206 WRC, l'autre sacré numéro du Lion

Quinze ans après la 205 Turbo 16, et il y a tout juste 15 ans, sa petite sœur a réédité en 2000, l'exploit de gagner les deux titres dès sa première saison complète... et porté au firmament un pilote qui se croyait perdu pour le rallye.

206 WRC, l'autre sacré numéro du Lion
Marcus Gronholm et Timo Rautiainen, Peugeot Sport Peugeot 206 WRC
Marcus Gronholm, Peugeot Sport Peugeot 206 WRC
Marcus Gronholm et Timo Rautiainen, Peugeot Sport Peugeot 206 WRC
Marcus Gronholm and Timo Rautiainen, Peugeot Sport Peugeot 206 WRC
Marcus Gronholm and Timo Rautiainen, Peugeot Sport Peugeot 206 WRC
Les vainqueurs Marcus Gronholm et Timo Rautiainen, Peugeot Sport Peugeot 206 WRC
Marcus Gronholm et Timo Rautiainen, Peugeot Sport Peugeot 206 WRC
Les Champions du monde 2000 Marcus Gronholm et Timo Rautiainen, Peugeot Sport Peugeot 206 WRC
Marcus Gronholm et Timo Rautiainen, Peugeot Sport Peugeot 206 WRC
Marcus Gronholm et Timo Rautiainen, Peugeot Sport Peugeot 206 WRC
François Delecour, Peugeot Sport
François Delecour et Daniel Grataloup, Peugeot Sport Peugeot 206 WRC
François Delecour et Daniel Grataloup, Peugeot Sport Peugeot 206 WRC
François Delecour et Daniel Grataloup, Peugeot Sport Peugeot 206 WRC
François Delecour et Daniel Grataloup, Peugeot Sport Peugeot 206 WRC
Gilles Panizzi, Peugeot Sport Peugeot 206 WRC
François Delecour and Daniel Grataloup, Peugeot Sport Peugeot 206 WRC
Gilles Panizzi et Hervé Panizzi, Peugeot Sport Peugeot 206 WRC
Gilles Panizzi et Hervé Panizzi, Peugeot Sport Peugeot 206 WRC
Les vainqueurs Gilles Panizzi et Hervé Panizzi, Peugeot Sport Peugeot 206 WRC
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La 206 WRC sortie des ateliers de Vélizy a fait ses débuts en compétition au Tour de Corse 1999, tout juste 15 ans après sa devancière. Et comme celle-ci avec Ari Vatanen en 1984, elle a aussitôt signé le meilleur temps de la deuxième spéciale. Elle s'est emparée du même coup, aux mains de François Delecour associé à Daniel Grataloup, de la tête de l'épreuve avec un petit dixième de seconde d'avance sur la Citroën Xsara Kit-Car des futurs vainqueurs, Philippe Bugalski et Jean-Paul Chiaroni.

Les quelques saisons précédentes, Peugeot avait affronté Renault, avant que Citroën ne prenne le relais une fois le Lion parti en WRC, dans un Championnat de France qui n'avait jamais si bien porté ce nom. Son arme? La 306 Kit-Car dont François Delecour, “redescendu” du WRC après avoir vu sa progression freinée par un accident de la route en 1994 puis stoppée par le passage de témoin de Ford à M-Sport en 1996, parle encore avec des étoiles plein les yeux.

C'est durant cette période que le nouveau Directeur de Peugeot Sport et gourou de la communication déjà présent dans ce dernier domaine à l'époque de la 205, Corrado Provera, avait décidé de retenter l'aventure du “Mondial” des rallyes avec la future 206 – qui, au moment de la décision de lancer le programme, devait d'ailleurs s'appeler 207. Delecour et Gilles Panizzi, pilotes Peugeot en Championnat de France, furent logiquement désignés pour la développer. Puis leur fut adjoint un Finlandais connu seulement des spécialistes de la discipline : Marcus Grönholm.

Pilote Toyota de longue date, celui-ci avait remporté cinq fois le Championnat de Finlande entre 1991 et 1998 et n'avait jamais eu vraiment sa chance en Mondial, mais il avait marqué les esprits en installant la toute nouvelle Corolla WRC en tête le premier soir du Rallye de Finlande 1997 – pour le retour du constructeur nippon après une année de suspension et une autre de développement. Hélas, le manque de perspective à Cologne – où était déjà installée cette équipe en partance pour la Formule 1 – et ailleurs était en train de le convaincre d'arrêter sa carrière quand il reçut, durant l'édition suivante de sa manche nationale du WRC, la visite de Jean-Pierre Nicolas.

Ce dernier, lui-même pilote de développement 15 ans plus tôt de la 205 Turbo 16 qu'il avait également fait débuter en course et à laquelle il avait apporté ses premiers points, était désormais le team manager de l'équipe Peugeot. Corrado Provera et lui souhaitaient poursuivre l'histoire commune de ceux qu'on surnommait les Finlandais Volants avec le Lion, plaçant Grönholm dans le sillage des Vatanen, Salonen et autres Kankkunen.

