WEC 6 Heures de Monza
Alpine et l'endurance : l'heure des adieux
Une dernière séance photo a eu lieu à Monza avant la course d'adieu d'Alpine à l'endurance, aux côtés de la voiture victorieuse des 24 Heures du Mans 1978.

Heiko Stritzke
Publié: 8 nov. 2026, 11:06
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Photo de : Julien Delfosse / DPPI
Après 14 années de collaboration, les 6 Heures de Monza marquent la fin d'un chapitre commun entre Signatech et Alpine, filiale de Renault.
Pour marquer ces adieux, les deux Alpine A424 ont retrouvé l'historique Renault-Alpine A442B à l'occasion de tours de démonstration et d'une séance photo réunissant l'ensemble de l'équipe.
L'avenir de la structure dirigée par Philippe Sinault reste incertain. Après l'échec des négociations avec Geely dans la dernière ligne droite, l'équipe poursuit ses recherches pour trouver une solution qui lui permettrait de rester dans la catégorie reine avec un autre partenaire.
La Renault-Alpine A442B, reconnaissable à son cockpit vitré qui la distingue de l'A442A, a remporté la 46e édition des 24 Heures du Mans en 1978 avec Didier Pironi et Jean-Pierre Jaussaud à son volant. Sa successeure, l'A443, avait dominé l'épreuve avant d'abandonner dans la 18e heure de course. Dans la foulée de cette victoire, Renault s'était retiré du Mans pour concentrer ses efforts sur la Formule 1.
L'A424, qui a succédé aux A450 (Oreca 03), A460 (Oreca 05), A470 (Oreca 07) et A480 (Oreca/Rebellion R13) dans la lignée des prototypes Alpine, n'a pour l'instant remporté qu'une seule victoire en WEC, lors des 6 Heures de Fuji en 2025.
Le retrait du WEC, annoncé dès février avant le début de la saison, est la conséquence directe d'un changement de direction à la tête du groupe. François Provost n'a pas tardé à revenir sur la politique favorable au sport automobile instaurée par Luca de Meo.
Reconnaissance et émotion avant la dernière
Pour les pilotes, la tristesse liée à cette fin brutale se mêle à la fierté du travail accompli à l'approche de la dernière manche du WEC.
"Ce week-end est forcément très particulier pour nous, puisqu'il marque la fin de l'A424 et de notre projet", explique Nicolas Lapierre, ancien pilote et actuel directeur sportif. "Bien sûr, nous sommes concentrés sur la course et nous voulons obtenir de bons résultats pour cette dernière épreuve. C'est très important pour tous les pilotes ici, mais aussi pour l'ensemble de l'équipe. Nous devons donc être fiers de ce dernier rendez-vous."
"Mais il y aura forcément beaucoup d'émotion après la course, au moment de voir ce projet prendre fin. Le parcours a été mouvementé, avec des hauts et des bas, mais il a globalement été très positif pour nous tous, avec de merveilleux souvenirs, des podiums et même une victoire. Dans l'ensemble, nous sommes donc très fiers de ce que nous avons accompli."
Nicolas Lapierre a par ailleurs écarté l'hypothèse d'un engagement privé à partir de 2027.
"Honnêtement, la place des équipes privées est limitée en WEC", explique-t-il. "Lorsque la réglementation Hypercar a été introduite, je pense que c'était l'idée, mais le niveau de compétitivité du plateau est devenu tellement élevé qu'il serait très difficile pour une équipe privée de se lancer. Et ce n'est pas le projet."
Alpine a honoré son histoire à Monza.
Photo de: Julien Delfosse / DPPI
Jules Gounon partage le même sentiment à l'idée de quitter la catégorie reine.
"Il y a toujours deux façons de voir les choses : soit on pleure parce que c'est terminé, soit on sourit parce que ça a existé. De mon côté, j'ai eu la chance d'être intégré à ce programme par Bruno, Philippe et Alpine. Je venais du GT et je n'avais aucune expérience des monoplaces, de l'appui aérodynamique ou des prototypes."
