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Formule 1

Jules Bianchi, un souvenir aussi vif que le chagrin

Dix ans après un 5 octobre qui nous a glacé le sang, la cicatrice peine à se refermer. À Jules Bianchi.

Basile Davoine

Publié: 5 oct. 2024, 07:54

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Jules Bianchi, Marussia F1 Team MR03

Photo de : Emily Davenport / Motorsport Images

Dix ans déjà. Comme ils sont passés vite dans le monde en permanente ébullition de la Formule 1. Comme ils ont toutefois dû paraître longs à tous les proches de Jules Bianchi, à ses parents, à sa famille. C'est avant tout à eux que nous pensons aujourd'hui, à l'heure du souvenir qui, peu importe ses vertus, est un devoir.

Ce premier week-end d'octobre 2014 a marqué tous ceux qui l'ont vécu. Surréaliste, polémique et dramatique. 

Surréaliste parce qu'il avait débuté par un séisme sportif quand Sebastian Vettel annonça quitter Red Bull pour Ferrari et Fernando Alonso tourner le dos à la Scuderia pour se rapprocher de McLaren. 

Polémique parce que Red Bull avait décidé, non sans susciter de grands débats, de lancer dans le grand bain des essais libres au volant d'une Toro Rosso un pilote qui venait tout juste de fêter ses 17 ans. Un certain Max Verstappen...

Dramatique enfin parce que le typhon annoncé dès le mercredi sur la région de Suzuka allait entraîner des circonstances de course dantesques et, in fine, l'accident qui coûterait la vie à Jules Bianchi. 

Il avait 25 ans et, comme on le dit naïvement, la vie devant lui. Désigné comme le pilote français qu'une nouvelle génération attendait, on portait sur lui un autre regard : d'abord parce qu'il était couvé par Ferrari, ensuite et surtout parce que son talent avait déjà frappé les esprits. 

Quelques mois auparavant, il y avait ce dépassement musclé sur Kamui Kobayashi, qui ne laisserait probablement pas les commissaires d'aujourd'hui sans réaction ! Et ainsi il avait hissé sa très modeste Marussia jusque dans les points, à la neuvième place du Grand Prix de Monaco. Un authentique exploit, sans galvauder le terme comme il l'est parfois trop dans le sport moderne. 

Des points à Monaco avec la Marussia : un vrai exploit.

Des points à Monaco avec la Marussia : un vrai exploit.

Photo de: Sutton Images

Un an et demi plus tôt, le Niçois avait décroché un baquet en Formule 1 alors qu'il croyait sa chance passée, lui qui avait été doublé chez Force India par Adrian Sutil en 2013. 

La perversité de l'histoire voudra que l'Allemand assiste aux premières loges à la tragédie de Suzuka, le 5 octobre 2014. Sorti de la piste sous la pluie au volant de sa Sauber, écurie que Jules Bianchi était en passe de rejoindre, il était derrière le rail de sécurité quand intervenait le camion-grue sous lequel allait s'encastrer le Français quelques instants plus tard. 

Premiers secours, angoisse, et insoutenable attente. Un drame pour tous, alors que la Formule 1 et tout son environnement croyait peut-être, à tort, en avoir terminé avec le spectre de la mort d'Ayrton Senna vingt ans plus tôt. Plongé dans le coma, Jules Bianchi ne se réveillera pas, jusqu'à son décès le 17 juillet 2015, un mois avant son 26e anniversaire. Nul n'aurait pu survivre à un choc à la tête mesuré à 254 g.

Affirmer sans l'ombre d'un doute que Jules Bianchi allait tôt ou tard prendre la relève chez Ferrari, et qu'il aurait un jour été sacré champion du monde, est d'une facilité subjective qui serait presque lui faire injure. Et affirmer le contraire également. En revanche, une chose est sûre : Charles Leclerc, dont il était le parrain sportif, entretient l'histoire.

Il y avait Jules Bianchi le sportif, brillant tout au long de son parcours jusqu'à son accession en Formule 1, professionnel et consciencieux avec une volonté permanente de corriger ses faiblesses, remarquable au volant par la maîtrise qu'il semblait dégager alors qu'il pilotait l'une des pires monoplaces de la grille. 

Il y avait Jules Bianchi l'homme, dont on se souvient encore aujourd'hui pour sa gentillesse doublée d'un sens de l'humour aiguisé, deux traits de caractère qui n'atténuaient pas pour autant une détermination d'acier. 

Les larmes ont coulé quand il a fallu écrire "Ciao Jules" ; les yeux ont rougi quand Sebastian Vettel lui a rendu un hommage mémorable, en Français dans le texte, en s'imposant au volant d'une Ferrari quelques jours après son décès ; la colère est montée pour accompagner celle d'un père qui a traqué la vérité sans jamais vraiment l'obtenir. 

Pour tout ce qu'il nous a laissé et qui nous anime encore aujourd'hui, pour tout ce que la sécurité de ses successeurs lui doit, Forza Jules ! 

Jules Bianchi, 1989-2015.

Jules Bianchi, 1989-2015.

Photo de: Sutton Images

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