Tom Kristensen, du coup d'éclat à "Monsieur Le Mans"

Dans une semaine qui aurait dû faire la part belle à l'édition 2020 des 24 Heures du Mans, la plus grande course d'Endurance au monde conserve une place importante dans nos colonnes. Impossible, dès lors, de ne pas évoquer un certain Tom Kristensen.

Tom Kristensen, du coup d'éclat à "Monsieur Le Mans"

Surnommé "Monsieur Le Mans", Tom Kristensen a forgé sa légende dans la Sarthe, où il a écrit les lettres de noblesses d'un palmarès hors normes. À cela s'ajoute le fait que le Danois a également brillé ailleurs. Dans chaque discipline où il est passé tout au long de sa carrière, il a toujours remporté au moins une course ! Brosser la carrière d'un tel champion en quelques lignes ne serait pas à la hauteur du personnage, digne des plus grands dans une histoire précédemment marquée par des Henri Pescarolo ou autre Jacky Ickx. Indéniablement, Kristensen est de ceux-là.

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Entre Kristensen et Le Mans, tout a commencé par un coup d'éclat immédiat, ce coup de foudre que seules les plus belles histoires d'amour savent offrir. Un sacre dès sa première participation, à tout juste 30 ans, à bord d'une Porsche préparée par le Joest Racing. Reinhold Joest, un homme qui sera au soutien de la grande épopée Audi des années 2000 et 2010. Dès lors, le pilote danois sera au rendez-vous de toutes les éditions, jusqu'à sa retraite en 2014.

Au Mans, les organisateurs ont souvent eu pour habitude de communiquer avec le slogan "La légende s'écrit sous vos yeux". Sur le mythique tracé sarthois, Kristensen a indéniablement écrit la sienne avec une réussite incroyable entre 2000 et 2006 : six succès de suite, d'abord avec Audi, mais également avec Bentley – programme soutenu par la marque aux anneaux en 2003 – puis des prototypes du constructeur d'Ingolstadt engagés à titre privé. La force des plus grands n'est-elle pas d'être toujours au bon endroit au bon moment ? Jamais l'Endurance n'avait vu un pilote enregistrer six victoires consécutives au Mans.

Sous le sceau des anneaux d'Ingolstadt

Il n'y a pas de grand pilote d'Endurance sans de grands coéquipiers. Ils sont nombreux à avoir accompagné les succès de Kristensen, que ce soit Frank Biela, Emanuele Pirro, Rinaldo CapelloAllan McNish, pour ne citer qu'eux. "Je suis très heureux et fier de ce que j'ai accompli", confiait-il à l'heure de raccrocher le casque. "Je me sens très privilégié d'avoir eu l'opportunité de travailler pour des équipes exceptionnelles et avec de formidables coéquipiers."

L'Audi R8 victorieuse des 24 Heures du Mans en 2000.

L'Audi R8 victorieuse des 24 Heures du Mans en 2000.

Le Mans a invariablement jalonné de succès la carrière de Tom Kristensen, qui ne se résume pourtant pas seulement à ses exploits du côté des Hunaudières et autres virages de Mulsanne et d'Arnage. Il a su briller avec Audi sur bien d'autres circuits, à commencer par Sebring, mais également dans d'autres catégories avec principalement le DTM entre 2004 et 2009. Un championnat qui ne l'aura pas épargné de sa plus grande frayeur, avec un terrible accident survenu en 2007, le tenant éloigné plusieurs semaines des circuits, jusqu'à faire douter de sa participation au Mans cette année-là.

En guise de bilan, nombreux sont les chiffres à pouvoir témoigner d'un parcours couvert de lauriers. Et quand il faut évoquer les souvenirs, Audi n'est jamais loin. Une marque et un constructeur que Kristensen a continué à servir après avoir raccroché le casque, comme ambassadeur d'une famille qui sait conserver les siens aussi longtemps que possible. "J'ai eu le privilège de piloter pour la meilleure équipe et pour le constructeur le plus cool pendant 15 ans", assure-t-il. "J'ai eu de formidables coéquipiers et nous avons travaillé ensemble, avec des gens fantastiques. Avec Audi, j'ai pu gagner de nombreux titres et de nombreuses courses, avec certains moments inoubliables, chargés d'émotions. Ma série de victoires aux 24 Heures du Mans n'aurait pas été possible sans Audi."

