Interview
24 Heures du Mans 24 Heures du Mans

Entretien Bruno Famin : "Plein de raisons d'être au Mans pour Alpine"

Alors que l'Alpine A424 va disputer pour la première fois les 24 Heures du Mans, Motorsport.com a rencontré le patron sportif de la marque, Bruno Famin.

#36 Alpine Endurance Team Alpine A424: Nicolas Lapierre, Mick Schumacher, Matthieu Vaxiviere

Photo de: Marc Fleury

À l'issue du Grand Prix du Canada de Formule 1, Bruno Famin a immédiatement pris la direction du Mans, où il passe la semaine aux côté de l'équipe Alpine engagée en Hypercar. Une preuve de l'importance de ce programme, qui est le deuxième pilier du volet sportif de la marque.

Le projet LMDh est encore neuf mais permet au constructeur français de se battre aux avant-postes pour le classement général, avec comme objectif essentiel cette année le fait d'être à l'arrivée. En marge de cette édition des 24 Heures du Mans, Motorsport.com s'est entretenu avec Bruno Famin pour faire le point.

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Bruno, depuis votre arrivée au Mans cette semaine, quelles observations faites-vous et quel est le moral des troupes chez Alpine ?

Le moral est plutôt bon. Il y a eu un gros travail de fait par toute l'équipe, à tous les niveaux, des mécaniciens aux pilotes. Le moral est bon parce que le niveau de performance affiché est encourageant. Maintenant, on connaît très bien les faiblesses potentielles question fiabilité, donc ça conforte l'approche humble qu'on a depuis le départ sur ce sujet-là. Ce week-end, ça va être la quatrième course seulement de la voiture et de l'équipe. On a beaucoup de choses à apprendre, beaucoup de choses à valider encore, on n'a jamais fait 24 heures, on n'a jamais fait la nuit, on sait que les conditions météo vont être compliquées. Donc on est contents de ce qui se passe pour l'instant mais extrêmement humbles dans l'approche.

Quand vous dites que vous n'avez pas encore fait 24 heures, est-ce que vous l'avez en revanche fait en test auparavant ?

On a fait des simulations, en cumulé on a réussi à faire pas mal de choses, mais au final on n'a pas fait 24 heures non-stop. Et puis de toute façon, simuler 24 heures équivalentes au Mans sur un autre circuit, c'est extrêmement compliqué.

C'est vraiment extrêmement valorisant de faire partie de ce club des constructeurs présents au Mans.

Pour une marque comme Alpine, à quel point est-ce important d'être au Mans et quelle histoire cherche-t-on à raconter au public français ?

Il y a plein de raisons d'être au Mans pour Alpine ! La première, plus générique, c'est que le projet Alpine est de développer cette marque dont l'ADN est on ne peut plus sportif, de développer sa notoriété au travers du sport automobile. Il y a deux piliers majeurs : la Formule 1, connue mondialement, et les 24 Heures du Mans et le WEC, avec un plateau de fou. C'est vraiment extrêmement valorisant de faire partie de ce club des constructeurs présents au Mans. La deuxième raison, c'est que Le Mans fait partie de l'histoire d'Alpine. On a une vraie légitimité, une vraie histoire à raconter et à poursuivre entre Alpine et les 24 Heures du Mans.

Bruno Famin supervise tous les projets sportifs d'Alpine.

Bruno Famin supervise tous les projets sportifs d'Alpine.

Photo de: Alpine

Quand on parle de la poursuivre, est-ce qu'Alpine a une vision à très long terme pour son engagement en Endurance ?

Il y a une vraie vision, basée sur la sportivité et la réduction des émissions au niveau de la mobilité, ça fait partie de la feuille de route d'Alpine. La piste hydrogène est quelque chose d'intéressant, que l'on développe et que l'on expérimente avec l'Alpenglow et son moteur à hydrogène. Et puis il y a le développement à l'international, où l'on essaie d'associer un programme sport auto avec un déploiement commercial. On peut penser que si un jour Alpine débarque aux États-Unis, un programme sportif sera associé.

Comment, en dirigeant un tel portefeuille de programmes, arrivez-vous à avoir la tête partout et passer de l'un à l'autre ?

