Les pilotes plus que jamais dans l'attente de travaux au Red Bull Ring

Partagés sur la responsabilité du tracé dans l'accident de Dani Pedrosa et Lorenzo Savadori, les pilotes MotoGP font bloc en revanche pour demander une amélioration générale de la sécurité sur le circuit du Red Bull Ring.

Les pilotes plus que jamais dans l'attente de travaux au Red Bull Ring

Le MotoGP avait quitté Spielberg, l'année dernière, après deux week-ends d'émotions fortes. La première course sur place avait valu les images probablement les plus glaçantes qu'il ait été donné de voir dans un accident dont l'issue, fort heureusement, n'a pas été funeste. L'accrochage entre Johann Zarco et Franco Morbidelli au freinage du virage 3 avait en effet valu une lourde chute aux deux pilotes, mais aussi entraîné la course folle des motos déchiquetées vers la sortie du virage, où passait le reste du groupe, frôlé par ces projectiles effrayants. Le week-end suivant, ce sont les freins en perdition de Maverick Viñales en bout de ligne droite qui avaient causé une autre image étonnante, celle du pilote sautant en marche pour laisser sa moto s'écraser sur le mur de protection du virage 1. Tout le monde était sain et sauf, mais on savait que l'on venait de passer tout près de deux drames potentiels.

Les retrouvailles, cette année, ont livré un nouvel épisode inquiétant, avec la chute de Dani Pedrosa à la sortie de ce même virage 3. Sa moto, restée en piste dans la côte présente à cet endroit, a été heurtée de plein fouet par Lorenzo Savadori, blessé dans l'accident, et les machines ont pris feu, engendrant des images toujours impressionnantes. Pour la troisième fois de suite, donc, une course MotoGP à Spielberg a été interrompue au drapeau rouge.

Trois courses ici et trois drapeaux rouges. Que ce serait-il passé si Lorenzo avait heurté Pedrosa au lieu de sa moto ? C'est la réalité : ce tracé n'est pas sûr.

Aleix Espargaró

Particulièrement virulent à l'encontre de ce circuit depuis plusieurs années, Aleix Espargaró n'a pas mâché ses mots à l'heure de commenter ces événements. "Je n'ai plus la force", a-t-il déclaré. "Je suis vraiment en colère en ce qui concerne la situation de cette piste. On l'a dit à de nombreuses reprises… Trois courses ici et trois drapeaux rouges. Que ce serait-il passé aujourd'hui si Lorenzo avait heurté Pedrosa au lieu de sa moto ? Tout le monde serait en train de pleurer maintenant ? C'est toujours pareil sur ce circuit, mais je ne veux pas perdre plus de temps à blâmer la piste, parce qu'ils font ce qu'ils veulent."

"Vous savez à combien de reprises les pilotes se sont plaint du virage de Barcelone qui a été modifié l'année dernière, eh bien cette piste en a trois comme ça. Si on a des problèmes chaque année à Barcelone avec un virage, imaginez ici alors qu'on en a trois comme ça. Peut-être que tout le monde va dire que je ne fais que pleurnicher, mais ce tracé n'est pas fait pour des motos, c'est comme ça. On peut courir, oui, on pourrait aussi courir en pleine ville ! On peut démarrer ma moto et faire des courses dans les rues, mais ça n'est pas sûr. Et c'est la réalité : ce tracé n'est pas sûr", tranchait l'Espagnol. "Nous les pilotes, on ne peut rien faire de plus. Croyez-moi, ça n'arrive pas tout le temps, mais sur ce problème-là, oui : tous les pilotes de la grille sont d'accord en ce qui concerne la sécurité de cette piste, mais comme vous pouvez le voir, rien n'a été modifié et rien n'a été changé."

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Action en piste

S'il peut en effet y avoir un certain consensus sur la sécurité de ce circuit et la nécessité d'y apporter des modifications afin que le tracé ou les voies de dégagement soient plus adaptés aux MotoGP, certains autres pilotes estimaient dimanche que l'accident observé durant cette course, aussi impressionnant ait-il pu être, n'avait pas de lien avec la piste en elle-même mais résultait plutôt d'un enchaînement de circonstances malheureuses qui pourraient tout aussi bien s'observer ailleurs.

"Je pense sincèrement que ce qui s'est passé aujourd'hui avec Pedrosa et Savadori pourrait arriver partout", a notamment indiqué Valentino Rossi. "Par contre, cette piste a trois ou quatre freinages dingues, et l'endroit le plus dangereux est le virage 3 car on freine en étant sur l'angle. Donc quand on a des freinages dingues comme ça, c'est dangereux et c'est aussi compliqué pour les freins, comme l'a montré par exemple le problème de Maverick l'année dernière. Il n'y a pas qu'une chose, ce sont différents facteurs mis ensemble."

Je pense sincèrement que ce qui s'est passé avec Pedrosa et Savadori pourrait arriver partout.

Valentino Rossi

Parmi ces points de freinage limites à aborder pour les MotoGP, le début du tracé est globalement pointé du doigt, qu'il s'agisse du virage 3 ou de la portion qui le précède. Si la proposition de créer une chicane pour mieux marquer le léger virage 2 qui coupe à peine la ligne droite principale a été rejetée pour cette année, des changements semblent bel et bien attendus à l'avenir.

"Le virage 3 est critique. C'est vraiment dangereux, surtout sous la pluie. Je trouve aussi que la sortie des virages 1 et 3 est dangereuse, parce qu'il y a une montée après. S'il s'y passe quelque chose, on ne le voit pas. L'an dernier, on a vu une grosse chute en Moto2", a rappelé Joan Mir.

"Pour moi, il y a des points critiques comme le virage 3", a confirmé Jorge Martín. "C'est là qu'on a toujours des incidents et des interruptions. Je pense que le tracé sera différent à l'avenir et qu'ils régleront ce problème parce qu'on arrive très vite dans ce virage. Il y a aussi une montée après l'accélération, on ne voit pas et c'est peut-être pour ça que Savadori est tombé."

"Le virage va être modifié, sans doute pour l'an prochain", a fait savoir Johann Zarco. "Je ne sais pas quoi dire parce que là, c'était en sortie de virage, ça a moins été dramatique que l'an dernier lors de ma chute. Après, c'est la moto qui prend feu, c'est ça qui est impressionnant. Une moto peut souvent prendre feu, ça dépend de comment elles sont heurtées."

"Pour moi, c'est critique au départ. Le départ est vraiment dangereux parce qu'on ne garde pas de vitesse dans le premier virage et il y a un grand dégagement en asphalte", a quant à lui décrit Fabio Quartararo, pointant du doigt aussi bien le virage 1 que le 3. "Beaucoup ne se soucient pas de leur freinage au premier virage parce qu'ils savent qu'ils peuvent passer à l'extérieur. Si on mettait de l'herbe ou du gravier, on ne le ferait pas, il faudrait penser à s'arrêter. C'est une chose qui pourrait être bonne pour la sécurité. Et le virage 3, deux drapeaux rouges y ont été provoqués."

Avec Vincent Lalanne-Sicaud et Margaux Levanto

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