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Les champions des années 1980 et les terrifiantes Groupe B

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26 mai 2020 à 15:23

Motorsport.tv nous plonge aujourd'hui dans les années 1980, décennie la plus excitante mais aussi la plus terrifiante du WRC, avec les fameuses Groupe B. Markku Alén, sacré puis dépossédé du dernier titre de cette ère, nous livre ses souvenirs pour illustrer cet épisode spectaculaire et tragique, issue des archives Duke Classic.

Dans l'Histoire du Championnat du monde des Rallyes, les années 1980 restent la décennie des drames, des controverses et celle d'une génération de champions à part. Grâce à ces images d'archives, revivez des rallyes légendaires tels que le RAC, le Monte-Carlo ou les 1000 Lacs, afin de revivre le parcours des sept pilotes qui ont régné en maître sur les années 1980. Les rivalités amères et la concurrence féroce entre eux ont contribué à faire de cette époque une ère inoubliable, mais leurs bolides ont aussi durablement marqué les esprits, particulièrement les voitures du Groupe B, qui sévirent de 1982 à 1986.

La Peugeot 205 T16, la MG Metro 6R4, la Lancia S4 et la Ford RS200 sont donc les autres icônes de cette époque, elles qui ont contribué à écrire des pages parmi les plus légendaires de l'Histoire du rallye. On se souvient de voitures spectaculaires et innovantes, mais aussi des tragiques accidents qui ont émaillé cette époque et pour lesquels elles ont été pointées du doigt. La mort d'Henri Toivonen et de Sergio Cresto au Tour de Corse 1986, notamment, fut un tournant, entraînant l'interdiction de ces voitures dès 1987.

Le Finlandais, vainqueur par trois fois et entre autres de la première épreuve de cette funeste saison 1986, a puissamment marqué celui qui fut son coéquipier, Markku Alén. "Henri était un bon gars, vous savez, un dur. Une fois devenu pilote professionnel, il ne voulait que la victoire − la deuxième place ne valait rien."

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Nous étions à Jyväskylä, lors du Rallye de Finlande 2016, lorsqu'Alén nous tint ces propos. Essayer de lui parler dans un tel contexte, c'était un peu comme tenter d'engager la conversation avec le Pape en pleine messe. Le rallye touche d'ailleurs à la religion en Finlande, et chaque mot des dieux du volant est parole sainte pour un peuple en adoration. Cette année-là, la Lancia Delta S4 de Toivonen, exposée sur place, avait quelque peu volé la vedette aux WRC modernes lors de la première étape du rallye. Elle permit d'engager la conversation. "Belle voiture, hein ?" me dit-il Alén. "Une belle voiture, et ces couleurs, vraiment fantastiques. J'aime ces beaux sponsors. Martini a toujours été le meilleur pour moi."

Henri Toivonen, Sergio Cresto, Lancia Delta S4

Henri Toivonen et Sergio Cresto (Lancia Delta S4) au Rallye Monte-Carlo 1986

Trois décennies plus tard, la S4 avait laissé un souvenir impérissable au Finlandais. Une voiture au look encore moderne et dont transparaît la puissance, aussi brutale que pouvaient l'être les Groupe B. "Parfois, j'avais peur dans la S4", nous dit Alén. "Je me souviens qu'ici, à Ouninpojha, en 1986, nous sommes partis en travers puis en tête-à-queue à très grande vitesse. Une grosse chaleur, je vous le dis. Cette fois-là, j'ai eu peur. 'Que se passe-t-il ?' Je suis sorti de la spéciale et il manquait l'aileron arrière − pas d'appui. C'était très effrayant. La S4 n'était pas une voiture facile à conduire. Le volumex [apportant la suralimentation, ndlr] très bas était à environ 4000 tr/min. Mais il y avait ensuite un trou avant que le turbo ne s'actionne, puis il y avait plus de puissance."

Les craintes d'Alén étaient tout à fait compréhensibles, lui qui avait vu ses coéquipiers Henri Toivonen et Sergio Cresto mourir dans leur voiture en feu quelques mois plus tôt, au Tour de Corse. "Quand j'étais sur la ligne de départ de la spéciale en Corse, [on voyait] la fumée arriver. 'Qu'est-ce que c'est ? Je ne comprends pas, un feu de forêt, quelque chose comme ça ? On y va'. Je suis descendu jusqu'à ce gauche et la voiture était sortie. C'était fini pour eux. Ça a été un très mauvais moment, vraiment très mauvais."

Ce moment était d'autant plus difficile pour lui, qu'il avait déjà perdu un coéquipier 12 mois plus tôt sur ce même rallye, lorsqu'Attilio Bettega était sorti dans les arbres au volant de sa Lancia 037. "J'ai beaucoup appris à Bettega. Il était bon, il était vraiment en train de devenir un bon pilote. Très calme, mais très pressé", nous décrivit-il. Et Markku Alén avait le temps lorsqu'il nous tint ces propos, pas une seule fois il ne regarda sa montre ou laissa son regard s'échapper, mais son caractère était lui aussi celui d'un homme pressé. À bientôt 70 ans, il n'a pas changé et ce n'est pas pour rien qu'il est encore connu sous le surnom de Mr Maximum Attack.

