Wolff laisse entendre que Red Bull pousse pour un retour aux V10
Dans un entretien exclusif pour Motorsport.com, Toto Wolff a laissé entendre que Red Bull attisait l'idée d'un passage anticipé aux moteurs V10, tout en estimant que la F1 aurait l'air ridicule aux yeux de ses constructeurs si elle écourtait le cycle réglementaire qui doit débuter en 2026.
Photo de : Sam Bagnall / Motorsport Images
Les V10 de retour en F1 ?
Début 2025, la FIA a évoqué la possibilité d'un retour des moteurs V10 en Formule 1. Depuis, les discussions sur la question s'accumulent et le projet prend peu à peu forme.
Alors qu'il suggère sans les nommer expressément que Red Bull fait partie des entités qui poussent à un retour aux moteurs V10 en F1, Toto Wolff estime dans un entretien exclusif pour Motorsport.com que la discipline aurait l'air "idiote" et "erratique" si elle réduisait la durée du prochain cycle réglementaire sur les unités de puissance hybrides.
Depuis plusieurs semaines, l'idée d'un retour en Formule 1 de moteurs V10 atmosphériques semble faire son chemin. Elle est en tout cas l'objet de discussions dans le paddock, même si pour le moment ce stade n'a pas encore été dépassé.
Toutefois, le désir de certains acteurs de revoir les V10 se heurte à la réalité : en effet, dès 2022, l'ensemble des acteurs de la discipline se sont entendus sur une réglementation moteur dans laquelle le V6 actuel était conservé tout en supprimant le MGU-H et en faisant augmenter la puissance en provenance de la partie électrique à 50%, en lui adjoignant un carburant 100% renouvelable. Le cycle réglementaire pour cette nouvelle motorisation a toujours été fixe entre 2026 et 2030.
L'idée la plus simple serait donc de proposer une nouvelle formule moteur à compter de 2031. Mais d'aucuns dans le paddock souhaiteraient accélérer les choses pour que les V10 puissent faire leur entrée dans la discipline dès 2028. Se poserait alors la question de ce qu'il adviendrait des moteurs 2026, qui ont notamment encouragé Audi à s'engager en F1 et Honda à y demeurer, et qui sont aujourd'hui à moins d'un an de leurs débuts.
"Je pense que la bonne façon de procéder est la suivante : voulons-nous, d'ici trois ou quatre ans, passer à un autre type d'unité de puissance ? C'est la question numéro un", expliquait à Shanghai Nikolas Tombazis, responsable monoplace de la FIA. "C'est une question de long terme pour le sport. Si la réponse à cette question est positive, alors il y a la question numéro deux : que faisons-nous dans l'intervalle ?"
"Il est certain que les progrès réalisés en matière de carburants durables ont conduit à penser que les moteurs pourraient peut-être être plus simples. L'économie mondiale conduit à penser que nous devrions peut-être essayer de réduire un peu plus les coûts, et les unités de puissance actuelles sont beaucoup trop chères. C'est un fait. C'est pourquoi le président a parlé d'un moteur V10 en 2028, etc."
Avant même que les règles ne soient entrées en vigueur, le fait de dire 'réfléchissons au prochain moteur et à la prochaine unité de puissance' donne à la Formule 1 un air un peu erratique
Interrogé sur le sujet dans le cadre d'un entretien exclusif avec Motorsport.com, le directeur de Mercedes, Toto Wolff, estime que rétropédaler ne donnerait pas une image très sérieuse de la discipline et de sa capacité à être un "partenaire fiable" pour les constructeurs, qui ont déjà engagé beaucoup de moyens dans la conception et le développement des moteurs qui doivent entrer en vigueur l'an prochain.
Ainsi, quand nous lui avons demandé s'il pouvait accepter que les prochaines règles ne s'appliquent que pendant deux ou trois ans, il a répondu : "S'il y a les bons arguments. En tant que Formule 1, nous aurions l'air un peu idiots si, alors que nous attirons des entreprises comme Audi et que nous proposons un excellent moteur hybride avec du carburant durable, nous disions soudain que nous ne voulons le conserver que trois ans au lieu de cinq. Nous devons être un partenaire stable et fiable qui dit : 'Voici la réglementation, voici le budget d'investissement, à vous de faire les calculs'. Ensuite, les gens peuvent adhérer ou non."
"Mais avant même que les règles ne soient entrées en vigueur, je pense que le fait de dire 'réfléchissons au prochain moteur et à la prochaine unité de puissance' donne à la Formule 1 un air un peu erratique. C'est la raison pour laquelle la FIA, la Formule 1 et les équipes partagent le même intérêt : nous voulons que la discipline soit formidable, au lieu de nous concentrer sur la réussite d'une seule course ou d'une seule saison. Il faut un plan à long terme et que tout le monde aille dans le même sens."
Le tacle de Wolff envers Red Bull
Christian Horner, team principal de Red Bull Racing, et Toto Wolff, team principal et PDG de Mercedes AMG
Photo de: Mark Sutton / Motorsport Images
Sans nommer directement Red Bull, qui a choisi la voie du développement d'un moteur maison en collaboration avec Ford, Wolff suggère que l'écurie autrichienne fait partie des forces derrière la proposition d'accélérer la mise en place des V10, par crainte de ne pas être suffisamment performante au moment de l'entrée en vigueur du nouveau cycle réglementaire.
"Je pense que [ceux qui poussent pour les V10 à neuf mois de l'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation V6 hybride] sont les gens qui ont le sentiment qu'ils ne seront peut-être pas aussi compétitifs qu'ils le souhaiteraient l'année prochaine", a lancé Wolff. "En 2014, les mêmes personnes ont critiqué la réglementation moteur parce que leur motoriste n'était pas compétitif au début. Aujourd'hui, ils fabriquent leurs propres moteurs et je pense qu'il y a beaucoup de craintes que cela ne se passe pas aussi bien que prévu et c'est pourquoi, soudainement, la manipulation commence et l'idée du V10 apparaît."
En dépit de ce discours, Wolff a réaffirmé que son écurie, Mercedes, était ouverte au débat sur la direction à prendre par la suite pour la F1, tant qu'une procédure en bonne et due forme est mise en place pour s'assurer que tous les constructeurs intéressés sont alignés.
"Chez Mercedes, nous sommes toujours ouverts à ce genre de discussions", a-t-il expliqué. "Quel est le moteur du futur ? S'agit-il d'un V8, d'un V10, de quel type de système hybride la voiture sera-t-elle équipée ? Le carburant durable est clairement à l'ordre du jour, s'agira-t-il d'un moteur à aspiration naturelle ou d'un moteur turbo ?"
"Tous les défis qui se présentent sont bons pour nous, tant qu'il y a une bonne gouvernance sur la façon dont ce moteur est décidé. Cette gouvernance est en place aujourd'hui, alors mettons-nous d'accord avec tous les motoristes et voyons ce que nous voulons avoir au-delà de 2030, puis proposons un plan qui soit bon pour la Formule 1."
Propos recueillis par Roberto Chinchero
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