Les coulisses du programme Honda en WTCC - L'avantage de Citroën (2/2)

Suite de notre entretien avec William de Braekeleer, le directeur de la compétition de Honda Europe, à propos des coulisses du programme WTCC du constructeur japonais.

L'avancement de la nouvelle réglementation à 2014, un an avant la date prévue à la base, n'a pas joué en votre faveur face à Citroën…

Nous avons tiré les marrons du feu dans un sens. C'est nous qui nous sommes brûlés, et c'est un autre qui en a profité. Tout le monde était au courant qu'une nouvelle réglementation allait venir, et nous nous sommes engagés sur la base de l'ancienne réglementation qui devait théoriquement durer encore deux ans après notre arrivée fin 2012, c'est-à-dire encore en 2013 et en 2014, 2015 étant l'année annoncée pour l'arrivée de la nouvelle réglementation TC1.

Alors que nous avons développé la voiture en vue de la saison 2013, Sébastien Loeb a annoncé, dans le cadre du Salon de l'Automobile à Paris, qu'il se verrait bien faire une carrière en WTCC. Citroën l'a suivi et du coup, le promoteur du championnat est venu nous trouver en nous disant que Citroën était chaud, et qu'il serait tout de même bien d'avancer la nouvelle réglementation à 2014 pour être sûrs de les avoir : ils ne viendraient pas en 2014 pour une seule année, et peut-être que Loeb aurait finalement eu l'envie de changer de décision durant ces deux ans d'attente. 

Tiago Monteiro, Honda Civic Super

Et vous avez accepté immédiatement ?

Pour être honnête, la première réaction de Honda fut de dire non. Pourquoi aurions-nous développé la voiture pour une seule année ? Puis nous nous sommes dit que si c'était bon pour le championnat, pour le long terme, nous avons finalement donné notre accord. En 2013, nous commençons ainsi à travailler sur le nouveau règlement. En janvier, tout le monde est ainsi certain de développer une voiture pour 2014, mais cependant l'arrivée de la nouvelle réglementation était encore en suspens dans l'attente de la décision de Citroën de rejoindre ou non le championnat.

Nous avons donc commencé à développer notre nouvelle voiture début juillet [2013], alors que Citroën était au travail depuis le mois de janvier. Nous n'avons jamais récupéré ce retard.

William de Braekeleer, directeur de la compétition de Honda Europe 

William de Braekeleer, directeur de Honda Motor Europe
William de Braekeleer, directeur de Honda Motor Europe

Citroën Sport a fait alors le pari de développer sa voiture en interaction avec la FIA, et a pu ainsi trouver les solutions aux problèmes rencontrés durant le développement de la voiture. Nous, nous étions engagés sur notre propre saison, les forces vives étaient mobilisées sur le terrain. Et nous n'avons rien commencé à développer car nous n'étions toujours pas certains que Citroën allait venir en 2014. Et finalement, la confirmation est venue très tard, fin juin 2013.

Nous avons donc commencé à développer notre nouvelle voiture début juillet, alors que Citroën était au travail depuis le mois de janvier.  Nous n'avons jamais récupéré ce retard. Et notre première course en 2014 à Marrakech fut de fait un véritable désastre. Le berceau avant se pliait, nous n'avions pas eu le temps de développer. Nous avons utilisé un premier joker pour une nouvelle homologation du berceau avant, mais cela été fait à la hâte, et nous avons dû utiliser un deuxième joker pour refaire un berceau avant. C'est très frustrant. 

Tiago Monteiro, Honda Civic WTCC, Team Castrol Honda WTCC

Comment a réagi la direction de Honda à cette première année difficile de nouvelle réglementation, en 2014 ?

Cela ne servait à rien de pleurer sur ce qui avait été fait ou pas. Nous avons ainsi vécu une année 2014 assez pénible, nous avons rencontré beaucoup de problèmes avec le châssis, le moteur était une simple évolution, avec simplement un changement de bride pour amener davantage de puissance par rapport à la réglementation 2013. Nous avons beaucoup ramé pour remettre le châssis à niveau, et c'est là que Honda R&D est venu vers nous en nous demandant s'ils pouvaient nous aider, c'est à ce moment que la connexion s'est faite petit à petit et qu'il y a plus d'implication de l'usine dans le développement du châssis.

Effectivement, les résultats ont suivi en 2015…

Oui, et en 2016 également, nous étions proches des Citroën. Il faut dire également que Citroën avait l'avantage d'avoir Lopez, qui leur faisait encore gagner trois à cinq dixièmes supplémentaires.

C'est donc une vraie frustration d'avoir vu l'arrêt du programme WTCC de Citroën fin 2016 ?

Eh oui, cette année nous aurions pu voir un beau match entre eux et nous. Mais en même temps, s'ils étaient restés, ils auraient fait d'autres évolutions, donc on ne peut pas vraiment savoir ce qui serait advenu. C'est donc un regret, même s'ils ont été un peu remplacés par Volvo.

Tiago Monteiro, Honda Racing Team JAS, Honda Civic WTCC

En parlant de Volvo, à quoi vous attendiez-vous de l'autre équipe d'usine du championnat ? Pensiez-vous pouvoir bénéficier d'un avantage lié à votre plus grande expérience du WTCC ?

C'est vrai que nous avions plus d'expérience qu'eux, mais nous savions aussi qu'ils avaient fait un bond en recrutant un consultant d'expérience en la personne d'Yvan Muller. Ils ont trois excellents pilotes, et ils ont eu aussi l'occasion de faire une toute nouvelle homologation après les trois ans d'existence de la nouvelle réglementation.

Y a-t-il une attente de résultats de la part de la direction de Honda en 2017 ?

Ah oui, cette fois nous n'avons pas d'excuse pour ne pas être champion. Mais notre objectif prioritaire est surtout d'amener au titre l'un de nos pilotes, avant de le faire nous en tant que constructeur. Et si nous pouvons faire les deux ce sera encore mieux.

Tiago Monteiro, Honda Racing Team JAS

Honda réfléchit-il à son avenir en WTCC ?

Disons que le tourisme nous intéresse, c'est clair. On a bien vu que cela fonctionne en termes de retombées, et c'est quelque chose qui nous permet de rester proches de nos clients aussi car ce sont des voitures que tout le monde peut acheter. Et ce que l'on aime dans cette philosophie c'est qu'il s'agit des voitures proches de la série, on peut taper dessus, c'est de la tôle, pas de la fibre de carbone. C'est un vrai châssis qui sort de l'usine et que l'on amène chez JAS Motorsport qui l'habille. Et la formule du WTCC est bonne car il y a une vraie proximité avec les spectateurs, et c'est aussi ce qui nous plaît dans cette série. 

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A propos de cet article
Séries WTCC
Pilotes Tiago Monteiro , Norbert Michelisz
Équipes Honda Racing Team JAS
Type d'article Interview
Tags honda