Interview

Maverick Viñales, leader en quête de stabilité et de clarté

Nouveau leader moral de l'équipe officielle Yamaha de par son expérience et les succès obtenus jusqu'à présent, Maverick Viñales aborde une saison 2021 qui s'annonce peut-être comme la plus importante de sa carrière, avec une réelle chance de s'affirmer enfin.

Maverick Vinales, Yamaha Factory Racing

À l'aube de sa cinquième saison avec Yamaha, Maverick Viñales, qui a jusqu'à présent décroché sept victoires sur un total de 22 podiums avec la marque, nourrit la ferme intention de rebondir après une sixième place au championnat 2020 qui fait office d'erreur de parcours. Mais remonter au troisième rang, qu'il a déjà connu deux fois, ne lui suffira pas. Le pilote espagnol vise les plus hauts rangs, alors qu'il est décrit par son prédécesseur, Jorge Lorenzo, comme "l'un des pilotes les plus rapides et les plus talentueux de la grille, [qui] pour différentes raisons n'a toujours pas été en mesure de prouver tout son potentiel en piste".

À 26 ans, Viñales veut poursuivre l'évolution qu'il a tenté d'instiguer au sein de l'équipe après ses débuts houleux et, avec le départ de Valentino Rossi, il sait qu'il prend une nouvelle envergure au sein du groupe d'Iwata. Il ne s'y trompe pas : la voie s'ouvre à lui pour qu'il prenne une place plus centrale dans le stand de l'équipe d'usine et, plus largement, dans le développement de la YZR-M1.

Alors qu'il attendait de pouvoir lancer sa pré-saison, qui débute ce samedi avec les essais officiels collectifs de Losail, Maverick Viñales a répondu en toute franchise aux question de Motorsport.com.

Lors de la présentation de l'équipe, tu as dit avoir le sentiment que l'équipe Yamaha n'était pas aussi unie qu'elle pourrait l'être. Que voulais-tu dire ?

Eh bien, ce n'est pas facile de former une équipe forte, c'est très difficile. Mais comme je l'ai dit, pendant ma première année chez Yamaha, mon équipe parfois... ils n'étaient pas unis. Par exemple, nous n'allions pas tous dîner ou déjeuner au même endroit, nous y allions toujours séparément. Je voulais dire que nous n'étions pas ensemble, comme un seul groupe. Donc, avec l'arrivée d'Esteban [Garcia, chef mécanicien] et de Julito [Julian Simon, analyste performance du pilote], c'est ce que nous essayons de faire, parce que je sais qu'en tant que personne, j'ai besoin de me sentir bien et détendu, et pour me sentir détendu, j'ai besoin de savoir que tout le monde va dans la même direction. C'est ce que nous essayons de faire, nous essayons d'y travailler. Mais je pense en tout cas que Yamaha le comprend très bien et ils essaient de m'aider à rester calme et détendu. Je pense que c'est la meilleure façon pour moi de libérer tout mon potentiel, c'est ce sur quoi nous travaillons.

Il est certain que, par moi-même, je travaille beaucoup, mais je pense que nous progressons d'année en année. Au final, ce dont nous avons besoin pour vraiment nous améliorer, c'est la constance de la moto, parce qu'en tant que pilote, c'est vraiment compliqué d'avoir la possibilité de gagner sur une course mais de ne même pas finir dixième à la suivante. C'est très compliqué pour un pilote, mais c'est une chose sur laquelle nous travaillons très dur chez Yamaha. En 2019, j'étais plus régulier. L'année dernière, j'ai obtenu des résultats irréguliers, mais je pense que nous devons bien travailler cette année pour avoir la chance de monter sur le podium à chaque course. C'est la clé aussi pour avoir la possibilité de se battre pour un objectif plus grand.

Comment as-tu travaillé sur toi-même pendant l'hiver après avoir traversé ces difficultés de 2020 ? Lors de certains de tes débriefs, tu étais vraiment abattu...

On grandit jour après jour. Parfois, c'est trop difficile à comprendre quand on n'a pas d'explication. C'est vraiment difficile parce que ce n'est pas comme si [on pouvait dire] : "OK, je suis P10 parce que j'ai fait ceci, ou la moto a fait cela". Au final, on n'a pas d'explication. Donc, quand on ne comprend pas les choses, c'est très compliqué de se calmer, de se détendre, parce qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver. Par exemple, j'ai terminé [les deux Grands Prix] d'Autriche avec de très mauvais résultats, mais quand je suis arrivé à Misano j'ai eu la possibilité de gagner les deux courses. Donc, vous voyez ce que je veux dire, c'est très dur dans la tête parce qu'un jour on a l'air d'être vraiment mauvais et le lendemain on est une superstar ! Dans la tête, c'est assez fou.

Un jour on a l'air d'être vraiment mauvais et le lendemain on est une superstar ! Dans la tête, c'est assez fou.

Maverick Viñales

Mais on travaille très dur avec l'équipe pour y arriver et que la moto ait une chance de gagner chaque course. C'est la priorité pour nous en ce moment. On est donc très concentrés pour les deux jours de tests, afin d'essayer toutes les pièces, toutes les grosses choses durant ces premiers jours. Une fois que je serai sur la moto, je vais pouvoir essayer beaucoup de choses, et ensuite je vais pouvoir réserver les trois journées suivantes pour travailler en vue de la course, travailler sur le rythme et d'autres choses. Mais il faut que l'on établisse un bon plan et on y travaille. Il est certain que nous pouvons y arriver. J'ai une grande confiance dans l'équipe, j'ai confiance dans les personnes qui m'entourent et je pense que nous pouvons y arriver.

