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Interview

Régularité et 24H du Mans : les ambitions d'Alpine pour sa dernière en WEC

Malgré l'arrêt de son programme Hypercar à l'issue de la saison 2026 du WEC, Alpine aborde sa dernière année dans le championnat avec ambition. L'objectif est clair : retrouver régulièrement les avant-postes et signer une performance marquante aux 24 Heures du Mans.

#36 Alpine Endurance Team Alpine A424: Jules Gounon, Frédéric Makowiecki, Victor Martins

Photo de : Alpine

L'arrêt du programme Hypercar d'Alpine, à peine trois ans après son arrivée dans le championnat du monde d'endurance, a fait l'effet d'un choc. Malgré tout, l'équipe et son directeur Philippe Sinault entendent bien tirer le meilleur de cette dernière saison en WEC, notamment grâce à une arme plus affûtée que l'an passé : la version 2026 de l'A424.

Avec une réglementation légèrement retouchée cette saison, notamment au niveau des ailerons arrière, Alpine a choisi d'abandonner la philosophie précédente de sa voiture, caractérisée par un faible niveau d'appui aérodynamique.

"C'est vrai que les zones d'investigation sur lesquelles nous avons le plus progressé sont au niveau de l'aérodynamique", déclare Philippe Sinault, dans une interview exclusive avec Motorsport.com. "C'est pour cela que nous avons fait jouer un joker au niveau de la réglementation. On a droit à plusieurs jokers sur la durée de vie de la voiture, donc là nous en avons joué un et nous avons dû re-homologuer la voiture."

"On avait une voiture qui avait une faible charge aérodynamique, pour favoriser la vitesse de pointe notamment au Mans, et la réglementation ayant un peu évolué, et à l'usage de la voiture sur les deux premières années, on s'est rendu compte qu'il nous manquait de la charge aérodynamique."

"On a donc travaillé à ce que la voiture gagne au niveau de la charge aérodynamique, ça veut dire qu'elle puisse passer plus vite en virage et surtout nous permettre de mieux exploiter les pneumatiques."

La version 2026 de l'A424.

La version 2026 de l'A424.

Photo de: Alpine

Michelin introduit en effet une nouvelle gamme de pneumatiques cette saison, avec des composés inédits censés, entre autres, faciliter la montée en température en sortie des stands. Un domaine dans lequel l'Hypercar tricolore, peu chargée en appui aérodynamique, était particulièrement en difficulté, notamment lorsque les températures chutaient - par exemple la nuit quand il faisait frais, comme dans la Sarthe.

"À ce titre-là, je prends un exemple : au milieu de la nuit quand il fait frais, voire très frais au Mans, et que la piste est froide, la rapidité de mise en température des pneus est un élément primordial", explique Sinault. "Or, là, nous étions un petit peu en déficit et ce surcroît de charge aérodynamique va nous aider à monter en température plus rapidement, donc à mieux exploiter les pneus."  

"Alors, visuellement, c'est un peu décevant parce qu'on se dit que la voiture n'a quasiment pas changé, mais ça se joue à des détails et notamment sur des parties assez invisibles de la voiture, la partie cachée, inférieure ou du flux interne, ou sur des détails qui nous permettent d'atteindre cet objectif." 

La régularité : maître mot de la saison 2026 d'Alpine

Alpine vise les avant-postes pour sa dernière saison en WEC, notamment dans une course en particulier.

Alpine vise les avant-postes pour sa dernière saison en WEC, notamment dans une course en particulier.

Photo de: Alpine

Armée de cette nouvelle évolution, Alpine nourrit de réelles ambitions pour sa dernière saison. Forte de trois podiums l'an dernier, dont une victoire aux 6 Heures de Fuji, l'équipe française espère rééditer ce type de performance avec davantage de régularité.

Malgré ces bons résultats, Alpine n'a en effet terminé la saison 2025 qu'à la sixième place - sur huit - du classement constructeurs, preuve d'un manque de constance encore trop marqué.

"C'est la régularité [l'axe d'amélioration cette saison], oui, et la régularité c'est la conséquence d'un meilleur travail", confie Philippe Sinault. "Parfois, il y a des courses où nous avons subi l'année dernière, parce qu'il y a des zones où nous avions encore un manque de connaissances et d'expertises."

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"Je reviens sur les pneus. En effet, y a certains choix qui ont été faits l'année dernière et qui n'étaient peut-être pas les plus pertinents. L'appréhension et l'apprentissage des nouveaux pneumatiques en ce début d'année, ça va donc être primordial, ça va nous permettre d'être plus réguliers." 
  
"Après, il y a eu des erreurs, que ce soit en piste ou autre. Pas au niveau mécanique parce nous avons fait preuve d'une vraie belle fiabilité, mais si je prends l'exemple d'Austin sous la pluie, nous n'avons pas su donner aux pilotes la voiture qu'il fallait pour ne serait-ce que rester sur la piste dans des conditions correctes."

