Formule 1

Pourquoi Horner a interdit de prononcer le nom de Mercedes chez Red Bull Powertrains

Christian Horner explique dans "The Autosport Interview" pourquoi il a dû empêcher son équipe de mentionner le nom de son rival lorsqu'il dirigeait Red Bull.

Ewan Gale

Publié: 15 oct. 2026, 06:35

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L'ancien PDG et directeur de Red Bull, Christian Horner, a révélé pourquoi il avait interdit aux employés du département moteur de l'écurie d'utiliser le nom de son grand rival, Mercedes.

Après une fin de collaboration mouvementée avec Renault, l'écurie de Milton Keynes avait noué un partenariat fructueux avec Honda. Avec le constructeur japonais, Red Bull était redevenue une prétendante aux titres à la fin des années 2010 et au début des années 2020, jusqu'à mettre fin à la domination exercée par Mercedes depuis l'introduction des moteurs V6 turbo hybrides en 2014, lorsque Max Verstappen avait décroché son premier titre mondial en 2021.

Un an auparavant, Honda avait toutefois annoncé son retrait de la F1 en tant que motoriste à l'issue de la saison qui allait voir le Néerlandais décrocher son premier sacre. Une décision sur laquelle la marque japonaise reviendrait ensuite, en s'associant à Aston Martin pour 2026. Red Bull devait donc trouver un nouveau motoriste pour 2022 et les saisons suivantes.

Horner et les dirigeants de Red Bull ont alors fait un choix audacieux : créer leur propre département moteur afin de devenir un constructeur à part entière, avec l'ambition de rivaliser avec les motoristes établis que sont Mercedes, Ferrari et Renault, ce dernier ayant depuis quitté la grille.

Un accord avait bien été conclu avec Honda pour poursuivre leur collaboration entre 2022 et 2025 sous l'appellation RBPT. Mais Red Bull s'était également associé à Ford pour développer de zéro l'unité de puissance répondant à la nouvelle réglementation 2026, ce qui avait conduit Horner à lancer une campagne de recrutement ambitieuse.

Dans un entretien exclusif accordé à notre site partenaire Autosport, dans le cadre de l'émission "The Autosport Interview", Horner a expliqué :

"Nous avons conclu un accord avec Honda, puisqu'ils se retiraient, pour que tous leurs employés basés au Royaume-Uni, qui étaient essentiellement des opérationnels ainsi que quelques personnes travaillant sur les batteries, rejoignent notre entreprise."

"Mais nous devions repartir de zéro. C'était une start-up."

Christian Horner

Christian Horner

Photo de: Autosport

Malgré l'arrivée de salariés issus de l'entreprise existante et de l'organisation de Honda, de nombreux postes restaient à pourvoir.

"J'ai passé beaucoup d'entretiens avec des gens de chez Mercedes, en essayant de les convaincre de rejoindre ce nouveau projet un peu fou. Je m'appuyais sur ce que nous avions accompli avec le châssis pour leur dire : 'Regardez, nous l'avons fait avec un châssis, nous pouvons le faire avec un moteur si nous avons les bonnes personnes'."

"Au Royaume-Uni, il y a bien sûr plusieurs entreprises dans ce secteur. La plus importante est HPP, chez Mercedes, mais il y a aussi Cosworth et Ilmor. Pourtant, aucune nouvelle entreprise spécialisée dans les moteurs n'avait vu le jour au Royaume-Uni depuis 25 ans."

"Chez HPP, l'organisation était donc devenue un peu stagnante, avec des gens qui attendaient presque que les anciens partent pour pouvoir progresser."

"En annonçant que nous allions nous installer au Royaume-Uni, nous avons pris une décision fondamentale. Nous avions envisagé de nous associer à AVL pour travailler en Autriche, ou de nous installer au Red Bull Ring, par exemple. Mais j'ai convaincu les actionnaires que nous devions être au Royaume-Uni."

"Nous avions identifié un espace disponible sur notre campus, dans un bâtiment qui avait autrefois servi d'usine de papier bulle. Nous avons pu procéder à une 'petite rénovation', du moins selon les autorités chargées de l'urbanisme. En réalité, nous avons tout démoli, à l'exception d'une structure métallique, puis construit une nouvelle usine en 55 semaines, tout en recrutant les bonnes personnes."

Parmi ces recrues figuraient plusieurs membres importants de Mercedes, l'écurie dirigée par Toto Wolff. Horner et ce dernier avaient multiplié les échanges particulièrement tendus pendant que Max Verstappen et Lewis Hamilton se disputaient le titre mondial, une rivalité qui s'était prolongée durant les premières années de domination de Red Bull sous la réglementation à effet de sol.

"Le recrutement a donné lieu à une véritable bataille pour attirer les talents. Je recrutais de manière agressive. Ben Hodgkinson, le directeur technique de RBPT, qui occupait auparavant un poste d'ingénieur moteur chez Mercedes HPP, a été l'un de nos premiers recrutements importants."

"Pip Clode, responsable de la conception mécanique du système de récupération d'énergie chez RBPT et auparavant chef d'équipe chargé de la conception des moteurs F1 chez Mercedes HPP, nous a rejoints pour travailler sur le turbo. Phil Prew, notre directeur de l'ingénierie, qui était auparavant ingénieur en chef chez Mercedes HPP, est également arrivé. Nous avons réussi à attirer énormément de talents de HPP."

"Nous avons aussi donné à des personnes déjà présentes dans l'entreprise la possibilité de franchir une étape supplémentaire et de découvrir d'autres domaines. Cela leur a permis d'essayer quelque chose de différent."

Ben Hodgkinson (Red Bull Powertrains)

Ben Hodgkinson (Red Bull Powertrains)

Photo de: Mark Thompson / Getty Images

"Certains départements allaient devoir être renforcés pour répondre aux besoins des deux activités. L'électronique, par exemple, a dû se développer du jour au lendemain pour couvrir à la fois le châssis et le moteur, alors que nous n'avions encore jamais produit de faisceaux électriques pour un moteur."

"C'était donc une période très dynamique. Nous avons recruté des personnalités formidables, comme Steve Brodie, qui dirigeait les opérations liées au moteur à combustion chez RBPT et était auparavant responsable des activités en piste et de l'inspection finale des unités de puissance F1 chez Mercedes HPP. Ces personnes sont arrivées avec énormément d'énergie et de passion pour le projet. C'était une période vraiment enthousiasmante."

"Il y avait beaucoup de questions, y compris en interne, car Honda nous avait fourni un moteur qui nous permettait de nous battre à armes égales avec Mercedes pour le titre."

Mais l'arrivée de ces nouveaux employés, avec leur expérience et leurs connaissances, s'accompagnait aussi de nombreuses références à leur ancien employeur. Une habitude que Horner a rapidement voulu faire disparaître.

"Il régnait une formidable ambiance au sein de l'organisation, avec cette volonté de faire émerger une nouvelle entité. Bien sûr, nous accueillions des personnes venues de la concurrence, de l'ennemi."

"Mais on entendait trop souvent : 'Chez Mercedes, nous faisions ceci' ou 'Chez Mercedes, nous faisions cela'. Nous avons fini par interdire ces références pendant les réunions : nous n'allions plus prononcer le nom de Mercedes. L'équipe était désormais appelée 'l'équipe B'."

Retrouvez l'intégralité de "The Autosport Interview" avec Christian Horner ici.

La couverture du livre de Christian Horner.

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