Tu dis avoir besoin de plus de constance de la part de la moto. Yamaha a indiqué que la M1 de 2021 serait plus proche de celle de Franco Morbidelli, qui est dérivée de celle de 2019, à savoir la moto que tu préférais. Est-ce un point encourageant à tes yeux ?

Je pense qu'il est très important pour nous d'avoir une direction claire parce qu'il ne faut pas que l'on se perde en cours de saison. Normalement, il se passe toujours la même chose pour nous : on commence très fort, et puis on se perd. Alors il ne faut pas que nous fassions la même erreur. Nous devons suivre un plan et aller au maximum, et ne pas regarder le moteur des autres années ni la spécification de Franco. Il faut que l'on trouve une voie à suivre, et ce qu'il faut que l'on fasse ensuite, c'est nous en tenir à cette voie, ne pas en changer au milieu de la saison. Il faut que l'on trouve comment être forts à chaque course, c'est le plus important et pour cela nous devons établir un plan solide et ne pas cesser de croire dans ce plan.

Penses-tu que ce sera plus facile à faire maintenant que Fabio Quartararo se trouve à tes côtés, sachant qu'il a généralement un feeling similaire au tien sur la Yamaha ?

Hmm... Franchement, on va essayer de se concentrer sur nous-mêmes, essayer de faire notre travail. Il est important que Fabio ait le même feedback, disons, parce qu'en tant qu'équipe il ne faut pas aller dans deux directions, mais nous devons croire en nous-mêmes, croire en notre travail et pousser Yamaha à travailler dans cette direction. C'est ce que nous allons essayer de faire et nous allons essayer de le faire bien. C'est ce qui compte, parce que si vous faites le travail et que les résultats ne viennent pas, alors vous le faites pour rien. On va donc essayer de faire du bon travail et d'obtenir des résultats. C'est la raison pour laquelle je dis qu'il faut que l'on ait un très bon plan, un seul plan, et qu'on le suive. On n'a pas besoin d'avoir trois ou quatre plans, sinon on se perd. Un plan et c'est tout, et c'est ce que nous devons avoir clairement à l'esprit. Je vais pousser pour cela.

Maverick Vinales, Yamaha Factory Racing, Cal Crutchlow, Yamaha Factory Racing

As-tu travaillé plus étroitement avec la direction de Yamaha et les ingénieurs pour essayer d'établir ce plan ?

Oui, je travaille très étroitement avec tous les gars qui me sont proches, et même avec Lin [Jarvis], Maio [Meregalli] et [Takahiro] Sumi, parce que si nous voulons que Yamaha revienne au sommet, nous devons travailler étroitement. Nous devons tout dire tel que c'est, dire la vérité, et sans aucun aspect politique, disons. Nous devons dire la vérité cash, et avec Yamaha je peux avoir le sentiment que c'est ce que l'on fait. C'est le plus important pour que tout aille dans la même direction et continuer à progresser.

On peut difficilement être faire plus franc que Cal Crutchlow ! Es-tu d'accord avec Valentino Rossi quand il dit que Crutchlow peut "faire la différence" pour Yamaha en 2021 ?

Ah, il est le meilleur pour dire la vérité ! Je pense la même chose que Valentino. Je pense qu'il peut faire la différence parce que, pour moi, la plupart du temps le problème a été que j'ai dû essayer beaucoup de choses pendant les week-ends de course, or quand j'essaie beaucoup de choses, je me perds. Et puis, je n'ai pas assez de temps pour travailler sur ce que je fais moi-même en piste. Je pense qu'il fera la différence. Il peut dire "oui ou non". C'est le plus important. Je pense que Cal est bon là-dessus, donc j'ai une grande de confiance en lui.

Pour la première fois, cette saison, tu vas avoir un coéquipier plus jeune que toi. Est-ce qu'un pilote a besoin d'avoir un nouveau coéquipier de temps en temps pour y tirer un regain de motivation ?

Je ne sais pas. Franchement, comme je l'ai dit, je ne pense pas à ça. Je pense beaucoup au premier jour de test et à la façon de l'aborder. Je n'ai pas eu assez de temps pour y penser, donc je ne peux pas vous donner une réponse claire.

Tu t'es inquiété du fait que le Qatar pourrait ne pas permettre à la Yamaha de monter son vrai potentiel, car la moto y est toujours bonne. Étant donné que le MotoGP va rester au Qatar pour l'intégralité des tests et deux Grands Prix, cela fait-il de cette pré-saison la plus difficile que tu aies eu à affronter ?

Oui, c'est sûr, parce qu'on ne fera les essais que sur une piste. Mais le Qatar a une particularité : de 14h à 16h, la piste est poussiéreuse, donc il n'y a pas de grip. On va donc voir si on arrive à travailler là-dessus, pendant ces heures, et établir quelque chose de clair pour Portimão et le reste de la saison. Ce sera difficile parce qu'en passant un mois au Qatar, tout le monde sera rapide. Tout le monde, tous les pilotes. Il sera donc difficile de comprendre où l'on se situe, mais nous devons être assez malins pour comprendre comment nous serons sur les pistes suivantes. On verra bien. Je vous en dirai un peu plus après les tests.

Enfin, qui est le plus menaçant cette année, sachant que beaucoup de pilotes peuvent gagner des courses ?

Honnêtement, chaque année ça devient de plus en plus difficile, et les motos s'améliorent. Presque toutes sont maintenant des motos d'usine. On commence la saison avec 24 pilotes qui ont la possibilité d'y arriver, et après la première course, on verra qui est là et qui ne l'est pas. On verra, je suis très curieux de voir ça. C'est sympa, parce que c'est très imprévisible !

Maverick Vinales, Yamaha Factory Racing

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