Toyota et le besoin "capital" d'adversité en LMP1

Les équipes LMP1 privées que sont Rebellion et ByKolles s’étaient autorisées à rêver d’un "coup" sur les 24 Heures du Mans, après les nombreux déboires de fiabilité rencontrés par les teams d’usine lors des premières manches de la saison WEC.

Ainsi, la structure suisse Rebellion savait que rallier l’arrivée sans encombre technique pouvait potentiellement permettre de monter sur le podium, comme à Silverstone et à Spa. Au final, le monde se souviendra bel et bien de l’édition 2016 des 24 Heures du Mans pour les malheurs de fiabilité rencontrés par la Toyota de tête à seulement quatre minutes de l’arrivée, mais Porsche, Toyota et Audi ont tout de même trusté les trois places du podium sarthois.

Que signifie un podium acquis par élimination ? 

Avant la course, nous avions demandé à Pascal Vasselon si les privés disposaient d’une chance de signer un top 3. Si c’est par l’affirmative qu’avait répondu le meneur de troupes français, il avait tout de même tenu à apporter un important bémol…

"Tout est possible, mais bon, que représente un podium", a-t-il ainsi répondu à Motorsport.com, avant d’hésiter sur le choix des mots. "J'ai une opinion personnelle sur les teams pri... pas sur les teams privés, mais sur la catégorie LMP1-L. À un moment donné, oui, tout peut arriver si les six voitures d’usine ont des soucis… Mais qu'est-ce que ça représente ?"

"Je ne suis pas sûr de ce que ça représente. On n’a pas les mêmes réglementations… Dans ce cas, même une LMP2 peut gagner, hein. Voilà ! Je ne suis pas sûr qu'il y ait un exploit sportif derrière…"

On l’aura compris, il est important pour un manufacturier comme Toyota de trouver sur le plateau d’autres équipes d’usine aux moyens conséquents contre lesquelles se battre à la régulière.

Gagner dans l’adversité, un réel besoin marketing

L’investissement financier humain du groupe japonais est bien entendu axé vers la quête de la victoire, mais sans compétition, pas de communication possible de manière durable. Ceux qui dominent outrageusement dans une discipline comme en WTCC ou WRC en savent quelque chose. Un aspect que Porsche a d’ailleurs bien compris aussi, puisque le groupe allemand n’a pas manqué de saluer et re-saluer la performance du digne adversaire Toyota, ayant rendu sa propre victoire si savoureuse au terme d’un épique combat. 

"C'est juste capital", martèle Vasselon pour Motorsport.com. "Le principe de la compétition, c'est juste de rencontrer ses compétiteurs sur une base identique de réglementation, et à un moment donné le meilleur gagne. Et le meilleur peut, avec raison, dire ‘voilà, on est meilleur que les autres’. Au niveau de ma conviction personnelle, c’est ça, une stratégie motorsport bien construite, qui, quand elle est couronnée de succès, est infiniment plus efficace en termes de construction d'image d'un constructeur qu'une campagne de pub, que l’on achète, qui paraît partout, mais qui finalement tombe à vide."

"On peut affirmer ce qu'on veut dans une campagne de pub, alors. Gagner en compétition, tout le monde ne peut pas le faire, et celui qui arrive à gagner démontre quelque chose, donc pour moi l'efficacité en termes de construction d'image du sport automobile est excellente."

Le LMP1 privé a-t-il un avenir durable ?

Pour l’heure, le WEC s’efforce de trouver une solution pouvant permettre aux équipes LMP1 privées de côtoyer les constructeurs sur la grille. Mais le paradoxe de la situation rend la gestion également difficile pour ces privés, qui, selon les propres mots de Nicolas Prost, évoluent dans un No Man’s Land les amenant à reconsidérer sérieusement le bien-fondé de leur engagement dans la discipline.

C’est avec les réglementations techniques que les organisateurs tentent pour le moment d’équilibrer les choses en calibrant la donne technique et limitant certains aspects de la performance. Pour un constructeur, il est malgré tout possible de communiquer de manière efficace, même en cas d’interposition de règles frustrantes, car ces changements imposent un programme recherche et développement constant pour trouver de nouvelles solutions et compenser les pertes. Cela peut toujours être utilisé à des fins marketing pour faire l’étal du savoir-faire des constructeurs.

"C'est toujours beaucoup d'aspects, la réglementation", sourit Vasselon. "Certains aspects sont aussi le contrôle de la sécurité : à un moment donné, il faut accepter que l'on ne puisse pas tolérer une performance qui augmente de cinq secondes par an donc ça, tout le monde est prêt à le comprendre et à l'accepter."

"Encore une fois, ce qui compte, c'est que tout le monde ait et applique la même réglementation. C’est alors ce qui me fait revenir aux LMP1 privés : ils ne sont pas sur la même réglementation donc, à un moment donné, il y a pas de compétition. Il y a un résultat qui va être ce qu'il est, mais on ne s'affronte pas selon les mêmes réglementations, donc à un moment donné ce n'est pas une compétition. Par contre, avec Audi et Porsche, c'est clair, nous sommes dans un cadre réglementaire qui est connu, qui est le même pour tout le monde. Et que le meilleur gagne !"

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A propos de cet article
Séries WEC , 24 heures du Mans
Équipes Toyota Racing
Type d'article Actualités
Tags endurance, lmp1, pascal vasselon