Quand Williams chipait un important sponsor à Ferrari
L'ancienne responsable de l'écurie Williams, Claire Williams, a révélé que l'accord de sponsoring titre conclu avec la marque de spiritueux Martini au milieu des années 2010 l'avait été au nez et à la barbe de Ferrari.
Rétro : Dans l'Histoire des sports méca
Sur deux ou quatre roues, replongez-vous dans l'Histoire des sports mécaniques, celle qui a écrit la légende des hommes et des machines durant des décennies.
Retour en 2014. Fin janvier de cette année-là, l'écurie Williams − qui sortait de ce qui était alors l'une des pires saisons de son histoire sur le plan sportif avec cinq petits points inscrits en 2013 et la neuvième place chez les constructeurs − dévoilait les premières images de sa FW36.
Des images bien entendu peu avenantes avec nos yeux de 2024 et les progrès faits depuis par les écuries dans la maitrise des outils virtuels, mais qui avaient déjà assez peu impressionné à l'époque, à la fois par leur qualité, par la fameuse excroissance sur l'avant du nez qui semblait confirmer l'orientation technique des F1 de l'époque et par le fait que la monoplace présentée était dépourvue d'une véritable livrée (et de sponsors), le choix ayant été fait de la parer entièrement de son "bleu héritage".
Les premiers rendus de la Williams FW36
Photo de: Williams F1
Sur fond de rumeurs qui allaient apparaître quasi instantanément, il allait falloir attendre quelques semaines supplémentaires − durant lesquelles se tinrent trois sessions d'essais hivernaux − pour découvrir à quoi allait vraiment ressembler la Williams. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'à l'époque, le look de la monoplace avait changé du tout au tout lorsque fut confirmé, le 6 mars, une alliance avec Martini qui allait donner à la FW36 ses couleurs.
Le blanc, le rouge et le bleu de la firme italienne − emblématiques dans le monde du sport automobile − allaient désormais habiller la voiture de l'écurie encore alors dirigée par Frank Williams, pour un grand retour de Martini dans le milieu de la Formule 1. La marque avait, fameusement, prêté ses logos et/ou couleurs à quelques Tecno, Brabham et Lotus dans les années 1970, avant de se retirer. Elle avait aussi, à la fin des années 2000, été un simple sponsor de la Scuderia Ferrari.
Mais plus encore que l'accord lui-même, c'est la façon dont il a été arraché par Williams qui aujourd'hui est revenu dans l'actualité, par le biais de révélations faites par Claire Williams. La fille de Frank, alors directrice adjointe de la structure, s'est souvenue des conditions de la signature de ce contrat, reconnaissant en avoir tiré une grande fierté à l'époque.
"J'étais très fière d'avoir obtenu ce contrat à l'époque, car Martini était sur le point de signer un accord avec Ferrari", s'est-elle souvenue dans le cadre du podcast "What It Takes With Olly Fawcett".
La meilleure carte dans le jeu de l'écurie britannique était justement ce que Ferrari ne pouvait pas offrir : une livrée complète aux couleurs d'une marque. La Scuderia est historiquement liée au rouge, qui fait totalement partie de son identité et ne peut raisonnablement pas être bradé pour des raisons marketing. Williams, de son côté, a connu plusieurs looks au fil des décennies et de ses partenaires, et pouvait se permettre de se transformer à nouveau totalement.
"La livrée Ferrari est la livrée Ferrari, et on ne peut pas vraiment jouer avec", a ajouté Claire Williams. "Mais chez Williams, nous leur avons proposé la livrée complète de notre voiture. Nous avons dit : 'Hé, pourquoi ne pas ressusciter les bandes Martini incroyablement emblématiques et les coller sur notre voiture ? Regardez, on a préparé ce à quoi ça pourrait ressembler − n'est-ce pas génial ?'."
Valtteri Bottas, Williams FW36
Photo de: Alex Galli
"Ferrari était furieux parce qu'ils pensaient que nous avions volé leur sponsoring. Ferrari a même écrit une lettre à Martini pour lui dire : 'Nous vous verrons dans nos rétroviseurs la saison prochaine, car vous sponsorisez désormais Williams'."
Des mots que Ferrari regrettera puisque la saison 2014 marquera pour Williams une inattendue résurgence après le lent déclin entamé au milieu des années 2000. L'écurie, il faut le dire bien aidée par son choix inspiré de passer d'un moteur Renault en 2013 à un moteur Mercedes en 2014, allait soudainement retrouver le podium, Felipe Massa et Valtteri Bottas montant neuf fois sur la "boîte" au cours de cette année, permettant à l'écurie de signer son meilleur classement constructeurs depuis 2003.
"Williams a terminé troisième au classement des constructeurs, derrière Mercedes et Red Bull Racing, devant Ferrari", a ajouté Claire Williams, l'écurie de Maranello ayant en effet manqué le virage de la nouvelle règlementation technique. "Et oui, bien sûr, cela m'a traversé l'esprit : 'Nous ne nous sommes pas contentés de vous chiper le sponsor titre sous le nez, nous vous avons battus'."
"L'ère Martini" de Williams, qui durera jusqu'à la fin de la saison 2018, sera de nouveau marquée par un lent déclin. Après une nouvelle troisième position en 2015 (pour quatre podiums), l'écurie terminera cinquième en 2016 et 2017 (un podium lors de chacune de ces saisons), avant de sombrer au dixième rang en 2018.
VIDÉO - Carlos Sainz offre à la Williams FW47 ses premiers tours de roue
Partager ou sauvegarder cet article
Abonnez-vous pour accéder aux articles de Motorsport.com avec votre bloqueur de publicité.
De la Formule 1 au MotoGP, nous couvrons les plus grands championnats depuis les circuits parce que nous aimons notre sport, tout comme vous. Afin de continuer à vous faire vivre les sports mécaniques de l'intérieur avec des experts du milieu, notre site Internet affiche de la publicité. Nous souhaitons néanmoins vous donner la possibilité de profiter du site sans publicité et sans tracking, avec votre logiciel adblocker.
Meilleurs commentaires