Édito - Les (pas très drôles) aventures de Meeke

Depuis le début de saison, rappelant de vieux travers dont on espérait qu'ils soient de l'histoire ancienne, le Britannique a commis plusieurs fautes de pilotage aux conséquences plus ou moins importantes... et pas toujours de sa faute.

Après des sorties de route l'ayant privé d'un bon résultat au Monte-Carlo puis en Suède, il y a eu, bien sûr, celle de la Power Stage lors d'un Rallye du Mexique que Kris Meeke et son copilote, Paul Nagle, avaient dominé de la tête et des épaules. L'image improbable de la C3 WRC cherchant sa route en slalomant sur un parking, en contrebas d'une spéciale qu'elle avait quittée à vitesse élevée quelques centaines de mètres avant l'arrivée, a dû faire d'innombrables vues sur la toile et reste dans toutes les mémoires. Peut-être même demeurera-t-elle l'image de cette saison 2017...

Ce qui s'est passé lors de la dernière manche, en Argentine, est plus préoccupant encore dans la mesure où Meeke s'en était bien sorti (c'est le cas de le dire) au Mexique, avec une belle part de chance puisqu'il a touché une des voitures stationnées là au début de sa partie de gymkhana. En Amérique du Sud, en revanche, après une première sortie de route dès le vendredi qui a ruiné toutes ses chances d'obtenir un bon résultat alors qu'il occupait la troisième place, il a remis ça – en pire – le lendemain, effectuant pas moins de 14 tonneaux dans ce qu'il a décrit comme le plus gros accident de sa carrière. Alors même qu'à bientôt 37 ans (il les fêtera le 2 juillet, jour de l'arrivée du Rallye de Pologne...), il a une certaine expérience en la matière, diront les mauvaises langues.

Le hic, c'est que sa virée hors piste de la première étape avait contraint les hommes de son équipe à travailler d'arrache-pied pour réparer la voiture dans les temps impartis – et dans l'unique but que celle-ci soit en état de repartir le lendemain, afin de couvrir davantage de kilomètres sur ces routes particulières et d'assurer quelques points au championnat des constructeurs.

Kris Meeke, Citroën C3 WRC, Citroën World Rally Team

L'histoire est un peu plus compliquée que ça. Certes, Meeke a fait amende honorable pour sa deuxième sortie de route, ce qui est la moindre des choses compte tenu des conditions, exposées ci-dessus, dans lesquelles il évoluait alors. En revanche, il ne s'est pas expliqué la première, qui a vu son bolide littéralement catapulté au passage d'une compression plus traître qu'il n'y paraissait. Une explication précipitée rejetterait la faute sur une prise de notes trop optimiste en reconnaissances. Mais le fait que sur l'autre C3, Breen se soit laissé surprendre au même endroit, heurtant lui aussi de la roue avant droite une pierre apparemment imaginaire dont nul n'avait noté la présence – certes avec des conséquences moins fâcheuses mais en y laissant la boîte de vitesses –, a de quoi intriguer.

"Nous avons fait quelques analyses de ce qui s'est passé, mais je ne peux vous donner d'explication définitive", à déclaré le directeur de Citroën Racing, Yves Matton, à Motorsport.com avant de quitter l'Argentine. "Une des difficultés est que nous ne pouvons recréer ce type de routes en Europe. Une chose est claire, il ne s'agissait pas d'une erreur de nos pilotes."

Héritier de Colin McRae

Voilà donc Meeke a priori absous de toute responsabilité dans cette première sortie de route, à vrai dire la plus importante puisque l'ayant privé de ses espoirs d'obtenir un bon résultat. Responsabilité qui semble devoir être imputable à la voiture, difficile à maîtriser pour ses pilotes depuis le début de saison et plus particulièrement, semble-t-il, quand les conditions de grip ne sont pas optimales. Il n'en reste pas moins que le Britannique, leader incontesté de l'équipe, qui porte la plus grosse part des chances de celle-ci sur ses épaules en raison de son expérience comparée à celle de ses équipiers Breen et Stéphane Lefebvre, les a quelque peu accumulées depuis le début de saison.

