y travailler", explique-t-il dans une interview pour RMC. "Sur le papier, tout le monde est bien signé pour 2020. Il y a pas mal de personnes autour de moi, on y réfléchit. J'ai aussi, grâce à l'expérience, des contacts assez bons au sein du paddock, au sein des Grands Prix. Des solutions, il peut y en avoir."

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Toujours motivé par son désir de devenir Champion du monde de la catégorie reine, Johann Zarco assure vouloir s'y maintenir la saison prochaine. "Le but c'est d'aller jouer un titre et actuellement je sens que, même dans les deux années à venir, je n'en aurai pas la possibilité, alors je souhaite rebondir un peu plus tôt", explique-t-il. "L'objectif pour 2020 c'est de courir en MotoGP, d'être sur une MotoGP de bon niveau pour non pas retrouver un niveau de pilotage, parce qu'il est toujours là, il n'est pas perdu en huit mois, mais me mettre cette intensité des avant-postes et ensuite avoir la possibilité de jouer le championnat."

Seulement, les places en catégorie reine sont bien rares, les seules annonces encore attendues à ce stade étant celles qui concernent Jack Miller (qui devrait rester chez Pramac) et Takaaki Nakagami (chez LCR). Quid d'un retour en Moto2 ? "Ça reste aussi une option", indique Zarco. "Il y a, on va dire, un plan A, B, C, peut-être même D… Tout est encore vraiment très frais, l'annonce s'est faite hier [lundi]. En même temps, je dois aussi m'entraîner, c'est pour ça qu'il y a un temps pour prendre les coups de fil, un temps pour s'entraîner."

En attendant que cela se décante, l'avenir immédiat sera de disputer les huit manches restantes de la saison. Même si Stefan Pierer a fait savoir qu'il lui a laissé le choix de stopper dès à présent, pas question pour Johann Zarco de se défiler. "La saison n'est pas terminée. J'ai été très honnête avec KTM, je finis la saison parce que je suis pilote professionnel. Même moi, je n'aurais aucun bénéfice à arrêter maintenant. Être tous les week-ends à plus de 300 km/h, ça reste toujours bénéfique et ça fait apprendre des choses", estime-t-il. "De toute façon, j'ai eu comme un sentiment de paix avec moi-même en pouvant franchir cette étape, en pouvant parler franchement avec les patrons de KTM. Rien que ça, ça peut déjà m'aider à me mettre moins de pression dans le travail à venir sur cette KTM pour terminer la saison."

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"Ça donne davantage faim, puisque pour l'instant je n'ai plus rien. Ça ne met pas de pression supplémentaire", juge le pilote français, curieux toutefois de voir si ce cap désormais passé va lui permettre de se libérer dès Silverstone, la semaine prochaine. "C'est humain. Le fait d'avoir d'un seul coup le couteau sous la gorge, ça peut apporter des énergies supplémentaires qui sont parfois dures à aller chercher."

Malgré les tensions parfois palpables ces derniers mois, le Français s'attend à "une relation apaisée" avec son équipe pour la suite du championnat. "Je leur ai bien dit que je n'ai rien contre eux, rien du tout. C'est simplement moi qui n'accepte pas d'être relégué quasiment dans les dernières positions alors que je peux faire mieux. J'ai pu le prouver avant, mais je ne veux pas seulement me reposer sur ce que j'ai pu faire avant. Simplement, ce désir d'être aux avant-postes brûle au fond de moi et tant que je suis dans ce rythme, avec la motivation pour aller aux avant-postes, je joue un peu ce va-tout pour non pas tenter de rebondir fin 2020 et préparer 2021, mais rebondir dès 2020."

Le refus d'être malheureux sur la moto

Cette décision de rompre l'accord avec KTM est venue du pilote lui-même, qui a sollicité un entretien avec les responsables de son équipe en marge du GP d'Autriche, le week-end dernier. Une requête qui est intervenue alors que la première moitié du championnat ne lui avait pas permis de faire tomber les barrières qu'il avait ressenties dès ses premiers tours de roues sur une moto très différente de la Yamaha qu'il pilotait précédemment, une machine avec laquelle les sensations n'ont jamais été au rendez-vous.

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"J'ai vraiment du mal et du mal. [Après avoir] repoussé à chaque fois au lendemain ou à la prochaine course en me disant que ça [irait] mieux, [j'ai fait] un point au bout de huit mois et je me [suis rendu] compte que piloter c'est ce que je préfère ; si je ne peux pas le faire correctement avec le sourire pour me mettre aux avant-postes, je descends presque malheureux ou frustré de la moto. À un moment, j'ai dit 'je veux sortir de ça', alors j'ai demandé à KTM de pouvoir ne pas continuer l'an prochain et on a discuté très franchement."

Johann Zarco, Red Bull KTM Factory Racing, Miguel Oliveira, Red Bull KTM Tech 3

Le double Champion du monde Moto2 se veut toutefois très réaliste, et conçoit que d'autres parviennent mieux que lui à exploiter le potentiel de la RC16, à l'instar de Miguel Oliveira dont il a salué les performances tout au long du week-end autrichien. "Il y en a qui y arrivent à faire de meilleurs résultats que moi. Il y a actuellement aussi Miguel, qui est rookie et connaît moins bien le MotoGP que moi, et qui a su avoir un travail un peu plus constant pour faire des résultats un poil meilleurs."

C'est renoncer à un bon salaire, lâcher une branche alors que je n'en tiens pas une deuxième. Mais il faut savoir être en accord avec soi-même et là déjà, ça va mieux.

Johann Zarco

"J'en ai pas mal parlé à mon entourage. Peu de personnes me poussaient à ça, parce que c'est renoncer à un bon salaire, lâcher une branche alors que je n'en tiens pas une deuxième. Mais à un moment, il faut aussi se rendre compte de son état d'âme et savoir comment on se sent. Être malheureux sur une moto, non, ce n'est pas pour ça que je cours. J'estime avoir le plus beau métier du monde dans les mains, je fais de la moto, c'est ce qui me plaît. Dès je suis à l'entraînement, je suis quelqu'un qui a plutôt une bonne joie de vivre et les gens ne me voyaient pas avec cette joie de vivre quand je descendais de la moto. Il faut savoir être en accord avec soi-même et là déjà, ça va mieux."

Johann Zarco va mieux, mais il assure en tout cas ne pas avoir été en burn-out ou avoir atteint ses limites psychologiques, comme le laissaient entendre des propos de Stefan Pierer, PDG de KTM AG, rapportés dimanche soir par la presse allemande. "Moi je pense qu'il n'a pas vraiment dit ça", juge le Français. "Il a simplement parlé au magazine Speedweek. Ce journaliste allemand, que j'ai pu découvrir un peu tout au long de cette année, raconte ce qu'il veut et aime bien sortir des mots forts pour faire des buzz." Dont acte.

Enfin, à l'heure d'assumer l'échec de son partenariat avec KTM, Johann Zarco regrette-t-il d'avoir signé avec la marque autrichienne après ses débuts si prometteurs avec Yamaha et Tech3 ? "Non, ça n'est pas du regret, parce que ça n'est pas bon de vivre avec du regret. C'est une expérience de plus, simplement. Après, la signature… C'est toute une autre histoire, c'est du passé. Je n'y pense même pas, mais non, pas de regrets. Il fallait le vivre pour savoir ce que c'était."

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