Pol Espargaró revient sur les "montagnes russes" depuis sa blessure
Présent dans le paddock aux Pays-Bas, Pol Espargaró est revenu sur ses trois mois de convalescence, de la douleur intense des premiers instants à la perspective d'un retour plus tôt que prévu, en passant par le soutien de KTM et Tech3.
Pol Espargaró devra attendre pour remonter sur sa KTM mais il a repris contact avec le paddock du MotoGP en faisant le déplacement à Assen. Trois mois après sa très grosse chute à Portimão, qui l'a laissé avec huit fractures, principalement à la mâchoire et aux vertèbres, l'Espagnol a ainsi retrouvé l'équipe Tech3 avant de venir à la rencontre des journalistes.
Espargaró a fait le point sur les semaines difficiles qu'il a traversées, entre les douleurs, l'incapacité à s'alimenter, la perte de poids, le doute ou encore le soutien sans faille de KTM et Tech3. Les moments les plus durs sont désormais derrière lui et il commence à planifier son retour.
L'objectif de reprendre la compétition avant la pause estivale n'a pas été possible mais Pol Espargaró pense être rapidement apte à reprendre le guidon de sa MotoGP, bien plus vite que ce qu'espérait son équipe médicale.
Pourquoi es-tu venu à Assen ?
Je voulais vous revoir après ces trois mois. Ça a été difficile pour l'équipe, pour l'usine, pour moi, et je voulais revoir tous les visages avant la pause estivale. J'avais l'intention de venir au Sachsenring pour rouler, peut-être déjà au Mugello. La dernière radio n'a pas montré ce que les médecins attendaient donc ils m'ont dit que c'était mieux d'attendre.
Comment se sont passés les mois de convalescence ?
Il y eu beaucoup de hauts et de bas, c'était les montagnes russes. Quand j'étais en soins intensifs après la chute, j'avais tellement de fractures que je ne pouvais pas savoir laquelle était la plus douloureuse. Le niveau de douleur atteignait les sommets, c'était tellement élevé. J'ai pris beaucoup d'antidouleurs.
Quand j'ai commencé à me réveiller, j'ai pu commencer à sentir d'où la douleur venait et c'était difficile parce que pendant un certain temps, la douleur venait de la bouche, puis du cou, puis du dos, des côtes... J'avais tellement de problèmes qu'au final, remédier à ça en trois mois est un miracle. Je suis très heureux.
Quelle est ton opinion sur les graviers à Portimão ? Quelle est la source des blessures ?
Je ne pense pas que le moment est venu de désigner un coupable. Le premier coupable, c'est moi, parce que je suis tombé. Le pneu était froid à ce moment de la séance, après un drapeau rouge. Ce n'était pas le bon moment pour attaquer et sur cette piste, on avait du mal avec le côté droit du pneu parce qu'on le trouvait un peu plus dur que d'habitude. Il y a eu beaucoup de circonstances. Dans le virage après ma chute, Viñales arrivait très vite donc je suis sorti de la trajectoire et je n'ai pas pu chauffer le pneu sur le côté droit. Quand j'ai essayé d'attaquer, il s'est passé ça.
Mais je ne cherche pas un coupable. C'est sûr que les choses pourraient être meilleures, pourraient être améliorées. La Dorna a essayé de le faire après ma chute, ce qui est bien. Mais il faut surtout en tirer les conséquences.
Quel est ton programme pour les prochaines semaines ?
Chargé ! C'est comme une nouvelle pré-saison. Ce sera ma seconde pré-saison de l'année [rires]. J'ai l'intention de me rendre sur plusieurs circuits au cours des cinq prochaines semaines. Je regagne de la masse [musculaire]. [...] Je ne pouvais plus me voir devant le miroir, il n'y avait plus personne ! Je récupère à tous les niveaux.
As-tu songé à renoncer ?
Oui, c'est certain. Ce genre de blessure est sérieux. Après un mois à l'hôpital, je voulais remonter sur la moto, mais quand on est si mal à l'hôpital et que beaucoup de gens viennent te dire ce que tu as... Dans ma situation, avec ma femme, mes deux filles, c'est dur. Au final, c'est ce que je fais : tout au long de ma carrière, j'ai été en compétition, je me suis rétabli et je me suis blessé à nouveau. Ça fait partie du boulot. J'essaie de voir ça comme le mauvais côté de ce boulot, mais...
La moto de Pol Espargaró durant sa chute
Quel est l'état de tes vertèbres ?
J'ai eu trois vertèbres cassées, la troisième, la sixième et la huitième. La troisième et sixième n'allaient pas trop mal donc elles ont guéri assez vite mais la huitième était coupée en deux. [...] C'est pour ça que ça a pris un peu plus de temps que les deux autres. S'il n'y avait eu que les deux premières, je pourrais rouler aujourd'hui, elles sont plus solides qu'avant parce que les os se sont consolidés, mais l'autre a besoin d'un peu plus de temps. J'ai perdu 1,5 cm mais je suis marié et j'ai deux filles donc je ne m'en soucie plus ! C'est sûr que ça demandera encore deux ou trois semaines pour être totalement consolidé. Ce sera plus solide qu'avant. Les vertèbres seront un peu moins grosses mais tout sera parfait.