Kris Meeke, Paul Nagle, Citroën C3 WRC, Citroën World Rally Team

On pensait pourtant bien que celui qui semble être, de ce point de vue, le digne héritier de Colin McRae – lequel fut son mentor et l'encouragea même à se lancer derrière un volant alors que c'est derrière un ordinateur qu'il travaillait chez M-Sport – s'était enfin débarrassé de ses vieux démons, ceux-là même qui lui avaient déjà valu de ne pas conserver sa place parmi les espoirs de la marque aux chevrons, il y a plus de dix ans. En 2016, au volant d'une DS3 WRC engagée sous la bannière de l'Abu Dhabi Total World Rally Team, il a, en effet, remporté deux victoires probantes au Portugal et en Finlande, s'il vous plaît, en semblant résister parfaitement à la pression.

L'idée avait alors effleuré certains que la raison pourrait en être l'absence de tout enjeu réel pour lui – ou plutôt pour son employeur – et donc, justement, de toute pression ou presque. En effet, si le nom de Citroën n'apparaissait pas dans celui de l'équipe, c'était parce que la marque était engagée dans une année de transition où elle ne participait pas à tous les rallyes, et donc pas au championnat, afin de se consacrer au développement de la nouvelle C3 attendue en 2017 – développement dans lequel Meeke a d'ailleurs joué un rôle capital. L'analyse n'était peut-être pas mauvaise...

Des stats pourtant flatteuses

À l'approche de la mi-saison 2017, le bilan de Meeke s'apparente donc à une série d'occasions manquées, en dépit d'une position généralement avantageuse sur la route, voire à un immense gâchis. Sans le rayon de soleil mexicain, qui plus est éludé en partie par le fameux coup d'éclat de la Power Stage, le parcours du pilote pourrait ne ressembler qu'à une série de sorties de route. Une au Monte-Carlo le premier jour, suivie d'un accident de la circulation le samedi en fin de journée. Puis une encore en Suède, avant celle du Mexique et enfin les deux du Rallye d'Argentine. Mais la réalité n'est pas si cruelle qu'une pâle neuvième place au championnat pourrait le faire penser, comme les statistiques tendent à le démontrer.

Le fait est que derrière Thierry Neuville, incontestablement le pilote le plus performant cette année avec pas moins de 25 temps scratchs, soit un toutes les trois spéciales environ, et Elfyn Evans, qui en compte 13 dont la moitié obtenus en Argentine, les neuf victoires en spéciale de Meeke, soit environ une sur huit, le placent en troisième position dans ce domaine à égalité avec Sébastien Ogier et Ott Tänak. Sauf qu'en raison de ses déboires, le pilote Citroën a disputé une vingtaine de spéciales en moins, soit un quart du nombre total, que ses principaux rivaux. Dans ces conditions, sa proportion de scratchs est située plutôt aux alentours de un pour six secteurs chronométrés.

Kris Meeke, Citroën World Rally Team

Plus édifiant encore, même si la question de la position sur la route ne peut là non plus être éludée, Meeke a occupé la tête du classement général, tous rallyes confondus, au terme de 22 spéciales, soit seulement cinq de moins que Neuville et après plus d'un tiers de celles qu'il a disputées. Des scores à nuancer car ils ont été réalisés essentiellement au Mexique et au Tour de Corse, où il fut stoppé par un moteur cassé mais qui reste le seul rallye où il n'ait pas commis le moindre écart de conduite.

Même au volant d'une voiture dont les concepteurs admettent qu'elle ne met peut-être pas suffisamment ses pilotes en confiance, Kris Meeke demeure un pilote rapide, très rapide même, un des plus rapides du plateau actuel. Sur bien des rallyes, il est aussi celui qui, en 2016 face à Ogier – et pas seulement lors des deux épreuves où il s'est imposé – et cette année face à Neuville, a le plus tenu la dragée haute au meilleur performeur du moment en WRC. Sous contrat jusqu'à fin 2018, mais alors qu'un Ogier pourrait être sur le marché dès la fin de saison en cours puisque le Français ne s'est engagé que pour une année avec M-Sport, il doit absolument rester davantage sur la route.  

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