Couac à Monte-Carlo

Après un double abandon en Corse pour ses deux pilotes français, la 206 WRC, blanche et ornée en cette première année d'un gigantesque Lion de Peugeot peint en bleu sur le capot, dut attendre un peu plus longtemps que sa grande sœur pour s'imposer. Alors que cette dernière l'avait fait dès sa troisième apparition, au Rallye de Finlande 1984, elle obtint une 4e place avec Grönholm au même stade et dans le même rallye avant que Gilles et Hervé Panizzi ne se classent 2e du Sanremo.

La 206 devenue grise allait devoir attendre sa huitième tentative pour remporter cette première victoire tant attendue, au terme du Rallye de Suède 2000 dominé de la tête et des épaules par un Grönholm accompagné comme de coutume par son copilote et beau-frère, Timo Rautiainen. Mais avant cela, la saison avait commencé par un énorme couac au Monte-Carlo. Le matin du deuxième jour, les trois voitures avaient en effet refusé de démarrer pour quitter le parc fermé de Gap plongé dans des températures glaciales durant la nuit...

On a fait rigoler la France, la Navarre, Monte-Carlo, tout le monde,” déclara non sans humour Corrado Provera à Rallyes Magazine quelques mois plus tard, une fois les titres conquis. “Et mon teinturier qui me demandait : alors, votre 206, elle a démarré ce matin ?”

C'est vrai qu'après, il y eut la Suède et la victoire. La délivrance. D'autant que ce fut une belle victoire. En gagnant là-bas, on s'est libéré d'un poids et Marcus s'est libéré dans sa tête. Il est enfin parvenu à démontrer que ce talent immense qu'il avait, dont il était convaincu mais nous pas encore, était bien là. Il avait connu une longue traversée du désert, il avait donc soif.”

Cinq points devant Burns

Grönholm, qui n'était nominé pour marquer des points constructeurs que sur les épreuves terre en plus de la Suède (alors que Delecour était désigné pour toutes et Panizzi pour les trois manches asphalte en plus du Monte-Carlo), remporta deux autres victoires en milieu de saison. D'abord en Nouvelle-Zélande, ensuite chez lui en Finlande où il fut pour la première fois prophète en son pays. Il en ajouta une quatrième en Australie, se classa 2e en Grande-Bretagne et ce pilote pourtant réputé pour sortir plus souvent qu'à son tour de la route n'abandonna qu'une fois de tout le championnat qu'il découvrait en grande partie : à l'Acropole, où était parti en tonneau dès le premier jour.

Mais ce furent aussi ses deux 5e places en Catalogne et en Corse, puis la 4e obtenue au Tour de Corse, qui lui permirent de devancer Richard Burns de cinq petits points et remporter un titre pour lequel personne n'aurait imaginé le voir se battre avant la mi-saison. Ces trois résultats précieux avaient en effet été obtenus sur le goudron, une surface qu'il n'avait jamais “roulée” auparavant...

Marcus, c'est un Monsieur,” dit encore Provera. “Il n'y a qu'à voir : tous ses collègues membres de l'équipe sont si contents qu'il ait gagné. Il nous apporte une grande rigueur et beaucoup de simplicité, de sympathie. Comment voulez-vous que des latins comme nous ne réagissions pas par l'étonnement d'abord, l'admiration ensuite et enfin la défonce pour être derrière lui ?”

Référence à battre

Dans une ambiance délétère sur fond d'accusation mutuelle d'avoir effectué des reconnaissances interdites sur ces épreuves, Panizzi et Delecour mirent quant à eux leur pierre à l'édifice en signant – dans cet ordre – deux doublés implacables en Corse et en Italie qui assirent la domination de Peugeot au Championnat des constructeurs remporté devant Ford et Subaru.

Voici comment la 206 WRC, avec son petit gabarit – il lui avait fallu une dérogation pour être homologuée, en plus d'être dotée de généreux pare-chocs à l'avant comme à l'arrière – et sa boîte de vitesses semi-automatique au système inédit de changement de rapport (un cerceau derrière le volant pour les monter, un autre plus petit sur le devant pour les descendre avec le pouce) devint elle aussi une reine des rallyes... et contribua à faire passer au second plan les déboires de Peugeot en F1...

Moi, au début, j'avais dit : on pourra se battre devant. On ne pouvait pas dire autrement : avant nous, il y avait eu la 205 Turbo 16...

Corrado Provera, Directeur de Peugeot Sport en 2000

Peugeot remporta deux autres titres des constructeurs en 2001 et 2002, et Grönholm une autre couronne des pilotes en 2002, avant que la 206 ne cède la place à la 307 WRC qui n'allait jamais la faire oublier, loin s'en faut, et ne remporta qu'une victoire. Mais elle signa ses 18 autres succès (11 pour Grönholm, cinq pour Panizzi, un pour Harri Rovanperä et Didier Auriol qui avaient remplacé Delecour dès 2001), après les six de 2000, alors qu'elle était la référence à battre et non plus la surprise comme en 2000.

Moi, au début, j'avais dit : on pourra se battre devant,” avait assuré Provera à Rallyes Magazine au terme de cette première saison victorieuse. “On ne pouvait pas dire autrement : avant nous, il y avait eu la 205 Turbo 16... Il fallait dire qu'on allait se bagarrer en tête. Mais jamais je n'ai dit que nous serions Champions du Monde cette année. C'était impossible. C'était peut-être un rêve, mais les rêves, on ne peut pas les avouer.”

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