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Le MotoGP se veut une vitrine de la réduction des émissions

Les dirigeants du MotoGP veulent que le championnat joue son rôle dans la transition écologique. L'accent est pour le moment mis sur les biocarburants, solution que Carmelo Ezpeleta préfère à une motorisation électrique.

Fabio Quartararo, Yamaha Factory Racing, Luca Marini, VR46 Racing Team, et Jack Miller, Ducati Team

Dans un monde qui prend de plus en plus conscience des bouleversements provoqués par le changement climatique, le MotoGP souhaite être un moteur de la transition écologique. Le CO2 émis par les 24 machines engagées en course est certes une goutte d'eau dans l'océan des défis climatiques auxquels la planète est confrontée mais pour Jorge Viegas, fraîchement réélu à la tête de la FIM, le championnat peut être vecteur de technologies plus durables.

"[Nous avons] conscience que sans durabilité et sans transition énergétique, il ne peut pas y avoir d'avenir", a confié le président de la fédération à l'édition italienne de Motorsport.com à l'occasion des Ride to FIM Awards. "Nous devons faire tout ce que nous pouvons pour avoir un impact sur la hausse mondiale des températures car, même si l'impact de notre milieu sur les émissions mondiales est très faible, nous avons une grande visibilité."

"Nous devons donc être une sorte de vitrine pour la réduction des émissions. Nous devons montrer que nous y tenons et que nous sommes disposés à changer nos technologies pour préserver ce que nous aimons le plus, c'est-à-dire rouler à moto ou regarder une course." 

"Nous essayons [...] de suivre ce que fait l'industrie, mais à notre niveau également nous essayons d'augmenter la conscience qu'il ne s'agit pas seulement d'émissions et qu'il faut améliorer la durabilité, non seulement dans notre sport mais au niveau de la planète entière", a insisté Viegas. "Nous devons montrer au monde que nous faisons véritablement quelque chose. Nous avons été la première fédération internationale à mettre en place une commission environnementale, il y a bientôt trente ans. Désormais, la durabilité représente déjà une part importante de nos courses, mais nous devons poursuivre cette bataille." 

Les biocarburants, solution privilégiée à l'électrique

Alors que les motorisations hybrides et électriques se multiplient sur les routes, la majeure partie des compétitions de sports mécaniques restent fidèles à des moteurs thermiques et les catégories électriques, comme la Formule E sur quatre roues et le MotoE sur deux, restent l'exception. L'adoption de telles technologies n'est pas envisagé à moyen terme en MotoGP, qui mise pour le moment sur les biocarburants. En 2024, le MotoGP imposera des carburants composés d'au moins 40% de sources non-fossiles et de premiers ont déjà été menés par Honda avec Marc Márquez, mais la FIM assure travailler sur d'autres fronts.

"Le message le plus important à transmettre est qu'il n'existe pas de solution unique pour préserver la planète", a précisé Viegas. "Nous travaillons dans toutes les directions avec l'industrie de la moto. Par exemple, en MotoGP, nous introduirons en 2024 un carburant non fossile à 40%, que je préfère appeler 'écocarburant' plutôt que biocarburant. Et j'espère qu'en 2027, en MotoGP mais aussi en Moto2, Moto3 et Superbike, nous pourrons disposer d'écocarburant à 100%, afin de porter les émissions à zéro."

Pour Carmelo Ezpeleta, cette direction est préférable à l'instauration d'une motorisation électrique, selon lui trop éloignée des considérations actuelles du public. "Le biocarburant a un très bel avenir, car l’Europe est l’Europe et les États-Unis sont les États-Unis, mais pour les trois quarts de la planète, c’est très difficile de rentrer chez soi et de charger sa voiture", a déclaré le promoteur du championnat à Motociclismo. "Nous devons regarder les choses dans une perspective globale et avec l’idée de protéger la planète, ce qui inclut la protection des habitants."

Fabio Quartararo, Yamaha Factory Racing

"Nous allons en Asie du Sud, en Amérique du Sud… Dites aux Indonésiens qu’en 2030 ou 2035 ils doivent passer de 90 millions de motos à 90 millions de motos électriques. Où est-ce qu’ils les chargent ? Nous croyons que l’industrie doit arriver à la pollution zéro car c’est extrêmement important pour l’avenir de la planète et c’est notre travail, mais notre objectif principal actuellement est de travailler avec des carburants n’ayant aucun impact carbone."

"Que ce soit clair : nous sommes engagés à 100% dans le développement durable et dans la réduction de notre empreinte carbone à zéro mais nous n’estimons pas que la solution se trouve uniquement dans l’électrique, surtout pour les motos, et nous y travaillons", a ajouté Ezpeleta.

Le dernier mot reviendra aux constructeurs

Ce travail dépend en grande partie des constructeurs, qui sont nombreux à vouloir s'appuyer sur l'engagement en compétition pour faire la promotion de technologies apparaissant sur leurs modèles de série. À court terme, le but est d'améliorer l'efficacité énergétique des moteurs existants mais Ezpeleta n'exclut pas des changements plus drastiques si des technologies pertinentes émergent.

"Nos moteurs sont les moins polluants au monde. Les constructeurs de Moto3, Moto2 et MotoGP ont atteint un niveau de fiabilité, de résistance et de faible impact de plus en plus élevé. Ils consomment de moins en moins de litres de carburant tout en ayant toujours plus de performance, et avec l’arrivée du biocarburant ça va augmenter. Nous allons travailler sur ça. Si d’un coup un constructeur annonce que l’avenir est l’hydrogène ou je ne sais quoi, nous évoluerons avec les constructeurs car ils vendent partout dans le monde et pas seulement en Europe, aux États-Unis, au Canada, au Japon, en Australie et en Nouvelle-Zélande."

Viegas estime lui aussi que les constructeurs finiront par déterminer les évolutions à travers leurs travaux de recherche sur tout un éventail de technologies : "Le lien avec l'industrie est fort et le travail s'oriente vers de nombreuses directions en vue de la transition énergétique. On parle bien sûr des motos électriques, mais elles ne doivent pas être la seule option pour l'avenir. Avec les constructeurs japonais comme avec les européens, nous parlons beaucoup d'écocarburant, mais il y existe également la possibilité de réaliser des alimentations à hydrogène, comme me l'expliquait [...] Claudio [Domenicali, PDG de Ducati Motor Holding]." 

"Les explorations sont menées dans de nombreuses directions et c'est une sorte de course, car celui qui trouvera la bonne solution en premier aura un énorme succès commercial. Cela pourrait être similaire à ce que nous avons vécu avec les téléphones portables, dont nous sommes désormais inséparables. Mais nous sommes confrontés aujourd'hui à une véritable urgence et nous devons donc faire tout ce que nous pouvons pour tenter d'atténuer les conséquences du changement climatique. Nous voulons essayer d'être un exemple pour tous les autres secteurs et nous allons certainement poursuivre ce combat."

Avec Léna Buffa et Charlotte Guerdoux

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