Le tour du monde de Gabin Moreau : Corse

De retour d'un week-end frustrant, le copilote de Stéphane Lefebvre explique les spécificités d'un rallye comme le Tour de Corse, où le déroulement des reconnaissances et le travail des ouvreurs sont cruciaux. Et il se tourne déjà vers le Portugal.

Je n'étais allé qu'une fois en Corse, en 2012, et c'est toujours un rallye sympa parce que sur l'Île de Beauté, il fait généralement... beau. Hormis le week-end d'avant le rallye où c'était un peu pluvieux, c'était le cas cette année et c'était donc très agréable. Les spéciales sont magnifiques, les gens sont très accueillants. C'est un rallye très dur aussi car les virages s'enchaînent. Au niveau du copilotage, ce n'est pas simple. Je dirais même que c'est un des rallyes les plus compliqués pour les copilotes. 

Pour nous, avec Stéphane, le Tour de Corse était au départ un rallye particulièrement compliqué. Le parcours était à 97% identique à l'année dernière, puisqu'il n'y avait que sept kilomètres de spéciale qui changeaient. Et comme l'année dernière, pour les raisons que l'on sait [l'accident du Rallye d'Allemagne qui les avaient écartés de la compétition plusieurs semaines, ndlr], on était un peu indisponibles, on va dire – et ça s'est avéré un premier désavantage.

Lors des reconnaissances, il est, de plus, très compliqué de prendre les notes en Corse, parce que comme je le disais, les virages s'enchaînent littéralement. Et surtout, ce sont de longues spéciales. Dans celle de 54 kilomètres, on met à peu près deux heures pour faire la prise de notes et j'en avais 84 pages... Ce furent donc des "recos" assez éprouvantes mais on a fait avec !

Stéphane Lefebvre, Gabin Moreau, Citroën C3 WRC, Citroën World Rally Team

J'ai essayé de mettre quelques petites choses en place dans mon système de notes, des couleurs par exemple – pour gérer le rythme en spéciale. J'ai beaucoup discuté avec Julien Ingrassia [copilote de Sébastien Ogier, ndlr] avant le rallye, on a mangé ensemble le week-end précédent pour essayer de m'inspirer un peu de ce qu'il fait et de l'adapter à mes notes à moi. Cela, pour ne pas me faire surprendre, car c'est vrai qu'en Corse, on n'arrête jamais de parler, on n'a pas le temps de lever la tête, on est toujours en train d'annoncer les notes.

L'avantage, c'est qu'on avait trois jours de reconnaissances et qu'elles se déroulaient essentiellement le matin. On était donc à l'hôtel en milieu d'après-midi et ça permettait de peaufiner les notes, de les corriger et de tout mettre en place pour le rythme. Niveau timing, ce n'était quand même pas mal et ça nous permettait de faire le soir un premier passage vidéo avec Stéphane, pour préparer la course.

En Corse, on n'arrête jamais de parler, on n'a pas le temps de lever la tête, on est toujours en train d'annoncer les notes.

Gabin Moreau

Avant le départ, je discutais avec Julien et il m'a dit que c'était vraiment le rallye qui allait marquer le tournant pour savoir si les systèmes de notes étaient adaptés aux nouvelles WRC. La plus grande distance qu'on ait dans les notes, je pense que c'est 100 mètres, et seulement une fois ou deux – sinon ce sont des virages qui sont les uns sur les autres.

Il y a vraiment un gros "step" entre la DS3 et la C3, il faut bien boire et ne pas avoir la gorge sèche en spéciale ! Et il s'est avéré, je pense, qu'il faut quand même un peu travailler, peut-être alléger un poil le système de notes – mais ce n'était pas non plus si catastrophique que ça. Le travail qu'on avait fait là-dessus en amont s'est révélé payant et proche de la réalité.

Le rôle crucial des ouvreurs

Ce rallye asphalte me donne d'ailleurs l'occasion de rendre hommage à nos ouvreurs, Alex Bengué et Thomas Chauffray. Des personnes qui sont dans l'ombre mais sont extrêmement importantes pour nous. Ils se lèvent très tôt, à trois ou quatre heures du matin, pour aller faire les spéciales avant la fermeture des routes. Cela fait pas mal de boulot, surtout avec les longues spéciales qu'il y a en Corse, avec les changements de revêtement, l'humidité dans les sous-bois, tout ce qui peut "sortir" à la corde des virages. Ce sont les premiers à appréhender tous ces risques pouvant se présenter.

Ce sont des gens qui connaissent vraiment le rallye : Alex a été Champion de France, pilote officiel, il fait aussi des déverminages pour Citroën. Thomas, lui, est copilote et moniteur de pilotage et a donc une très bonne expérience. Ils nous aident beaucoup et c'est hyper important pour nous, pour appréhender tous les pièges qu'on pourrait trouver en spéciale.

