Catalunya 1995 - Polémiques à gogo et grosse colère

Il y a vingt, ans, la manche espagnole du WRC avait été marquée par une des plus grosses irrégularités techniques et l'une des histoires de consignes les plus tendues que la discipline ait connues.

En 1995, comme en 2015, les deux dernières manches du calendrier WRC se déroulaient sur la Costa Brava et en Grande-Bretagne. Et comme en 2015, deux pilotes de la même équipe étaient aux deux premières places du championnat. Mais la comparaison s'arrête là, car Colin McRae et Carlos Sainz, équipiers chez Subaru, étaient franchement au coude-à-coude.

Une domination suprenante

Ce n'est pourtant pas de Subaru qu'est venue la première polémique du week-end, mais bien de Toyota. L'équipe d'Ove Andersson avait remporté deux titres avec Sainz en 1990 et 1992, puis deux autres avec Juha Kankkunen en 1993 et Didier Auriol en 1994 – soit quatre en cinq saisons. Mais sa campagne 1995 avait été plus terne avec une seule victoire signée par Auriol au Tour de Corse, pour son premier rallye avec Denis Giraudet dans le baquet de droite. Et encore, une victoire acquise après l'abandon tardif de Bruno Thiry : le Belge avait dominé le rallye de la tête et des épaules avant de connaître un souci technique sur sa Ford Escort dans la toute dernière spéciale.

Au volant d'une nouvelle version de la Celica, Kankkunen domina pourtant toute la première et une partie de la deuxième étape, avant de sortir de la route. Il était arrivé bien trop vite dans un gauche suite à une incompréhension avec son copilote Nicky Grist à la lecture d'une note.

La tricherie "la plus astucieuse"

Mais cette domination avait eu de quoi surprendre, plus encore car Kankkunen n'était pas vraiment un maître de l'asphalte – il n'avait d'ailleurs jamais mené de rallye sur cette surface auparavant. Et elle en avait surpris plus d'un, mais ce n'était rien à côté de ce qui allait suivre.

Après une inspection des commissaires techniques, il s'avéra que les Toyota étaient équipées d'un turbo non conforme leur procurant, pour faire simple, un important surcroît de puissance. Simple, le procédé ne l'était pas vraiment. Max Mosley, alors Président de la FIA, parla même de la tricherie “la plus astucieuse” qu'il ait jamais vue en sport automobile. Et l'équipe de Cologne fut non seulement exclue du rallye mais aussi du suivant et... suspendue pour toute la saison 1996. Elle n'allait faire son retour que courant 1997, avec la nouvelle Corolla WRC, pour remporter un dernier titre constructeurs en 1999 avant de se tourner vers la Formule 1.

Rififi chez Subaru

Pendant ce temps, l'équipe Subaru s'était un peu faite oublier. Un comble, alors que ses deux pilotes principaux étaient en lice pour le titre et que l'équipe Prodrive pouvait apporter à cet autre constructeur japonais, mais bien plus petit, son premier titre mondial.

Deuxième et quatrième à l'issue de la première étape – le troisième pilote Toyota, Armin Schwartz, s'étant intercalé entre eux –, Sainz et McRae eurent la voie libre le lendemain avec l'abandon de Kankkunen et l'exclusion des deux autres Celica. Ils se retrouvèrent ainsi aux deux premières places, et l'Espagnol bien parti pour remporter une victoire à domicile.

La décision [de geler les positions] a été prise hier soir et je n'étais pas d'accord au début car je ne trouvais pas cela équitable.

Carlos Sainz

Seulement, voilà. Alors que David Richards, patron de Prodrive, avait décidé de geler les positions avant la dernière étape afin de ne pas voir ses pilotes lutter et risquer de sortir de la route, donc de compromettre une couronne qui n'attendait plus que de se poser sur la tête des membres de l'équipe, Colin McRae parcourut la dernière étape toutes voiles dehors... au point de revenir sur son équipier à quelques encablures de l'arrivée.

Ses patrons ne voulant pas que leur autorité soit contestée, on assista alors à l'une des scènes les plus cocasses jamais vues en WRC, deux émissaires de l'équipe envoyés sur le parcours de la dernière spéciale intimant à leur bouillant pilote l'ordre de s'arrêter le temps de repasser derrière Sainz au chronomètre. Les images, y compris en caméra embarquée, du jeune Écossais levant à peine le pied pour passer entre les deux membres de l'équipe, obligés de s'écarter, sont restées célèbres.

McRae s'étant finalement vu obligé, sans doute avec des arguments sonnants et trébuchants, d'encaisser une pénalité sur le parcours de liaison, la victoire fut rendue à un Sainz quelque peu gêné.

La décision [de geler les positions] a été prise hier soir et je n'étais pas d'accord au début car je ne trouvais pas cela équitable,” dit-il. “Puis j'ai accepté l'idée qu'il était important pour Subaru que les deux voitures terminent en tête afin de remporter le titre. Mais je n'étais pas content, car je n'avais pas du tout demandé qu'une telle décision soit prise.”

C'était une consigne claire, mais je n'étais pas d'accord. J'ai gagné ce rallye. Moi aussi je me bats pour le championnat, pourquoi devrais-je finir 2e ?

Colin McRae

Et David Richards, face à la colère de McRae, de renchérir à l'attention de son protégé : “Ça fait partie de la réalité d'une équipe professionnelle, j'en ai peur. Parfois, cela crée du mécontentement chez certains. Mais c'est comme ça.”

McRae, bien sûr, n'en démordait pas. “C'était une consigne claire, mais je n'étais pas d'accord,” dit-il sans se démonter. “J'ai gagné ce rallye. Moi aussi je me bats pour le championnat, pourquoi devrais-je finir 2e?” À la question de savoir s'il avait agi en professionnel en encaissant “volontairement” une pénalité, il répondit : “Je devais le faire.” Avant de s'éloigner et d'envoyer valdinguer d'un énorme coup de pied une... poubelle posée à côté du motor-home.

L'épilogue eut lieu quelques semaines plus tard en Grande-Bretagne, où Colin McRae domina sur ses terres et devint à 27 ans le plus jeune Champion du Monde des Rallyes, devant pas moins de 10'000 spectateurs massés sur le parcours de la dernière spéciale...

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Séries WRC
Événement Rallye d'Espagne
Type d'article Contenu spécial
Tags kankkunen, mcrae, sainz, subaru