La F1, un flirt sans lune de miel

Au milieu de ce palmarès hallucinant, les plus exigeants estimeront que la F1 est le maillon manquant. Néanmoins la discipline a marqué la carrière de Tom Kristensen plus qu'on ne le croit parfois. Certes il n'a jamais pris le départ d'un Grand Prix, mais son implication s'est faite autrement. "Beaucoup de pilotes de F1 aimeraient avoir eu la carrière de Tom. Ce n'est pas important qu'il n'ait jamais fait de F1", fait remarquer Allan McNish. "Son record parle pour lui : neuf victoires aux 24 Heures du Mans, ce sera difficile à battre ou à approcher."

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Dans une année 1997 marquée par son premier succès au Mans, Kristensen achevait une saison difficile en F3000. Il fut cependant appelé par Minardi en fin d'année afin d'effectuer des essais privés à Barcelone. Malgré le froid, il fit une grosse impression en s'approchant des temps du titulaire de l'époque, Tarso Marques. La petite équipe italienne lui offrit de nouveaux tests la semaine suivante, sous la pluie cette fois : il signa un épatant deuxième chrono lors d'une journée où roulaient également Rubens Barrichello (Stewart), Mika Salo (TWR-Arrows) et les pilotes Prost GP, Olivier Panis et Jarno Trulli.

Minardi proposa un baquet à Kristensen pour les six premiers Grand Prix de la saison 1998, à condition d'apporter des financements via des sponsors. "Cela ressemblait à une offre, mais ça n'en était pas une. Je savais que je ne serais jamais capable d'apporter une telle quantité de fonds", raconte le Danois, qui aurait également dû renoncer à ses contrats avec Honda et BMW en tourisme et en Endurance. "J'ai fini par dire non à la Formule 1, et je n'ai jamais regretté ce choix." L'histoire avec la F1 ne se termina pas pour autant, avec une nouvelle opportunité après Le Mans 1998. Tyrrell, qui allait être racheté par la future structure BAR, proposa un test à Kristensen, sans pour autant déboucher sur une occasion de rouler en Grand Prix. Ricardo Rosset était alors plus fortuné pour pouvoir conserver son volant.

Le premier succès avec Audi, en 2000.

Le premier succès avec Audi, en 2000.

À l'époque, les liens entre le programme BMW en Endurance et l'équipe Williams en F1 étaient très étroits, en vue de l'arrivée du constructeur allemand en F1. Cela permit à Kristensen d'obtenir une nouvelle opportunité de rouler dans une monoplace, en fin de saison 1999. Les essais eurent lieu à Magny-Cours afin de développer des évolutions pour le Grand Prix du Japon, mais également pour évaluer le pilote danois en vue d'une possible place de titulaire pour la saison 2000. Finalement, un certain Jenson Button, alors âgé de 19 ans à peine, hérita du baquet aux côtés de Ralf Schumacher

Paradoxalement, l'année 2000 restera comme celle où il prit sa part la plus active en F1. Après une victoire aux 12 Heures de Sebring, Frank Williams lui téléphona en personne avec une proposition : endosser le rôle de pilote de développement pour Michelin, qui préparait activement son retour dans la catégorie reine pour 2001. Kristensen n'hésita pas une seconde : en moins d'un an il aligna plus de 10 000 km dans une F1, principalement au volant de la Williams FW21B mais aussi de la Stewart SF3, à chaque fois pour le compte du manufacturier de pneus.

En dépit de son énorme expérience des nouveaux pneumatiques, cet intense programme de développement fut le dernier chapitre du flirt entre Tom Kristensen et la Formule 1. Aucune opportunité ne s'offrit à lui pour prendre le départ d'un Grand Prix en 2001.

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