Penses-tu encore à arrêter ?
C'est derrière moi parce que je cherche à revenir. Ces moments te ramènent à la réalité. Quand ça ne se produit pas, tu n'y penses pas mais là, c'était la réalité. Ça reste réel un peu plus longtemps que quand tu te casses un doigt, la main ou autre chose. C'était sérieux. C'est juste que je serai plus attentif sur la moto. Même si j'ai de l'expérience, j'ai passé de nombreuses saisons en MotoGP mais ce genre de choses arrivent donc il faut faire attention.
Je n'ai pas pu manger pendant quatre semaines, je buvais juste de la soupe, et je perdais 2,5 kg par semaine.
Pol Espargaró
Quel a été le soutien de ton frère et de ton équipe ?
Mon frère est là, il roule, et quand je voulais savoir des choses sur les motos ou les pneus, j'appelais mon frère ou mon chef mécanicien. Il était là mais je dois dire que pendant ce processus, je n'imaginais jamais que KTM et le groupe Pierer Mobility seraient à ce point derrière moi. Ils ont fait des choses que vous ne savez pas, ils sont incroyables. Avant cette chute, si vous m'aviez demandé comment ils auraient réagi dans ce genre de blessure, je n'aurais jamais imaginé qu'ils seraient aussi proactifs avec moi au cours de ces trois mois. Je suis ravi et reconnaissant pour ça.
Quel a été le pire moment ces derniers mois ?
Je crois que le pire moment a été dans ces quatre semaines à l'hôpital, quand ma mâchoire était totalement fermée, même pas ouverte d'un millimètre. Je n'ai pas pu manger pendant quatre semaines, je buvais juste de la soupe, et je perdais 2,5 kg par semaine. C'est incroyable, je perdais 2,5 kg de muscle, pas de gras parce que je n'avais pas de gras en début d'année. Quand on est très mal et qu'on se voit dans le miroir, on se dit "Je vais devoir reprendre tout ça !" Toutes les semaines, tu regardes et tu te dis "Quels ont été mes efforts pour gagner 3 kg cet hiver ? Quel sera le travail pour reprendre 8 ou 9 kg ?" Je ne voyais pas mon visage dans le miroir, pas mon corps. On ne se reconnaît pas et c'est dur.
Qu'est-ce que ça fait de passer ses journées dans un caisson hyperbare ?
Ce n'est pas agréable. Je me sens chez moi maintenant ! [rires] J'ai passé de nombreuses d'heures dans cette machine, et avec d'autres. Sur 24 heures, il n'y avait que trois ou quatre heures où je ne faisais rien, parce que je passais de l'une à l'autre. [...] J'ai fait le maximum pour être prêt avant la pause estivale mais ça n'a pas été possible. Le médecin m'avait dit que ça prendrait plus de six ou sept mois, à la pause estivale ça en fera quatre donc j'ai gagné trois mois. C'est incroyable.
Marc Márquez a dit que pendant sa convalescence, ses routines l'aidaient. As-tu ressenti la même chose ?
Oui, c'est juste. [...] Je le faisais surtout parce que j'avais un objectif en me levant : j'allais à la salle ou je faisais du vélo. C'est comme un travail normal où on va au bureau. J'allais au bureau, et c'est la moto ou l'entraînement. Dans ce genre de situation, ça aide à aller bien mentalement. Ma femme et mes filles m'ont aussi aidé. Je n'aurais pas pu survivre sans elles. Même physiquement : je ne pouvais pas manger donc ma femme m'aidait, et mentalement, j'avais besoin de mes enfants. Je n'avais pas de temps libre, je devais les amener à la crèche, puis les récupérer ou jouer avec elles. Ça aide de ne pas avoir de temps libre.
Comment se sont passées les retrouvailles avec l'équipe hier ?
Je me souviendrai de cette journée. C'était dur d'être sur la touche pour moi, mais aussi pour eux. Je remercie Jonas [Folger], qui me remplace. Il avait des plans avec sa petite amie pour le Sachsenring, quand je devais revenir, ils devaient voyager et ils ont dû lui demander d'être là. Il m'a envoyé des messages avant presque toutes les courses et je ne pouvais pas en demander plus à l'équipe et aux mécaniciens. Je l'ai déjà dit mais je ne me lasserai pas de le dire, c'est incroyable. Leur soutien a été immense. C'était un bon moment hier soir, un beau moment.
Partager ou sauvegarder cet article
Abonnez-vous pour accéder aux articles de Motorsport.com avec votre bloqueur de publicité.
De la Formule 1 au MotoGP, nous couvrons les plus grands championnats depuis les circuits parce que nous aimons notre sport, tout comme vous. Afin de continuer à vous faire vivre les sports mécaniques de l'intérieur avec des experts du milieu, notre site Internet affiche de la publicité. Nous souhaitons néanmoins vous donner la possibilité de profiter du site sans publicité et sans tracking, avec votre logiciel adblocker.
Meilleurs commentaires