Édito - Les années en 7, les rallyes changent de tête

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Édito - Les années en 7, les rallyes changent de tête
Par : Jean-Philippe Vennin
18 janv. 2017 à 08:10

Après les changements techniques de 1987 et 1997, le championnat du monde des rallyes ouvre, une nouvelle fois lors d'une année en 7, un nouveau chapitre de son histoire qui a débuté en 1973.

En 1987, on pouvait parler de révolution. Après de trop nombreux drames ayant fait des victimes parmi les pilotes, copilotes et spectateurs, la Fédération internationale du sport automobile (FISA) avait décidé, peut-être un peu prématurément, de mettre un terme à l'existence des impressionnantes Groupe B et de la version soft qui devait leur succéder sous l'appellation de Groupe S. Sans autre solution, décision avait été prise de faire des Groupe A les actrices principales du WRC. Un peu comme si aujourd'hui, les anciennes World Rally Cars avaient cédé la place à des voitures de la catégorie R5 que l'on peut voir en WRC2.

C'est justement à des Groupe A devenues au fil des ans plus musclées, en termes d'allure et de performance, comparées aux premiers modèles assez ternes, que la réglementation WRC succéda en 1997. Cette année-là, du coup, on pouvait davantage parler d'évolution. Au point que seul le préparateur Prodrive, pour le compte de Subaru, avait réellement développé une nouvelle version de l'Impreza. L'équipe M-Sport, qui reprenait le flambeau de Ford, se contentait d'une remise à niveau de l'Escort, et Mitsubishi allait carrément conserver sa Lancer Groupe A quatre saisons de plus... le temps pour Tommi Mäkinen de remporter autant de titres !

M-Sport, Mäkinen... Voilà qui nous replonge à grande vitesse dans l'actualité de ce début de saison, qui voit l'arrivée d'une troisième génération de World Rally Cars (après celle de 2011 et l'apparition de plus petits gabarits, la Ford Focus étant remplacée par la Fiesta ou la Citroën C4 par la DS3).

Nouvelles voitures

La première fête ses 20 ans de présence en tant que représentante de la marque à l'ovale dans le championnat du monde, avec des ambitions plus élevées que jamais grâce au nouveau règlement technique et au recrutement des quadruples champions du monde Sébastien Ogier et Julien Ingrassia – même si prudence est le maître mot dans les propos de son directeur, Malcolm Wilson.

Nous y sommes presque – à l'aube d'une nouvelle ère et avec une chance de voir si tout le dur travail a payé. Nous savons que nous avons encore produit une voiture fantastique, mais nul ne sait vraiment ce qui arrivera avant que les équipes ne se rencontrent pour la première fois en compétition. Cela va être une année spectaculaire de rallye”, prédit le Britannique, qui aligne également les jeunes Ott Tänak et Elfyn Evans (sur la désormais habituelle Fiesta DMACK).

Elfyn Evans, Daniel Barritt, DMACK World Rally Team, Ford Fiesta WRC

Le second fait son retour en tant que directeur d'équipe chez Toyota, qui retrouve le “mondial” 16 ans après l'avoir quitté et a délégué ce second programme officiel – en plus du WEC – à sa propre structure basée en Finlande.

Dans la bouche du Finlandais aussi, et plus logiquement encore, les attentes sont mesurées : “Bien sûr, toutes les équipes ont dû construire de nouvelles voitures en partant de zéro cette année, mais elles peuvent compter sur leur expérience du passé”, rappelle-t-il. “Je peux transmettre un petit peu de mon expérience personnelle du Monte-Carlo à nos pilotes [Jari-Matti Latvala et Juho Hänninen], mais au final, tout repose désormais sur eux et la voiture.”

Voitures qui, même si le règlement autorise désormais à en désigner trois parmi lesquelles les deux mieux classées inscriront des points au championnat des constructeurs, ne seront qu'au nombre de deux au Monte-Carlo et pour quelques rallyes encore, la troisième Yaris WRC, promise à Esapekka Lappi, n'étant pas encore prête. 

Toyota Racing, Toyota Yaris WRC 2017 

Même cause, même conséquence chez Citroën où, tandis que Kris Meeke et Stéphane Lefebvre disposent déjà chacun d'une nouvelle C3, Craig Breen doit se contenter pour l'instant d'une DS3 WRC – ce qui sera le tour de Lefebvre en Suède, tous deux devant alterner durant quelques épreuves.

Comme toujours au début d’un programme, nous estimons que quelques jours de plus n’auraient pas été superflus pour achever le développement de la voiture”, reconnaît Yves Matton, dont c'est le premier lancement en tant que directeur d'équipe après la (relative) pause de 2016. “Le planning de gestation de la C3 WRC a été le plus compact de l’histoire de Citroën Racing. Dans le même temps, nous avons envie de voir où nous en sommes. C’est dans notre ADN de compétiteurs. La voiture semble bien née et homogène, mais il faut voir où elle se situe par rapport à ses rivales.”

