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Au cœur de la première course de W Series

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Au cœur de la première course de W Series
Par :
6 mai 2019 à 15:00

Dix-huit monoplaces sur la grille de départ, dix-huit femmes au volant. Retour sur le premier meeting de W Series à Hockenheim.

Vendredi, 9 heures. La première séance d'essais libres de l'Histoire de W Series se prépare dans un paddock bien particulier. Dix-huit titulaires et deux réservistes s'apprêtent à prendre la piste au volant de leur Tatuus F3 T-318, et l'ambiance est relativement décontractée. D'habitude, chaque pilote s'échauffe avec son préparateur physique et éventuellement ses coéquipiers ; cette fois, une douzaine de jeunes femmes font leur réveil musculaire ensemble sous la supervision d'un représentant de Hintsa Performance. Elles affûtent leurs réflexes en se lançant des balles, s'étirent, font de la corde à sauter, tout cela dans un esprit de camaraderie évident. "C'est un moment où l'on peut s'amuser un peu avec tout le monde", indique Beitske Visser, ancienne membre du Red Bull Junior Team, qui a couru en Formule Renault 3.5 de 2014 à 2016 avant de rejoindre le GT4 avec BMW. "Ce que l'on doit faire précisément n'est pas si strict. On teste nos réflexes, on peut jouer ensemble."

Caitlin Wood

Le fait que les réservistes, Sarah Bovy et Vivien Keszthelyi, soient autorisées à participer aux essais libres est parlant. Ce poste n'est pas la roue de secours dont il peut initialement avoir l'air ; il est attendu de la Belge et de la Hongroise qu'elles restent affûtées, car les organisateurs feront appel à elles si l'une des 18 titulaires est indisponible… mais également si, au bout de quelques courses, une concurrente ne donne pas satisfaction. Chacune a sa chance, mais encore faut-il la faire fructifier.

La première séance est studieuse, même si Esmee Hawkey, victime d'un souci d'embrayage, n'est pas en mesure de prendre la piste. Tandis que Jamie Chadwick signe le meilleur temps, Alice Powell part en tête-à-queue au dernier virage ; le comportement de la monoplace ne lui convient pas encore. Le débriefing commun aux 20 pilotes, mené par l'écurie unique Hitech GP, représente toutefois une belle opportunité de redresser la barre : le partage des données est de mise.

En W Series, tout est partagé, même les primes de fin de saison : la Championne remportera 500 000 $, pour un total d'un million et demi de dollars réparti entre les 20 pilotes, y compris les réservistes. Vingt pilotes qui viennent d'horizons divers avec des objectifs tout aussi différents ; un certain nombre découvrent même le monde de la monoplace. Toutes ne rêvent pas de Formule 1 – les plus âgées, Shea Holbrook et Emma Kimiläinen, du haut de leurs 29 ans, veulent simplement prendre du plaisir. Sarah Moore vise Le Mans, Gosia Rdest le DTM. Quant à Sabré Cook, l'un des profils les plus atypiques puisqu'elle a remporté l'Infiniti Engineering Academy, elle souhaite courir en IndyCar ou… être ingénieure de course en Formule 1 !

Les pilotes posent pour une photo de pré-saison sur la grille

Surtout, rares sont celles qui suivent un parcours conventionnel comme celui de Jamie Chadwick, qui gravit lentement mais sûrement les échelons des formules de promotion avec succès – en témoigne son titre récent en MRF Challenge. "J'ai débuté en monoplace tard, seulement en 2016, mais j'ai peut-être plus d'expérience récente que nombre de mes concurrentes. Cela m'aide beaucoup pour apprendre les circuits, car je peux vraiment me focaliser là-dessus plutôt que sur la voiture", admet-elle.

Sa compatriote Alice Powell, elle, n'avait pas couru en sport auto depuis 2015, malgré deux sacres en Formule Renault – et l'Anglaise n'est pas seule dans ce cas. "Je sens que j'ai encore des toiles d'araignée à enlever, donc j'espère que le meilleur reste à venir", commente-t-elle. "Nous apprenons à chaque séance. À Almería, nous trouvions la voiture très survireuse avec beaucoup d'adhérence au départ, mais il faut également comprendre comment la voiture se comporte sur une piste légèrement verte."