Dès qu'ils ont fini la spéciale, j'ai un entretien téléphonique avec Thomas. En Corse, ça pouvait durer relativement longtemps parce qu'avec celle de 50 kilomètres, il faut 25 ou 30 minutes pour corriger les notes. On reste en liaison entre deux spéciales, ainsi qu'à l'assistance si on en a la possibilité. On est bien rodés avec Thomas, on a notre propre système pour se comprendre.

Stéphane Lefebvre, Gabin Moreau, Citroën C3 WRC, Citroën World Rally Team

J'ai lu qu'Andreas Mikkelsen [qui pilotait une Skoda WRC2, ndlr] avait dit avoir souffert du manque d'ouvreurs. En effet, seuls les équipages "P1" en ont et passent à des endroits, dans les virages, où jamais on ne pourrait penser que ça passe. Donc, forcément, on ramène de la "pollution" sur la route et pour les concurrents du WRC2, du WRC3, etc., et quand ils arrivent dedans, c'est extrêmement piégeux car ils ne sont au courant de rien, ils peuvent arriver sur des virages où il y a un tapis complet de terre ou de gravier. Dans ces conditions, on ne sait jamais ce qu'on va trouver. Quand on a l'habitude de rouler avec des ouvreurs, on est plus confiant et les pièges sont tous dans les notes alors que là, de fait, on est toujours sur la défensive.

C'est au Monte-Carlo que les ouvreurs sont les plus importants car ce rallye est un vrai casse-tête. En plus des corrections habituelles, il faut gérer toutes les notions que sont la glace, la neige, les différentes types de neige aussi – si c'est de la soupe ou quelque chose de plus poudreux par exemple. La Corse, ce n'est pas mal non plus, parce que plein de choses peuvent apparaître sur la route entre deux passages. Mais le plus dur, c'est le Monte-Carlo.

Stéphane Lefebvre, Gabin Moreau, Citroën C3 WRC, Citroën World Rally Team

On avait quelques ambitions en Corse, malheureusement ça ne s'est pas passé comme on le voulait. On peut dire que les rallyes se suivent et se ressemblent un petit peu, c'est vrai. Je pense qu'on a embarqué un petit chat noir dans la voiture, et qu'il va falloir le faire sortir assez rapidement ! On va donc redoubler d'efforts, continuer à travailler d'arrache-pied pour que ça aille dans le bon sens.

La note positive qu'on peut retenir du week-end, c'est que sur les sept nouveaux kilomètres dont je parlais, au début de la première spéciale, on était dans le même temps que Kris [Meeke] au passage intermédiaire, à un dixième derrière. Par contre, c'est sûr que l'écart s'est beaucoup plus accentué sur le reste de la spéciale.

Je pense qu'on a embarqué un petit chat noir dans la voiture, et qu'il va falloir le faire sortir assez rapidement !

Gabin Moreau

Après, il y a eu la malchance de la petite touchette qu'on a quand même payée très cher samedi matin, parce qu'on a juste effleuré un muret mais ça nous a cassé la roue arrière et on a dû s'arrêter. On n'a pu réparer à temps pour pointer au départ de la spéciale suivante et continuer le rallye. On a continué à prendre de l'expérience le dimanche avec la Power Stage et la très longue spéciale de 54 kilomètres.

On a réduit l'écart au kilomètre par rapport aux premiers au fur et à mesure du rallye, mais celui-ci nous a tout de même montré qu'il y a encore du boulot et qu'il faut qu'on arrive à mettre des choses en place pour être encore plus proches des autres.

Stéphane Lefebvre, Gabin Moreau, Citroën C3 WRC, Citroën World Rally Team

Avec le Portugal et la Pologne, on va attaquer des rallyes qui sont un peu plus connus pour nous, qu'on a déjà faits l'année dernière, où l'on a commencé à faire nos premiers pas au milieu des équipages du WRC. On va analyser un peu tout ce qui s'est passé en Corse, regarder les caméras embarquées, voir si notre système de notes n'est pas trop chargé... C'est assez compliqué actuellement, on est un peu déboussolés, dirons-nous. On commence déjà à travailler sur le Portugal où l'on veut vraiment faire quelque chose de bien. On va discuter, faire des débriefs et mettre des choses en place pour que ça aille dans le bon sens.

Nous serons en tests juste avant de partir pour l'Argentine, où Stéphane et moi ne roulerons qu'en reconnaissances mais ferons aussi office d'équipage météo. On travaillera donc quand même un petit peu !

Je vous raconterai tout ça à mon retour...

Stéphane Lefebvre, Gabin Moreau, Citroën C3 WRC, Citroën World Rally Team
 

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Type d'article Chronique
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