Citroën C3 WRC Plus 2017

Et puis il y a Hyundai. L'équipe deuxième des deux championnats en 2016, derrière le déserteur Volkswagen et entre deux pilotes du constructeur allemand, avec Thierry Neuville. Celle dont la nouvelle création ne paie pas de mine par rapport à ses rivales. Mais aussi la plus stable (avec Neuville, Dani Sordo et Hayden Paddon), voire la plus confiante même si elle rechigne à endosser le rôle de favorite.

Les réglementations revues, les nouvelles voitures et des programmes renouvelés de constructeurs font du championnat du monde des rallyes 2017 un des plus attendus. Nous sommes ravis d'en faire partie, et impatients de voir notre i20 Coupe WRC sur les spéciales pour la première fois. Nous avons réuni toute l'expérience de nos trois premières saisons en WRC et espérons être en mesure de nous battre devant avec notre nouvelle voiture”, se contente d'admettre son directeur, Michel Nandan.

Hyundai i20 Coupe WRC

Il y a 20 ans, le Monte-Carlo marquait aussi le début d'une nouvelle ère concernant le format plus resserré des épreuves mondiales. Le parcours de ce rallye, qui ouvrait la saison après une année d'absence du calendrier pour cause de roulement entre des candidats trop nombreux, faisait donc peau neuve – et pas pour le plaisir de tous – avec notamment la disparition du fameux parcours de concentration qui avait vu, des décennies durant, les équipages s'élancer de diverses villes d'Europe, dont Reims, pour se diriger en liaison vers Monaco où seraient vraiment lancées les hostilités. Des hostilités dont étaient d'ailleurs privés, désormais, les routes et les spectateurs de l'Ardèche.

Nouveaux chroniqueurs

Pour vivre au plus près cette saison qui s'annonce passionnante, et qui est en tout cas la plus indécise avant son lancement depuis la première moitié des années 2000 et les périodes de domination de Citroën puis de Volkswagen, les lecteurs de Motorsport.com pourront découvrir les nouvelles chroniques de deux copilotes, Denis Giraudet et Gabin Moreau.

Le premier détient le record de participations dans le baquet de droite en WRC, avec 186 rallyes disputés – série en cours, puisqu'il prendra jeudi le départ du Monte-Carlo, associé à Bryan Bouffier sur une Ford Fiesta R5 – et celui du plus grand nombre de pilotes avec lesquels un copilote est monté sur le podium en WRC (sept). Cinq fois vainqueur d'une manche mondiale aux côtés de Didier Auriol et Juha Kankkunen (en Finlande, s'il vous plaît), il posera un regard désormais un peu plus extérieur mais toujours acéré sur l'élite de la discipline à grands coups d'anecdotes, de souvenirs ou d'expériences personnelles. Et cela avant chacun des 13 rallyes de la saison – les mêmes qu'en 2016 puisque celui de Chine, inscrit puis annulé l'année dernière et dont Denis Giraudet a d'ailleurs remporté l'unique édition mondiale en 1999, ne figure pas au calendrier cette année.

Le second, courant aux côtés de Stéphane Lefebvre qui est le premier tricolore titularisé par Citroën depuis les deux Sébastien, Loeb et Ogier, nous fera vivre de l'intérieur sa première saison complète en championnat du monde, un an tout juste après y avoir fait ses débuts dans une World Rally Car. Au Monte-Carlo, il fait partie des 20 chanceux qui vont monter dans l'une des dix voitures de la nouvelle génération engagées pour leur première apparition en compétition.

Sébastien Ogier, Julien Ingrassia, M-Sport, Ford Fiesta WRC 2017

Couverture intégrale

Cette manche d'ouverture, enfin, pourra être suivie, en plus de points réguliers sur l'événement, en live text intégral sur Motorsport.com, à partir des deux premières épreuves spéciales prévues jeudi soir et jusqu'à l'arrivée de la Power Stage qui conclura le rallye, dimanche après-midi. Un dernier secteur chrono à l'enjeu encore plus important désormais, puisque ce ne sont plus les trois, mais les cinq équipages les plus rapides dans celle-ci qui empocheront des points de bonus (de cinq à un, aux championnats des pilotes et des copilotes mais pas des constructeurs).

Le décor est planté, les acteurs en place, qui s'élanceront dans l'ordre de leur classement au terme de la saison 2016 (à l'exception pour les tout premiers d'Andreas Mikkelsen, “relégué” sur une Skoda R5). Soit Ogier puis Neuville, Paddon, Sordo, Latvala, Tänak, Meeke et les autres. À l'arrivée de la première spéciale d'Entrevaux – Val-de-Chalvagne – Ubraye, jeudi sur les coups de 21 heures dans la nuit bas-alpine, on devrait déjà y voir plus clair...  

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Séries WRC
Événement Rallye Monte-Carlo
Auteur Jean-Philippe Vennin
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