"Bien sûr, c'est difficile de voir tous les membres de l'équipe en sachant que ce sera notre dernière course, mais pour l'instant, nous essayons simplement de profiter de ce dernier week-end et de prendre du plaisir."
Pour Charles Milesi, qui a marqué les esprits au cours de ses quatre années au sein de l'équipe bleue, Monza représente également une boucle qui se referme.
"Je suis dans cette équipe depuis mes 21 ans", rappelle-t-il. "C'est donc une longue histoire avec Philippe, puisqu'il m'a pris sous son aile à cet âge-là. Sans lui, je ne serais probablement pas en train de vous parler aujourd'hui. C'est une longue histoire entre nous."
"J'ai également eu la chance de faire partie de ce programme avec Philippe. C'était une première expérience en Hypercar mémorable, tout comme le fait d'être un pilote français dans une voiture française. Mon meilleur souvenir reste évidemment Fuji, avec cette victoire."
Victor Martins a lui aussi voulu aborder cette dernière échéance avec optimisme.
"De mon côté, je préfère aborder ce week-end avec le sourire, parce que j'ai été extrêmement heureux et fier de faire partie de cette équipe. J'ai effectué environ 80% de ma carrière en monoplace jusqu'ici, avant de passer à l'endurance, et j'ai vraiment pris beaucoup de plaisir à découvrir cette discipline. Participer à mes premières 24 Heures du Mans a été une belle réussite."
"Et puis, l'aspect humain au sein de l'équipe a été formidable. J'ai profité de chaque instant. Bien sûr, l'aventure prend fin, mais je pense que nous allons mettre notre frustration de côté pendant ce week-end."
Habsburg rend hommage aux équipes de Viry-Châtillon
L'heure de la dernière pour Alpine.
Photo de: Julien Delfosse / DPPI
Ferdinand Habsburg a tenu à mettre en lumière les nombreux salariés de Viry-Châtillon et de Bourges, dont le travail reste rarement sous le feu des projecteurs. Lors de la victoire de Fuji en 2025, l'Autrichien les avait d'ailleurs surnommés avec humour les "Schtroumpfs" et les "bâtards", sous le coup de l'émotion.
"Nous sommes quatre à nous tenir devant les médias et à recevoir tous les honneurs. Mais je voudrais rappeler que nous représentons littéralement des centaines de personnes qui ont consacré leur vie et toute leur carrière à la construction de cette voiture, sans jamais bénéficier de la lumière dont nous profitons", souligne-t-il.
"En réalité, au cours des trois dernières années, je n'ai piloté cette voiture que quelques semaines par an. Pendant ce temps, il y a toute une équipe en France qui travaille d'arrache-pied chaque jour, qui prend rarement des vacances et qui ne pense qu'à une chose : comment nous rendre plus rapides et nous permettre d'être meilleurs."
"Je voudrais donc saluer tous les mécaniciens et les ingénieurs. Malheureusement, je ne connais même pas le nom de la plupart d'entre eux, puisqu'ils ne viennent pas sur les circuits, alors qu'ils jouent un rôle essentiel dans notre équipe."
Malgré les incertitudes qui entourent l'avenir du programme, Ferdinand Habsburg s'est montré confiant quant aux perspectives des salariés.
"Je sais que beaucoup d'entre eux seront débauchés par d'autres entreprises, parce que ce sont des gens très compétents. Quel que soit leur prochain employeur, je suis certain qu'ils seront bien accueillis. Tout le paddock a pu constater ce qu'ils étaient capables de produire : une voiture qui, en très peu de temps, a réussi à remporter une course du championnat du monde et à se battre aux avant-postes."
Signatech devra conclure un accord avec un constructeur dans les deux semaines suivant les 6 Heures de Monza. La date limite des inscriptions pour la saison 2027 est en effet fixée au 23 novembre.
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