24 Heures du Mans Journée Test 24H du Mans

"Le salaire de la peur" : des sueurs froides à éviter pour gagner au Mans

Pour remporter les 24 Heures du Mans, les pilotes Hypercar devront surmonter un obstacle supplémentaire : l'interdiction du préchauffage des pneus. Du contexte aux solutions, en passant par les inquiétudes, on a fait avec eux le tour de la question.

#50 Ferrari AF Corse Ferrari 499P - Antonio Fuoco, Miguel Molina, Nicklas Nielsen

Cette fois-ci, il n'y a plus d'exception. Comme sur toutes les autres manches de WEC, les "cabanes de chauffe" n'ont plus le droit de cité sur le circuit des 24 Heures du Mans. Si l'an passé les organisateurs avaient finalement reculé devant la grogne des concurrents de la catégorie Hypercar, ils ont cette fois-ci tenu bon. Et voilà qu'un nouveau facteur vient s'immiscer pour tenter de départager le peloton de rêve en lice pour la victoire finale.

Avant de se rendre au Mans, les pilotes Ferrari, tenants du titre, ont estimé qu'il s'agissait d'un choix remettant en cause la sécurité. "D'après moi, c'est dangereux", a réitéré Antonio Fuoco à son arrivée au Mans. Toujours est-il que l'idée est intégrée, et tous les pilotes du plateau ont eu le même refrain lors du traditionnel Pesage avant la Journée Test : "C'est la même chose pour tout le monde". Il n'empêche qu'il faut fortement tenir compte de cette composante, aux conséquences accrues par un circuit pas comme les autres.

"C'est un sujet", reconnaît le directeur d'Alpine, Philippe Sinault. "Et c'est un sujet qui va être exacerbé au Mans parce qu'il y a la nuit, et qu'il y a des deltas de températures très importants entre la journée et la nuit. C'est sûr qu'au niveau de la sécurité, ça peut poser certaines questions, mais la règle du jeu est la même pour tout le monde. À partir du moment où l'on est présents, c'est qu'on l'accepte."

Il faut en plus ajouter à la situation de cette édition des prévisions météorologiques qui, même si elles demandent encore à être affinées, vont clairement dans le sens de températures fraîches pour la saison, loin des grandes chaleurs qui ont parfois écrasé la course. "Ça dépend quand même pas mal des conditions, s'il fait froid ça peut très vite compliquer les choses", prévient ainsi Sébastien Buemi chez Toyota.

Pourquoi des craintes ?

Prendre le volant en pneus froids, ça n'emballe aucun pilote au Mans !

Prendre le volant en pneus froids, ça n'emballe aucun pilote au Mans !

Photo de: Marc Fleury

Le décor est planté, mais de quoi parle-t-on vraiment lorsqu'il s'agit de prendre ou reprendre la piste au volant d'une Hypercar LMH ou LMDh avec des pneus Michelin qui n'ont pas été auparavant préchauffés ?

"Ce sont des voitures qui sont extrêmement compliquées avec la donne actuelle des gommes qui nous sont fournies", répond Sébastien Bourdais chez Cadillac. "Il y a trois composants sur un pneu : la chauffe, la longévité et la performance. Avec les règles environnementales, on a de plus en plus de mal à avoir un package complet, il faut en choisir deux, et quand la philosophie des gommes actuelles est sortie, il y avait plus ou moins dans la tête que l'on pouvait chauffer les pneus, ce qui n'est plus le cas."

"Du coup, on se retrouve avec une chauffe assez catastrophique, et c'est vrai que c'est un pneu qui se comporte de façon très compliquée quand il est froid. Les pneus arrière se mettent en régime après les pneus avant, donc c'est un peu le salaire de la peur. Mais c'est plus ou moins pour tout le monde pareil, et ça fait partie de l'équation avec laquelle il faut que l'on compose. Ce n'est pas évident."

On appréciera la jolie référence cinématographique du Manceau. Le risque maximal, lui, est connu de chaque pilote : sortir de la piste sans aucune chance de rattraper la situation. "Au Mans il n'y a pas beaucoup d'espace, on n'a pas vraiment le droit à l'erreur, il va falloir faire attention", explique André Lotterer, engagé sous les couleurs de Porsche. 

"S'il fait vraiment frais et qu'on a les pneus neufs froids, il n'y a pas vraiment de risques que l'on peut prendre", poursuit-il. "La première moitié de tour, il faut vraiment faire attention, parce que le moindre risque que l'on prend en plus, la voiture part et puis c'est fini. Il faut survivre un peu pendant cette phase où les pneus sont froids. Ce n'est pas comme si on pouvait vraiment prendre beaucoup plus de risques : il y a vraiment zéro grip et il faut s'adapter."

Quelles solutions pour en faire un avantage ?

Porsche a travaillé sur ses réglages pour compenser l'absence de chauffe des pneus.

Porsche a travaillé sur ses réglages pour compenser l'absence de chauffe des pneus.

Photo de: Rainier Ehrhardt

Conscientes de l'enjeu, et surtout qu'il y a tout à perdre en un instant dans une telle situation, les équipes ont évidemment travaillé le sujet, chacune cherchant avec plus ou moins d'assiduité des solutions pour contourner tant que possible cette épineuse problématique, ou au moins s'en accommoder.

"Il y a des techniques... en sortant des stands on peut faire patiner un peu plus les pneus, mais c'est minime", souffle André Lotterer. L'une des alternatives peut en revanche se situer dans un compromis à faire au niveau des réglages, quitte à sacrifier un peu de performance.

"Peut-être qu'il faut adapter un petit peu les réglages pour mettre les pneus en route plus tôt", précise son coéquipier Kévin Estre. "Parfois on optimise le setup pour gagner un ou deux dixièmes sur la piste, mais on peut vite perdre cinq ou six secondes sur le tour de sortie si on a un setup qui ne va pas, ou quelque chose qui ne nous met pas en confiance pour faire chauffer les pneus. On travaille dessus, on fait tout pour être bien là-dessus, je ne sais pas quelle importance les autres y portent mais en tout cas nous, on essaie de faire du bon boulot, car on peut gagner quelques secondes."

L'incidence se fera également sur les choix pneumatiques, et donc sur la dégradation à gérer. "Je pense que ça forcera probablement à monter des pneus plus tendres que ce que l'on voudrait", avance Sébastien Bourdais, rejoint sur ce point par Sébastien Buemi : "Il y a trois types de pneus, dont c'est à nous de trouver les bons pneus au bon moment".

D'autres sont toutefois un peu moins confiants, et c'est notamment une préoccupation dans le clan Peugeot, où la gestion de la montée en température des pneus froids laisse perplexe Jean-Éric Vergne. "C'est un souci car il y a d'autres équipes qui ont trouvé quelque chose que l'on n'a pas trouvé, et c'est un vrai avantage sur les tours de sortie des stands", redoute le Français. "Après c'est une discussion aussi au niveau sécurité, on part avec une voiture de près d'une tonne, avec autant de puissance, sur des routes car ici c'est avant tout une route, c'est quand même dangereux. Ça va être compliqué c'est sûr."

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