"Donc c'est tout cet apprentissage. Je crois qu'après deux années, et sans aucune prétention, nous avons quand même maintenant une bonne connaissance à la fois de la voiture et de l'exercice que nous allons devoir faire pour être plus performants."

Alpine vise un top 5 aux 24 Heures du Mans, voire mieux.

Alpine vise un top 5 aux 24 Heures du Mans, voire mieux.

Photo de: Marc Fleury

"Quand on participe à ce championnat du monde, qu'on s'appelle Alpine, qu'on a fait trois podiums l'année dernière et gagné une course, on ne peut pas dire 'on va voir'. Non, on y va avec de l'ambition. Faire mieux que l'année passée, c'est-à-dire être en mesure avec les deux voitures de jouer régulièrement dans le top 5, de jouer les podiums et la gagne quand c'est possible."

Le Graal absolu, ce sera un top 5 au Mans, voire plus...

En plus de viser les avant-postes plus souvent, Alpine veut marquer le coup pour sa dernière course à domicile. Une belle performance aux 24 Heures du Mans, voilà ce que Philippe Sinault décrit comme l'ultime objectif de cette dernière année en WEC.

"Le Graal absolu, ce sera un top 5 au Mans, voire plus", avoue-t-il. "On y va pour ça, en tout cas. Il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt, on n'a pas le droit. Nous avons gagné une course l'année dernière, nous avons fait des podiums, nous avons montré que nous savions être performants. Par contre, nous avons manqué de régularité l'année dernière. La clé, ça va d'être plus régulièrement aux avant-postes. Honnêtement, on a tout pour."

Des tests de pré-saison encourageants

Alpine a réalisé deux tests de pré-saison cet hiver.

Alpine a réalisé deux tests de pré-saison cet hiver.

Photo de: Alpine

Avant le début de la saison 2026 - désormais prévu lors des 6 Heures d'Imola, le 19 avril prochain, après le report de la manche d'ouverture au Qatar en raison de la guerre au Moyen-Orient - Alpine a participé jusqu'à présent à deux séances d'essais de pré-saison, organisées au Portugal et en Espagne.

Lors de ces essais privés, l'équipe a pu recueillir de nombreuses données encourageantes, en corrélation avec celles précédemment obtenues à l'usine : "On a passé la voiture en soufflerie, les chiffres obtenus sont satisfaisants et, en piste, lors des deux premières séances d'essais à Portimão et MotorLand, nous avons trouvé une certaine corrélation entre ce que nous avons vu en soufflerie et sur la piste."

"Nous avons un gain assez sensible qui nous permet de remplir les objectifs. Maintenant, il faut que l'on arrive à utiliser au mieux ce nouveau package et à le comprendre, mais d'ores et déjà, nous sommes là où nous voulions être en termes de gains." 

"Les tests avaient plusieurs objectifs. L'un était de valider ces améliorations et le package 2026, et je peux d'ores et déjà vous dire que c'est validé et que l'on corrèle assez bien avec ce que l'on avait en simulation ou en valeur de chiffres à la soufflerie",  ajoute Philippe Sinault. "Le deuxième objectif de ces tests, c'était de découvrir les pneumatiques 2026, parce qu'au-delà des améliorations que nous avons apportées à la voiture, il y a un élément clé en 2026, c'est l'introduction des nouveaux pneumatiques."

Victor Martins découvrira le WEC en 2026 avec Alpine.

Victor Martins découvrira le WEC en 2026 avec Alpine.

Photo de: Alpine

"Michelin a fait de nouveaux types de gomme avec trois composés tendre, medium et dur, mais avec des périmètres, des spectres d'utilisation qui ont évolué. Du coup, on a beaucoup de choses à redécouvrir. On repart, non pas de zéro, mais quand même."

"Donc nous avons passé en revue toute la gamme, avec des conditions différentes, nous avons commencé à bien travailler. Je ne peux pas dire que nous maîtrisions encore l'ensemble des spécificités de cette nouvelle gamme pneumatique, mais nous avons bien travaillé, nous avons commencé à comprendre certaines choses et là nous sommes en phase d'analyse."

Outre l'appréhension des nouveaux gommes Michelin, ces tests avaient aussi pour but de faire rouler les deux équipes de pilotes, dotées notamment de deux nouvelles recrues : António Félix Da Costa et Victor Martins. C'était également l'occasion pour ce dernier, rookie en WEC cette année, de découvrir les spécificités du roulage en Hypercar, par exemple celle de prendre la piste de nuit.

"Et la troisième vertu de ces tests, c'était que tous nos pilotes roulent avec les line-up constitués", continue le patron de l'équipe. "Ça paraît évident, mais c'est un objectif primordial : vérifier que les positions de conduite sont bonnes, qu'on est bien compatibles avec les trois pilotes dans chaque voiture et que chacun découvre la voiture dans différentes conditions, et notamment Victor et en particulier la nuit puisqu'il n'avait pas encore piloté de nuit. C'est un exercice assez nouveau pour lui." 

Propos recueillis par Léna Buffa

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