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Quinze ans après, le Crashgate vécu par Cyril Abiteboul

Cyril Abiteboul est revenu sur le scandale du Crashgate, qu'il a vécu sans le savoir aux premières loges chez Renault F1.

Nelson Piquet Jr., Renault F1 Team  R28 percute le mur

C'était peut-être la polémique du siècle : au Grand Prix de Singapour 2008, les dirigeants d'une écurie Renault F1 Team sans victoire depuis près de deux ans ont comploté pour faire basculer la course en leur faveur. Flavio Briatore (directeur général) et Pat Symonds (directeur de l'ingénierie) ont ainsi demandé à Nelson Piquet Jr de s'accidenter afin de provoquer une intervention de la voiture de sécurité.

À l'époque, il était interdit de rentrer au stand dès le début d'une telle neutralisation. Renault avait donc ravitaillé Fernando Alonso peu avant le crash de Piquet, permettant à celui-ci de prendre la tête une fois le peloton regroupé puis les autres pilotes passés par la pitlane. Le double Champion du monde avait dûment remporté l'épreuve.

"J'étais un peu l'idiot utile, aussi !" lance Cyril Abiteboul, alors directeur du développement commercial de Renault F1, dans un entretien avec le podcast Dans La Boîte À Gants. "On était en pleines négociations pilotes, on était en train de négocier le renouvellement du contrat de Piquet ou pas. Effectivement, on voit une voiture qui se met dans le mur, on voit Alonso qui a la bonne stratégie. On voit qu'on gagne."

"Effectivement, j'ai senti pendant ce week-end énormément de tension dans les discussions pilotes, évidemment, mais c'est pour ça que je parle d'idiot utile : je n'avais absolument pas connaissance de ce qui se tramait à cette époque-là."

Ainsi, ce n'est que "bien plus tard" qu'Abiteboul a pris connaissance de la véritable teneur de ces événements. "Sur le moment, on se dit : 'C'est quand même incroyable'. Et puis après, la vie passe. Les contrats se font, se défont. La vie de la Formule 1, de toute façon, c'est une vie à 300 km/h. Les Grands Prix s'enchaînent. On n'a pas toujours le temps, finalement, d'analyser en profondeur ce qui se fait. Un événement chasse l'autre."

"C'est un peu après, au printemps suivant, en 2009, que cette histoire commence à sortir. On se rend compte de la machination qui a été organisée, et effectivement, comme je m'occupe aussi des affaires juridiques à ce moment-là, je coordonne une espèce d'enquête interne avec les avocats, la constitution des dossiers."

Flavio Briatore, directeur général Renault F1

C'est Abiteboul qui a dû informer Flavio Briatore (ici en photo), patron de l'écurie Renault, qu'il était banni à vie de la F1

Ce n'est toutefois que le 30 août que le Crashgate a été révélé au grand public – quatre semaines après que Nelson Piquet Jr a été remercié par Renault – via un reportage de la chaîne brésilienne Rede Globo. La FIA a ouvert une enquête ; après un premier communiqué défensif le 11 septembre, Renault a annoncé le départ de Briatore et Symonds cinq jours plus tard. Le 21 septembre, une réunion exceptionnelle du Conseil mondial du Sport automobile a entériné une suspension de cinq ans pour Symonds, tandis que Briatore était banni à vie (mais le Tribunal de Grande Instance allait juger cette sanction irrégulière en 2010).

"C'est un moment très difficile à gérer, parce que c'est un moment où il y a quand même des circonstances qui sont assez accablantes", confie Abiteboul. "Il faut prendre ses responsabilités vis-à-vis des personnes concernées, dont mon chef de l'époque, Flavio Briatore, à qui il faut que j'explique que c'est fini." C'est bel et bien le jeune Français qui s'y est collé, du haut de ses 30 ans. "Il n'y avait pas beaucoup de candidats !" sourit-il.

"Ça a été un moment de prise de responsabilités, d'émancipation, de saut dans l'inconnu. C'est compliqué, parce que je mesure encore aujourd'hui tout ce que je dois à Flavio. À un moment, il a fait une connerie, il faut être responsable. Il y avait aussi un sujet de réputation, de responsabilité de Renault en tant que tel."

"Flavio et Pat Symonds, qui ont été reconnus comme étant les cerveaux derrière cette entreprise, ont été pris en responsabilité, et le reste de l'équipe a pu continuer de survivre, même si en termes de réputation… C'était la seule fois que Renault a fait la Une du New York Times. Toute la question était de savoir : est-ce que any publicity is good publicity (sic), ou pas ?"

Autrement dit, toute publicité est-elle bonne à prendre ? Le sponsor titre, ING, a décidé que non et a immédiatement interrompu son partenariat avec l'écurie, tout comme Mutua Madrileña. Sur fond de crise financière, Renault allait également quitter la Formule 1 fin 2009. Abiteboul, lui, a continué à gravir les échelons à Enstone (et brièvement chez Caterham) ; il occupe désormais le poste de directeur d'équipe chez Hyundai en WRC.

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