La caméra gyroscopique, dernière innovation TV de la F1

L'innovation technologique ne s'arrête jamais pour les équipes de Formule 1 et il en va de même pour les organisateurs et responsables de la retransmission des Grands Prix.

La caméra gyroscopique, dernière innovation TV de la F1
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Le département TV de la F1 est toujours à la recherche de nouvelles prises de vue. Cette saison 2022 a vu le retour de la caméra logée près du pédalier 22 ans après sa dernière utilisation, tandis que le Grand Prix des Pays-Bas a été l'occasion d'essayer quelque chose de différent afin de donner une meilleure impression du niveau d'inclinaison des virages de Zandvoort.

La caméra gyroscopique n'a été vue que le samedi et le dimanche, uniquement sur la Ferrari de Carlos Sainz. Les spectateurs ont ainsi pu voir, brièvement, la F1-75 de l'Espagnol tanguer à bâbord ou à tribord alors que sa caméra embarquée restait droite.

"Regardez la nouvelle caméra que nous essayons", expliquait Stefano Domenicali, PDG de la F1, sur Sky Sports. "Je pense qu'il est important pour nous d'essayer de transmettre la sensation de vitesse, la sensation de ce qui se passe réellement sur la piste."

La personne responsable de toutes les images transmises par les voitures s'appelle Steve Smith. Le chef de l'"onboard" est à ce poste depuis plus de trois décennies. "Stefano et Ross [Brawn, directeur sportif de la F1] tiennent à introduire des innovations, des nouveautés, pour montrer que nous ne restons pas figés et que nous allons de l'avant", a-t-il indiqué.

"Et donc, cette année, nous avons introduit la caméra du pédalier. À terme, nous voulons que la caméra 360 soit capable de transmettre [des images] en direct depuis la voiture. Actuellement, il s'agit d'une unité indépendante qui filme dans l'unité elle-même. Nous téléchargeons les images par la suite et elles sont utilisées pour les réseaux sociaux. À terme, nous espérons que vous puissiez regarder le flux international à la télévision, en complétant avec un iPad ou un téléphone pour regarder une caméra 360."

 

La F1 est toujours ouverte aux retours des fans, mais il n'est pas facile de satisfaire tout le monde. "Je pense que ce qui se passe, c'est que, parfois, les gens voient quelque chose et ils nous écrivent pour dire : 'Pourquoi ne faites-vous pas ça en F1 ?'", a ajouté Smith.

"Pour nous, le plus important est le fait de filmer avec une seule caméra. Par exemple, Martin Brundle a fait un reportage dans une Ferrari à Fiorano il y a quelques années sur Sky. Ils ont chargé [la F1] de GoPro. [Brundle] a fait deux tours avec trois ou quatre prises de vue différentes, ils l'ont fait rentrer [au garage] pour changer [de place] les caméras, il a fait deux autres tours. Et puis ils ont enlevé toutes les caméras, il a fait deux autres tours et au montage ils ont fait en sorte que vous ne puissiez pas voir les caméras, mais il y a dix plans différents. Ça ne nous rend pas service, parce que quelqu'un nous demande ensuite pourquoi on ne peut pas voir ça en Grand Prix."

Mais certains retours peuvent aussi donner de bonnes idées à la catégorie reine. C'est dans un courrier qu'est née l'idée d'utiliser une caméra gyroscopique en course.

"Quelqu'un nous a écrit pour dire que ce serait génial si nous pouvions voir l'aspect du banking [de Zandvoort]. Normalement, l'inclinaison de la voiture s'accorde avec celle de la piste. Ce n'est pas comme une moto, elle penche jusqu'à 68 degrés et c'est vraiment impressionnant. Ce que font les motos est génial, et nous avons trouvé une caméra qui a fait l'affaire."

La caméra gyroscopique de la F1 est la même que celle utilisée en MotoGP, elle a d'ailleurs été fournie par la Dorna, l'organisateur du championnat. Comme toujours avec de telles innovations, la difficulté suivante consistait à l'installer sur une monoplace.