À 45 minutes du début des EL2, une averse vient justement perturber les festivités. Aussitôt, un grand sourire se dessine sur le visage d'Emma Kimiläinen, qui esquisse même quelques pas de danse. Cette Finlandaise a couru pendant plusieurs années dans le championnat scandinave de voitures de tourisme ; l'adhérence précaire, elle connaît, et elle y prend du plaisir ! "C'est vrai", confirme-t-elle. "Pour moi, peu importe qu'il pleuve ou que ce soit sec." Et Kimiläinen ne manque pas de se montrer à son aise, prenant la deuxième place de la séance derrière Chadwick.

Emma Kimilainen

Pendant ce temps, dans la Sachskurve (virage rendu célèbre par la sortie de piste de Sebastian Vettel au Grand Prix d'Allemagne 2018), Tasmin Pepper et Jessica Hawkins se font surprendre ; l'une tire tout droit, l'autre part en tête-à-queue. Sabré Cook sort également large ; elle parvient à s'extirper du bac à gravier, rallie le garage mais ne reprend pas la piste. "Notre règle, c'est de rentrer au stand pour que les mécaniciens puissent vérifier la voiture, s'assurer qu'elle va bien", explique Cook. "Malheureusement, c'était fini pour moi car il y avait des graviers dans le ponton, à côté du radiateur." Quoi qu'il en soit, nul ne peut leur reprocher de chercher la limite, car la pluie est annoncée pour les qualifications.

Sans faute : il pleut depuis de longues heures quand 18 monoplaces prennent la piste le samedi à 11h55, sous le regard enthousiaste de la fondatrice du championnat, Catherine Bond Muir. Cette dernière applaudit et acclame ses protégées lorsqu'elles démarrent pour se rendre dans la voie des stands. Ce projet a beau avoir été critiqué sans ménagement par certains – notamment les pilotes Pippa Mann et Sophia Flörsch, qui déplorent un aspect ségrégationniste – Bond Muir est convaincue que la mayonnaise va prendre… et notamment grâce à ses détracteurs : "C'est la polémique initiale – les gens qui ont dit que c'était un jour terrible pour le sport automobile – qui a en réalité permis de faire les gros titres, et nous n'avions plus qu'à continuer sur cette lancée en démontrant aux gens, grâce à notre professionnalisme, que nous sommes une organisation incroyable." Elle ajoute : "Je pense que notre structure – payer tous les frais des pilotes – est la clé, car il ne s'agit pas d'avoir le père le plus riche, il s'agit d'être la pilote la plus rapide."

Fabienne Wohlwend

Retour sur les qualifications qui sont animées, c'est le moins que l'on puisse dire. L'une des favorites, Beitske Visser, est frappée de malchance : "Je n'ai pas de puissance, mon turbo ne marche pas !" s'écrie-t-elle à la radio. Shea Holbrook part en tête-à-queue à deux reprises, alors que Megan Gilkes et Alice Powell font une excursion dans les graviers, encore une fois à la Sachskurve. La jeune Canadienne s'en sort, mais pas l'Anglaise, dont le langage corporel est explicite : elle s'en veut amèrement. "J'étais en avance dans les deux premiers secteurs et j'ai trop attaqué", reconnaît-elle.

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Pendant ce temps, Jamie Chadwick poursuit sa démonstration, quasiment deux secondes plus rapide que la concurrence dont une seconde dans le dernier secteur (à l'exception d'Emma Kimiläinen, qui se rapproche à cinq dixièmes dans ce partiel). "Je suis britannique, donc j'aime la pluie !" commente-t-elle malicieusement. En revanche, pour la course, la trajectoire est sèche même si la piste demeure humide par endroits.

Jamie Chadwick en tête au départ de la course

À l'extinction des feux, Chadwick conserve l'avantage de sa pole position mais tire tout droit à l'épingle, cédant la tête de l'épreuve à Sarah Moore. Pendant ce temps, l'envol d'Emma Kimiläinen depuis la quatrième position est laborieux, et la Finlandaise se retrouve en fond de peloton… avant d'être harponnée par une Megan Gilkes en perdition à l'épingle. La benjamine du plateau paraissait parfois stressée, soucieuse au fil du week-end ; malgré des résultats intéressants dans des catégories inférieures, elle pâtit de son manque d'expérience à ce niveau. Gilkes reconnaîtra son erreur, mais Kimiläinen déplorera cet abandon après avoir été compétitive tout le week-end : avec six courses au programme seulement, la moindre déconvenue peut s'avérer très coûteuse au moment de faire les comptes.

