Interview Pascal Couasnon - "Michelin continue d'apprendre et d'expérimenter en WRC"

A l'approche du Rallye de Sardaigne, qui se courra ce weekend, le patron du service Compétition de Michelin, Pascal Couasnon, a accordé un entretien à Motorsport.com. L'occasion de faire le point, au tiers de la saison WRC, sur le comportement des différentes enveloppes proposées cette année par le manufacturier clermontois.

En effet, les pilotes et les équipes se sont d'ores et déjà, après cinq rallyes, aventurés sur l'ensemble des surfaces possibles et imaginables. Le Rallye Monte Carlo a d'abord permis aux teams de tester les pneus pour asphalte (Pilot Sport et ses déclinaisons) et neige (Pilot Alpin, clouté ou non). Puis ce fut au tour du pneu pour conditions extrêmes/glace (X-Ice North) de rentrer en jeu en Suède. Avant d'étrenner le LTX sur la terre des spéciales mexicaines, argentines et portugaises.

Renouvellement

Michelin a introduit en 2014 de nouvelles versions pour ses pneus terre et asphalte. Avec pour objectif d'améliorer à la fois la performance et la longévité de ces gommes. "Le nouveau pneu terre que nous avons lancé en 2014, le LTX, présente une durée de vie accrue", explique Pascal Couasnon, "A niveau de performance égal, nous sommes parvenus à augmenter son endurance. Ce n'était pas gagné d'avance."

Une vraie gageure, alors que les notions de performances et d'endurance sont bien souvent considérées comme antinomiques.

L'endurance des pneus Michelin a justement été mise à rude épreuve lors du dernier rallye, en Argentine. Sur les routes sablonneuses de Villa Carlos Paz, rien ne leur a été épargné. Les fortes intempéries en amont de l'épreuve avaient en effet rendu le sol meuble, facilitant la formation d'ornières et l'apparition de grosses pierres. Un véritable supplice, aggravé par la longueur des spéciales sud-américaines, mais dont les pneus Michelin se sont sortis sans trop de dommages.

Mais outre la capacité de résilience, le manufacturier clermontois travaille aussi sur la versatilité de ses gommes. "Le WRC constitue la discipline où nous pouvons aisément travailler la polyvalence des sols et des usages", poursuit Pascal Couasnon, "De toutes les compétitions dans lesquelles nous sommes engagés, il s'agit de celle où les mélanges de gommes, mais aussi les voitures, sont les plus proches de ce qui se fait dans le commerce."

Le WRC représente la discipline où nous pouvons le plus facilement travailler la polyvalence des sols et des usages

Pascal Couasnon, directeur du service Compétition de Michelin

Une qualité déjà plébiscitée par les équipes, qui ont opté pour le LTX sur des rallyes présentant des revêtements sensiblement différents. Passées les spéciales sablonneuses et ravinées de l'Argentine, le pneu terre de Michelin devra ainsi évoluer sur les pistes roulantes de la Finlande, mais aussi dans la boue du Rallye de Grande-Bretagne.

La polyvalence a aussi été au centre du développement des nouveaux pneus asphalte présentés par la marque l'an dernier. "Pour ce qui est du Pilot Sport, nous avons voulu augmenter son efficacité sur route humide, tout en conservant un même niveau de grip sur piste sèche", reprend Pascal Couasnon, "Les caractéristiques de ces nouvelles gommes diffèrent donc des précédentes. Mais nous avons fait évoluer sensiblement la combinaison mélange-sculpture pour que les nouveaux pneus donnent entière satisfaction."

Des évolutions qui ne sont pas sans modifier le comportement des pneumatiques en fonction des revêtements. Ce qui peut parfois désarçonner quelque peu les pilotes : "Les nouveaux pneus réagissent différemment, et les pilotes ont du s'adapter", reconnait le patron de Michelin Motorsport.

L'adaptation aux nouvelles enveloppes est cependant facilitée cette saison par l'instauration d'une journée d'essais avant chaque épreuve du Championnat du monde. Michelin travaille par ailleurs en étroite collaboration avec les équipes, dans l'optique d'affiner les solutions techniques retenues.

Mi-avril, le manufacturier clermontois a donc participé à plusieurs jours de tests en Espagne avec différentes équipes. Plus de 1.200 km ont ainsi été parcourus afin de peaufiner les pneus asphalte, qui auront une importance déterminante sur la seconde partie de la saison. Des essais menés en étroite collaboration avec les équipes de pointe de la discipline : "Le fait que nous chaussions la majorité des teams est une preuve de confiance et de reconnaissance quant à la qualité de nos produits",de poursuivre Pascal Couasnon.

Le fait d'équiper la plupart des équipes en WRC est une preuve de confiance et de reconnaissance

Pascal Couasnon, directeur du service Compétition de Michelin

Car à la différence d'autres championnats, telle la MotoGP, la règle du manufacturier unique n'est pas de vigueur en WRC. De retour dans la discipline sous son vrai nom en 2011 - l'entreprise auvergnate y était déjà présente avant 2008, mais par le biais de sa filiale américaine, BF Goodrich -, Michelin doit donc composer avec la présence d'autres pneumaticiens, comme D-Mack ou bien encore Pirelli.

Mais en dépit de cette concurrence, c'est bien la maison clermontoise qui tient le haut du pavé, en chaussant l'intégralité des équipes de pointe : Volkswagen, Citroën, M-Sport, Hyundai. Un quasi monopole de fait, qui tient peut-être de la remise en question permanente du manufacturier français : "Nous ne nous reposons pas sur nos lauriers. Notre objectif est de nous lancer perpétuellement de nouveaux challenges, d'apprendre, d'expérimenter", conclut Pascal Couasnon.

Un mantra que Michelin appliquera une nouvelle fois à la lettre ce weekend en Sardaigne.

A propos de cet article
Séries WRC
Type d'article Interview
Tags citroen racing, hyundai motorsport, m-sport, michelin, pascal couasnon, volkswagen motorsport, wrc