Yvan Muller : "Un peu facile d'accuser les pneus"

Consultant et pilote de développement pour l'équipe Volvo en WTCC, Yvan Muller apporte son point de vue à Motorsport.com sur la polémique faisant suite aux multiples crevaisons le week-end dernier sur la Nordschleife.

Circuit atypique, la Nordschleife du Nürburgring est aussi le plus exigeant pour les machines, les voitures étant soumises à un traitement particulièrement intense sur les 25 km du tracé de l'Eifel. Alors que plusieurs pilotes de WTCC avaient été victimes de crevaison en 2016 – le plus notable étant Tiago Monteiro, sorti à haute vitesse alors qu'il menait la course 1 –, ces problèmes se sont répétés cette année.

Après les Volvo de Nick Catsburg et Thed Björk, ainsi que la Honda de Norbert Michelisz durant les essais libres, ce fut au tour de la Honda de Tiago Monteiro (une nouvelle fois), puis de la Volvo de Nestor Girolami d'être victimes de crevaison lors de la Course d'Ouverture.

À l'issue de la course, Tiago Monteiro ne cachait pas sa colère envers Yokohama, le partenaire pneumatique du WTCC. Contacté par Motorsport.com, Yvan Muller a présenté son point de vue, qui diffère nettement de celui du pilote portugais.

"Bien évidemment, le premier réflexe lorsque ce genre d'incident se produit, c'est de pointer du doigt les pneus, car ce sont eux qui explosent", a expliqué le quadruple Champion du monde de la discipline et nouveau consultant pour Volvo. "Mais je pense que c'est un peu trop facile. D'ailleurs, certaines équipes ont réussi à ne pas connaître de crevaison de tout le week-end."

"On le sait, la Nordschleife est un circuit extrêmement exigeant et difficile pour les pneumatiques", continue Muller. "Nous avons des voitures qui sont au même poids que les GT qui couraient là-bas ce week-end, mais nous avons des pneus deux fois plus petits. Et plusieurs concurrents des 24 Heures du Nürburgring ont d'ailleurs eux aussi connu des crevaisons, avec des manufacturiers différents."

Il faudrait que, sur les circuits un peu plus délicats comme la Nordschleife, les équipes soient forcées de suivre des consignes précises [de Yokohama].

Yvan Muller

Vu après les deux courses de la Nordschleife, où sa crevaison l'a privé de points lors de la première course, puis empêché de marquer dans la seconde manche après qu'il a été contraint de s'élancer des stands, Tiago Monteiro évoquait alors la nécessité pour Yokohama de fournir un pneumatique développé spécifiquement en fonction des caractéristiques de la Nordschleife. Un avis que ne partage pas Yvan Muller.

"Même si Yokohama devait venir demain avec un pneumatique plus robuste, les pilotes et les équipes iront de toute façon jouer avec la limite du pneu pour aller chercher de la performance", indique-t-il. "D'ailleurs, Yokohama nous fournit déjà un pneu plus robuste que ce qu'il n'était par le passé. La difficulté est de trouver le bon compromis entre la sécurité et la performance, et on est toujours à la limite."

"J'aurais une solution qui serait assez simple : aujourd'hui, Yokohama fait des recommandations de réglages aux équipes au sujet des pneumatiques. Il faudrait que, sur les circuits un peu plus délicats comme la Nordschleife, les équipes soient forcées de suivre des consignes précises en termes de pression ou de carrossage."

Est-il possible de faire un pneu qui tiennent davantage le choc ? Je ne suis pas sûr. Mais si c'était le cas, les équipes pousseraient encore plus loin pour aller chercher son potentiel. On déplacera le problème.

Yvan Muller

"Je peux parler de cela assez légitimement car j'ai fait partie de ceux qui, par le passé, ont critiqué les pneus lorsque cela a posé un problème. Mais nous jouions nous aussi avec la limite. Nous avons perdu une course comme ça chez Chevrolet sur le Salzburgring [en 2012, les trois Chevrolet Cruze avaient été victimes de crevaisons], et l'an passé j'ai aussi été victime de ce problème car j'ai percuté la voiture de Tiago en perdition, et cela m'a ruiné mes chances de titre."

Si les Volvo et les Honda ont été frappées par des crevaisons sur la Nordschleife, il est à noter qu'aucune des trois Citroën C-Elysée, ni aucune des deux Lada Vesta, n'ont connu de tels ennuis ce week-end sur le tracé allemand.

"On cherche toujours la performance", conclut Yvan Muller. "On cherche la limite car chaque dixième compte, c'est comme ça à chaque course, c'est comme ça chaque saison. Est-il possible de faire un pneu qui tienne davantage le choc ? Je ne suis pas sûr. Mais si c'était le cas, les équipes pousseraient encore plus loin pour aller chercher son potentiel. On déplacera le problème."

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Type d'article Interview
Tags crevaisons, pneus, yokohama