Après la neutralisation du Safety Car, Sarah Moore s'avère en difficulté pour ce qui est sa première course en monoplace depuis 2011, et Jamie Chadwick reprend aussitôt l'avantage. Marta García, quant à elle, lance un freinage aussi tardif que spectaculaire sur Moore et Alice Powell, au coude-à-coude à l'épingle, sans succès ; cela annonce toutefois une course extrêmement serrée aux avant-postes. Avant-postes où Moore ne parvient pas à se maintenir, mais Powell impose une pression constante à Chadwick, qui ne semble pas disposer du même avantage qu'en essais.

Alice Powell

La Championne en titre du MRF Challenge remporte néanmoins la première course de l'Histoire de W Series, mais perfectionniste, elle reconnaîtra ne pas avoir réalisé une performance parfaite. Powell et García la rejoignent sur le podium, alors que Beitske Visser rebondit avec la quatrième place après ses soucis moteur en qualifications. Miki Koyama, remontée de la 17e à la septième place, pourrait quant à elle être considérée comme la femme de la course : après avoir réalisé un bon envol, la Japonaise est parvenue à doubler successivement Caitlin Wood, Gosia Rdest, Vicky Piria et Esmee Hawkey.

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D'agréables formalités se succèdent alors pour les femmes du top 3 : photos, interviews... Et lors d'une première conférence de presse où les journalistes ne sont pas particulièrement nombreux mais représentent pour la plupart des médias d'envergure, Chadwick garde les pieds sur terre quand elle est interrogée sur un potentiel avenir en Formule 1, soulignant qu'elle est encore loin d'atteindre l'élite. "Si je ne finis pas dans le top 3, je ne m'attends pas à passer au niveau supérieur. Je veux y être au mérite, et si c'est une autre fille qui remporte W Series, je m'attends sans aucun doute à ce qu'elle ait l'opportunité de gravir les échelons."

Jamie Chadwick après sa victoire

Ce résultat n'a pas la même signification pour chacune. En ce qui concerne Chadwick, c'est la suite logique des événements. Mais García est sur le premier podium de sa carrière en monoplace grâce à une performance impressionnante compte tenu de sa faible expérience : l'ancienne protégée de Renault n'avait disputé que la saison 2017 en F4 avant de devoir revenir en karting. Powell, quant à elle, goûte au champagne pour la première fois depuis son titre de Formule Renault Asie en 2014.

Pour l'Anglaise, ce retour au premier plan était inespéré ne serait-ce qu'il y a quelques mois. Ces dernières années, elle travaillait avec son père en réalisant divers types de travaux, dont des tâches de plomberie : quelques heures avant d'être contactée par W Series, elle était tout simplement en train de déboucher un urinoir. "Je manquais simplement de budget. Le sport auto est devenu encore plus coûteux que quand je courais [en GP3] en 2012", souligne celle qui a également complété ses revenus avec du coaching de pilotes. "Sans W Series, je ne pourrais pas être de retour en piste." Un constat que font la majorité des concurrentes. Et Catherine Bond Muir confirme : "Alice est l'exemple parfait des raisons pour lesquelles j'ai fondé W Series."

Quoi qu'il en soit, si les essais ont pu laisser entrevoir une suprématie sans partage de Jamie Chadwick, la hiérarchie en course paraissait bien plus incertaine. Si les Alice Powell, Marta García, Beitske Visser et autres Emma Kimiläinen, pour leur retour en monoplace, peuvent déjà menacer celle qui évolue au niveau F3 depuis 2017, alors la saison s'annonce passionnante. Et dans deux semaines à Zolder, chacune changera de monoplace, d'ingénieur et de mécanicien, afin d'assurer une équité imperfectible. Que la meilleure gagne !

Jamie Chadwick sur le podium avec Alice Powell et Marta Garcia

Avec Lucy Morson

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