On s'appuie sur des équipes, je ne fais pas tout, tout seul, très loin s'en faut. Il y a des équipes compétentes qui sont en place. Philippe Sinault a une expérience reconnue en Endurance, il y a aussi des gens à Viry, parce que le projet est managé depuis là-bas, avec des équipes qui supervisent l'ensemble. Et c'est la même chose pour le programme Dacia au Dakar. Ce sont tous des gens extrêmement expérimentés et compétents dans leur discipline, que j'ai mis en place et sur lesquels je m'appuie maintenant.

Est-ce nécessairement très vertical ou bien, d'un programme à l'autre, on peut créer de réelles passerelles et synergies ?

On peut apprendre les uns des autres, ce n'est pas tout à fait vertical. Il est clair que, sur pas mal de sujets, il y a des échanges entre Enstone et Viry sur le programme Endurance par exemple, parce qu'il y a des problématiques qui sont communes, notamment au niveau de la gestion de l'énergie, ou même de la configuration de la suspension. Il y a tout un tas de similitudes, il y a la gestion des pneumatiques, donc il y a pas mal d'échanges qui se font entre les équipes.

Le projet Alpine LMDh est encore très jeune.

Le projet Alpine LMDh est encore très jeune.

Photo de: Rainier Ehrhardt

Quand on parle de passerelles, est-ce qu'elles peuvent aller jusqu'aux pilotes ? On pense forcément à Mick Schumacher, que vous pouvez observer dans un environnement différent de la Formule 1...

Forcément. Ce qui est remarquable avec Mick, c'est sa capacité d'adaptation à l'Endurance, qui a été incroyablement forte. Il s'est vraiment habitué extrêmement vite, avec un très, très bon état d'esprit, une attitude collective assez incroyable. Après, chaque discipline a son environnement. En Endurance, on n'attend pas forcément d'avoir le pilote le plus rapide sur un tour ou sur 1h30. Ce qu'on veut, c'est un pilote qui réalise ses trois relais le plus rapidement possible au total, dans la globalité, en ayant préservé la voiture et en la rendant à son petit copain dans les meilleures conditions. Ce n'est pas tout à fait le même objectif et les qualités ne sont pas exactement les mêmes, donc on se garde bien de comparer les performances des pilotes.

Cette épreuve est incroyablement difficile, parce que les ingénieurs ne peuvent pas tout maîtriser.

À titre plus personnel, quel rapport l'ingénieur de formation que vous êtes entretient-il avec les 24 Heures du Mans ?

Avant la qualité d'ingénieur, j'ai un rapport personnel avec les 24 Heures du Mans qui date d'il y a très, très longtemps, parce que c'est par là que j'ai connu le sport automobile quand j'étais gamin. Pouvoir y participer maintenant, c'est une vraie satisfaction, et c'est vrai que cette épreuve est incroyablement difficile, parce que les ingénieurs ne peuvent pas tout maîtriser. Déjà en Formule 1 c'est compliqué, mais là, compte tenu de la durée de l'épreuve, compte tenu du fait que le circuit n'est pas permanent donc qu'on ne peut pas s'y entraîner, que les conditions peuvent vraiment changer d'une année sur l'autre, qu'il y a du trafic, qu'il y a beaucoup d'événements extérieurs, c'est difficile de simuler et prévoir ce qui va se passer. C'est ce qui rend cette course si attirante, si passionnante et si difficile à gagner.

Pour boucler la boucle, finalement on a l'impression que Le Mans est ce qu'il y a de plus proche de l'ADN d'Alpine. Au point d'être encore plus retentissant qu'une victoire en Grand Prix au niveau de la popularité si vous y parvenez à terme ?

Je ne sais pas, on ne raisonne pas comme ça. Effectivement, il y a pas mal de choses qui lient Le Mans et Alpine, mais on n'est pas non plus en F1 pour gagner une course, on y est pour être compétitifs, pour se battre au plus haut niveau, aller gagner des courses et un jour un titre, c'est bien ça l'objectif. Le Mans est un one shot, où il y a effectivement beaucoup d'exposition pendant une dizaine de jours et encore plus sur un week-end. En F1, il y a 25 événements compte tenu des 24 courses et des essais hivernaux, c'est partout dans le monde, c'est à la fois beaucoup plus impactant au niveau des retombées médiatiques et, d'un autre côté, ça peut aussi diluer l'effet quand on gagne une course. Ce ne sont pas du tout les mêmes impacts, c'est difficile de comparer et ça justifie le fait de faire les deux !

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