Alén est également représentatif de cette folle époque des Groupe B par son approche pragmatique. Il fallait se débrouiller. "On ne réfléchissait pas à l'époque. Assis sur le réservoir de la S4 − OK. On ne savait pas du tout quelle était la force de l'arceau. Et les spectateurs… Certains étaient vraiment stupides. On roulait vers un mur de personnes, qui soudain s'ouvrait. On ne pouvait pas changer notre façon de conduire : si on se mettait à slalomer, on perdait une minute. Il fallait juste espérer passer au travers. On ne relâchait pas l'accélérateur, on conduisait juste." Et ils conduisaient très, très vite, les pilotes de ces monstres de mécanique. "Dans les lignes droites, la voiture était folle. Tellement rapide. Je me souviens quand nous avons testé la Delta Groupe A fin 1986… 'Eh, qu'est-ce que c'est ? Cette voiture, ce n'est rien'."

Un dernier titre sur tapis vert

On peut comprendre que Markku Alén ait des difficultés à garder de bons souvenirs de cet hiver 1986, celui qui marqua sa cruelle défaite au championnat, juste avant l'interdiction des Groupe B. Vainqueur du championnat pilotes en 1978, un an avant la création du WRC, le Finlandais a vu s'envoler le titre alors qu'il se présentait sur la dernière manche, l'Olympus Rally, aux États-Unis, en tête du championnat avec un point d'avance sur Juha Kankkunen. Bien qu'il soit sorti vainqueur de ce dernier round, la couronne lui a été retirée après le jugement de l'appel de Peugeot pour une exclusion du Sanremo, quelques semaines plus tôt, faisant suite à l'utilisation de jupes aérodynamiques sur les bas de caisse des 205.

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Son moment semblait pourtant être arrivé. "On parlait beaucoup de ce qui se passait à la FIA. Donc, avant le départ de l'Olympus Rally, nous avons discuté et la FIA, Peugeot et Lancia se sont mis d'accord : celui qui gagnerait là-bas serait Champion du monde. Juha et moi avons donc attaqué comme des fous. Ce sont les plus grands risques que nous ayons jamais pris. Mais aux États-Unis, la S4 était la meilleure voiture que j'ai jamais conduite. Je ressentais une puissance de 650 ou 700 chevaux sur ce rallye. Nous avons fait un rallye fantastique, mais vraiment très risqué. Nous étions en train de gagner et nous avons commencé à penser que nous étions Champions du monde."

Une semaine plus tard, c'en était fini des Groupe B. Et, alors qu'il se trouvait en Laponie pour des tests de la Groupe A de Lancia avec son copilote Ilkka Kivimäki, Alén a compris que le titre allait lui être retiré au profit de Kankkunen. "J'ai vu arriver un avion privé. Nous étions au beau milieu de l'hiver : pourquoi un avion privé arrivait-il dans le nord de la Finlande ? Je savais que c'étaient des gens de Lancia. J'ai tout de suite dit à Kivimaki : 'On a perdu'." Il voyait juste : les résultats du Sanremo étaient annulés et Alén perdait les points qu'il y avait marqués. "Je sais ce que cela fait d'être Champion du monde. Je l'ai ressenti pendant dix jours et cela n'a pas changé ma vie. On a fait une belle fête et puis j'ai tout perdu. [Mais] la vie est belle, j'ai beaucoup de bons souvenirs et des amis fantastiques."

Markku Alen

Pendant quatre ans, les Groupe B ont eu des airs de vrai drame, dont le dernier acte fut cruel à l'égard d'un équipage qui avait contribué en grande partie à cette Histoire passionnée. C'est cette époque légendaire et marquante que vous pouvez retrouver dans cet épisode exceptionnel des archives Duke Classic. Outre les pilotes couronnés, il rend hommage, entre autres, à l'incroyable Markku Alén, avec ce titre détenu quelques jours seulement, mais aussi à un autre grand nom des années 1980 n'ayant pas réussi à entrer au Panthéon des champions : Michèle Mouton, première femme à s'imposer en WRC. Une décennie marquée par des monstres de puissance, la folie des spectateurs, de terribles tragédies et quelques-unes des batailles les plus serrées jamais vues en WRC.

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Cet épisode fait habituellement partie du contenu premium de Motorsport.tv, mais certaines des archives de Duke sont exceptionnellement mises à disposition gratuitement afin de vous aider à passer le temps de façon bien agréable pendant la période très inhabituelle que nous vivons tous. Si cela vous plaît, n'hésitez pas à visiter Motorsport.tv, où vous trouverez plus de 750 épisodes de la sorte, soit des milliers d'heures d'images exclusives ! Visitez la chaîne Duke Classic ici.

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