Les métiers des sports mécaniques

Mon job en WEC : opérateur graphique

Motorsport.com s'intéresse à ceux qui, à chaque week-end de Grand Prix, opèrent dans les paddocks tout en étant bien moins exposés que les pilotes. Rencontre aujourd'hui avec Grégory Huon, opérateur graphique chez Al Kamel.

Mon job, c'est…

Je suis opérateur graphique, principalement sur le sport automobile et le football. Mais on peut faire des habillages graphiques sur n'importe quel événement télévisé : des débats politiques, des jeux télévisés, du rugby, etc.

Mon programme du week-end

On arrive le mercredi. Ce jour-là, on installe tout et on s'assure que tout fonctionne. Le jeudi, on vérifie qu'on a bien toutes les informations, que la liste des engagés est à jour. Il faut qu'on soit prêts pour les premiers essais libres : ils ne sont pas diffusés, mais ils nous servent de test grandeur nature. On peut tout essayer : les télémétries, les chronos, etc.

La veille de la course, on a les qualifications ainsi que les courses annexes ; cette année, on a notamment la Formule V8 3.5, on avait la Porsche Carrera Cup à Spa et Road to Le Mans au Mans. On fait donc les courses annexes, pas forcément toutes, mais celles qui sont sous contrat.

Le jour de la course, on arrive le matin, généralement quatre ou cinq heures avant le départ. Après, on fait toute la course, on reste 30 ou 45 minutes pour tous les podiums, pour faire quelques petits graphiques pour la VOD. Ensuite, on range tout et on rentre chez nous le lendemain. Sauf au Mans, où j'ai eu la chance de pouvoir rentrer dès le dimanche soir !

Le plus important dans mon job…

En direct, le plus important, c'est la réactivité et la fiabilité. On est comme un pilote de course, il faut aller le plus vite possible en faisant très, très peu d'erreurs.

Il ne faut pas se tromper de nom quand il y a un crash. Pour moi, c'est interdit. Quand il y a un crash et qu'il faut afficher un nom, quitte à perdre une demi-seconde, il faut la perdre. Ça ne change rien pour la personne qui est devant sa télé. Par contre, une erreur de concentration ou un clic à côté, ça peut tout changer.

Il ne faut pas se tromper dans le nom du pilote, car quand il y a un gros crash, sa famille et ses amis sont en train de regarder. On a une petite responsabilité là-dessus, quand même. Quand on voit le crash, ça part direct ; il n'y a pas de filtre, personne pour nous prévenir si on se trompe. Cela dit, on travaille souvent en binôme, donc on s'aide et on se partage les tâches. Et quand on affiche dans les deux secondes, c'est un bon chrono.

Les opérateurs graphiques Al Kamel Systems

Trois outils qui me sont indispensables

Le premier, c'est le plan du circuit avec la position GPS des voitures. Si une voiture est arrêtée, on regarde souvent le plan pour savoir de qui il s'agit.

Le deuxième, c'est le classement, avec tous les écarts. C'est très important si l'on veut suivre la course. On a des collègues à l'édition, mais c'est principalement à nous de suivre ce qui se passe et de comprendre la course pour pouvoir anticiper les batailles en piste, les arrêts au stand, par exemple. Des fois, il se trouve qu'on voit des choses avant la réalisation, et on les prévient : sur telle caméra, il y a une voiture accidentée. On a les télémétries en plus ; eux n'y ont pas accès. S'il y a une voiture qui va à 60 km/h en sixième, on peut imaginer que c'est un problème de boîte de vitesses. D'ailleurs, il y a un gars qui écoute toutes les communications radio et qui les envoie à l'antenne. C'est un boulot sympa ; très technique, car il faut comprendre, mais sympa. Et quand c'est intéressant, la production diffuse ces discussions en léger différé.

Le troisième outil, c'est l'écoute audio. J'écoute trois personnes : le réalisateur, Olivier Denis, sur le WEC et les 24 Heures du Mans ; son assistante, qui nous dit quelle voiture on va suivre avec quelle caméra ; également le chef d'édition, un journaliste qui s'occupe du côté éditorial de la course.

Les gens avec qui je suis toujours en contact

Du coup, ce sont ces trois-là majoritairement.

Quand je ne suis pas au circuit…

Je ne travaille jamais de chez moi. Avant, je faisais pas mal de simulation auto ; maintenant, j'ai arrêté parce que ce n'est pas possible dans la maison dans laquelle je suis. Le sport, j'en fais moins aussi. C'est vrai qu'on a un travail spécial, parce qu'on voyage beaucoup. Il m'est arrivé d'être 12 jours en déplacement avec une seule journée chez moi, lorsque j'ai enchaîné Formule E, WEC et football. On ne s'en rend pas compte comme ça, mais voyager, c'est fatigant ! Quand on va au Japon ou aux États-Unis et qu'on n'y reste que quatre ou cinq jours, il faut repartir alors qu'on s'est à peine habitué au décalage horaire. J'aime bien être tranquille chez moi, m'installer dans mon canapé et regarder une course de Formule 1 que j'ai manquée parce que j'étais sur le WEC.

Sans moi…

Si je ne suis pas là personnellement, ça va : on est deux sur chaque course, et même quatre pour les 24 Heures, donc en cas de pépin, on peut me remplacer. Mais s'il n'y avait pas de graphiques à l'antenne, ce serait très embêtant pour les téléspectateurs, ils seraient perdus. Surtout sur une course de nuit, où on est les seuls à réellement pouvoir identifier les voitures. S'il n'y a pas de graphiques, personne ne peut vraiment comprendre la course : il n'y a pas d'écarts, pas de classement. On voit des voitures qui tournent, mais on ne sait pas trop ce qui se passe. Surtout aux 24 Heures, ça double de partout, les LMP1, les GT… c'est compliqué !

Le WEC, c'est…

Le meilleur championnat d'Endurance du monde. Je trouve que c'est une super compétition. Au sein de l'organisation, l'ambiance est bonne, c'est une belle famille. On se régale avec les 24 Heures du Mans qui sont, pour moi, la plus belle course au monde. Je suis passionné de sport auto depuis mon enfance, et j'y allais en tant que spectateur tous les deux ans dans le camping ; maintenant, j'y travaille, c'est comme un rêve !

Grégory Huon, opérateur graphique, Al Kamel Systems
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Séries WEC , 24 heures du Mans
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Topic Les métiers des sports mécaniques