"Nous essayons de le faire discrètement pour ne contrarier personne", a confié Smith. "Si on va voir une équipe et qu'on lui dit : 'Nous aimerions essayer ceci', les premières choses qu'elle demandera sera son poids, s'il y a une pénalité aérodynamique et si ses principaux concurrents l'utilisent. Et si on leur dit [que les autres équipes ne l'utilisent pas], ils nous répondent : 'Eh bien, nous non plus !'"

"Nous constatons également que si nous avons des prises de vue spéciales, les équipes ont l'impression d'être perdante. Parce qu'elles n'en sont plus à leurs balbutiements, les caméras embarquées sont utilisées pour analyser les pilotes, [les équipes] utilisent ces images pour beaucoup de choses. Donc si nous utilisons une caméra inhabituelle, [les équipes] n'auront pas la caméra embarquée sur l'arceau, et elles aiment cette prise de vue. Mais nous avons la possibilité de diffuser en simultané deux prises de vue. Nous ne le faisons pas souvent en ce moment mais nous avons utilisé le double flux pour le plan sur le pédalier."

Puisque la caméra gyroscopique loge dans le même appendice situé sur le côté du nez où l'on trouve les caméras embarquées plus traditionnelles de la F1 et que son poids n'est pas pénalisant, Ferrari a accepté de l'utiliser aux Pays-Bas.

Sur le côté gauche de la Ferrari F1-75 de Carlos Sainz se trouve la caméra gyroscopique

Sur le côté gauche de la Ferrari F1-75 de Carlos Sainz se trouve la caméra gyroscopique

"Pour être honnête, si nous n'avions pas pu la tester à Zandvoort, ça aurait été un peu comme plâtrer une jambe de bois", a assuré Smith. "On n'aurait pas pu la tester à Monza parce que c'est plat ! Donc nous avons beaucoup insisté. Pour être brutalement honnête, il y avait quelques imperfections sur le plan, mais nous en avons parlé et nous avons décidé que [le Grand Prix des Pays-Bas] était notre dernière chance. Nous avons estimé le positif l'emportait sur le négatif."

L'accueil du public a été positif et Smith l'a immédiatement constaté : "Dès que [les images de la caméra gyroscopique] ont été diffusées en direct, j'ai senti mon téléphone vibrer dans ma poche, les messages n'arrêtaient pas : 'Waouh, c'est super !'."

Désormais, la question est de savoir sur quels autres circuits l'utilisation de la caméra gyroscopique peut être utile. Elle a été brièvement testée lors des essais libres du Grand Prix d'Italie sur la McLaren de Lando Norris afin d'observer sa réaction au passage de vibreurs, mais les images n'ont pas été diffusées.

Les circuits vallonnés comme Suzuka et Austin pourraient offrir une belle opportunité mais, pour l'instant, la F1 ne suit aucun plan défini. Mais cela ne signifie pas la fin de l'innovation pour cette année. À Austin, l'on peut s'attendre à voir une superposition de la caméra des pédales sur la vue de la prise d'air, à la manière de rayons X montrant le mouvement des pieds des pilotes.

L'objectif sera le même que celui ayant motivé l'introduction de la caméra gyroscopique : proposer quelque chose de nouveau et faisant plaisir aux fans.

"Je déteste dire ça parce que c'est moi qui ai installé [cette caméra] mais tout le monde considère le tour de pole position d'Ayrton Senna à Monaco en 1990 comme une séquence emblématique", dit Smith. "Mais il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes. C'est un V10, une boîte de vitesses manuelle, et c'est Ayrton Senna. Quand on regarde ce tour sur YouTube, 50% de ce que les gens prennent pour des vibrations est en fait des hachures. Avant nous transmettions de la voiture à l'hélicoptère, maintenant nous transmettons de la voiture aux sites autour du circuit."

"Cette caméra gyroscopique a la capacité de réduire la stabilisation. Et donc ce que nous pourrions faire, c'est expérimenter. J'ai passé 30 ans de ma vie à essayer de rendre [les caméras embarquées] stables et maintenant, certaines personnes voudraient qu'elles soient moins stables !"

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