L'ordre de passage suscite amertume et incompréhension chez les pilotes
Pénalisé par sa position sur la route au Rallye de Lettonie, Thierry Neuville se demande pourquoi il doit se "faire chier" à mener le championnat. Sébastien Ogier profite de la situation mais la juge néanmoins très mauvaise pour le WRC.
Photo de: Tomasz Kaliński
Depuis le début du week-end, le Rallye de Lettonie est divisé en deux catégories. D'un côté, les intérimaires de luxe qui se battent pour la victoire, Kalle Rovanperä, l'espoir Martins Sesks et Sébastien Ogier, et de l'autre les leaders du championnat, loin de la lutte pour le podium après avoir payé leur position d'ouvreurs sur la route vendredi, avec une trace qui n'était pas encore faite et un terrain très poussiéreux.
Thierry Neuville est celui qui l'a le plus payé depuis l'entame du week-end. Le leader du championnat a conclu la journée au neuvième rang, plus d'une minute derrière Rovanperä. Elfyn Evans et, dans une moindre mesure, Ott Tänak ont aussi perdu du temps.
Le règlement sur l'ordre de passage fait débat depuis de nombreuses années : le WRC assume de "pénaliser" les premiers du championnat avec une position défavorable le premier jour, l'objectif étant de resserrer les écarts entre tous les pilotes. À partir du samedi, la situation s'équilibre puisque l'ordre de départ est inversé, le leader du rallye étant le dernier à disputer les spéciales.
Ce week-end, la situation est cependant extrême. Avec le temps perdu vendredi, Neuville est à nouveau l'un des premiers pilotes de la catégorie WRC sur les spéciales ce samedi, tandis que les pilotes qui ne disputent pas l'intégralité du championnat continuent à bénéficier de bonnes positions de passage, un phénomène accentué par le fait que peu de spéciales sont disputées deux fois en Lettonie, chose rare en WRC.
Neuville perçoit un déséquilibre important avec des prétendants au titre relégués à la lutte pour quelques points quand les invités se disputent la victoire. "Je ne sais pas quoi dire", a lâché le pilote Hyundai à la fin de la première journée en Lettonie. "Évidemment, la stratégie pour remporter le championnat n'est plus la même. Maintenant, faire une saison partielle est beaucoup plus fun et un plus gros bénéfice à tous les niveaux, donc c'est une chose à laquelle réfléchir."
Interrogé par Motorsport.com, le Belge a jugé la situation injuste : "Pourquoi faut-il que je me fasse chier tout le week-end, toute l'année ? On a fait un bon travail en début d'année, maintenant il n'y a aucune récompense. En fait, on voit son championnat décliner. On ne peut rien faire et on ne peut pas se battre face aux autres."
"Qui que ce soit entre Ott, Elfyn et moi, on pourrait avoir un vainqueur du championnat qui aura peut-être remporté un rallye."
Sébastien Ogier
Photo de: McKlein / Motorsport Images
Sébastien Ogier fait partie de ceux qui bénéficient directement de la situation actuellement mais il l'a longtemps subie lorsqu'il dominait le championnat et devait balayer les routes en début de rallye. Le Français s'amuse de voir les rôles inversés avec Thierry Neuville mais n'a pas changé d'avis sur le fond : un changement de modèle reste selon lui nécessaire, le WRC se privant d'une lutte entre tous les pilotes de pointe avec le système actuel.
"Malheureusement, c'est comme ça", a déclaré Ogier à Motorsport.com. "J'ai souffert de cette situation pendant de nombreuses années. C'est marrant de voir qu'il y a quelques années, [Neuville] disait souvent que je devais arrêter de pleurer sur ça, mais maintenant il pleure plus que quiconque à ce sujet."
"Ce n'est pas fun et ce n'est pas bon. Je pense que c'est dommage qu'en WRC, on perde trop souvent des opportunités d'avoir des bagarres entre les meilleurs parce que trop souvent, il y a de grosses différences entre les positions de départ, et on pénalise juste trop le meilleur. J'ai perdu ce combat il y a de nombreuses années."
Neuville estime de son côté que le calendrier aggrave la situation avec moins d'épreuves sur asphalte, où ouvrir la route n'est pas un désavantage aussi grand : "Quand [Sébastien] Ogier ouvrait la route, il y avait quelques rallyes asphalte au milieu des rallyes terre, et maintenant nous avons huit rallyes terre consécutifs. Que faire ?"
Quelles solutions ?
Le débat est loin d'être nouveau en WRC et le championnat a déjà eu des spéciales qualificatives, en 2012 et 2013, où les plus rapides choisissaient leur position dans l'ordre de passage. Une solution similaire existe en ERC et Neuville évoque une "discussion sans fin" qui n'avance jamais au plus haut niveau mondial. Et il ne cache pas son amertume de voir Sesks profiter à ce point de sa position sur la route.
"Depuis combien d'années en parle-t-on ? Personne [à la tête du championnat] ne veut [une spéciale qualificative], je pense que la FIA et le promoteur sont super heureux qu'un jeune pilote, qui roule pour la deuxième fois, soit dixième sur la route et en mesure de réaliser les meilleurs chronos. C'est ce qu'ils aiment, mais ce n'est pas ce que veulent les constructeurs."
Thierry Neuville et Martijn Wydaeghe
Photo de: Romain Thuillier / Hyundai Motorsport
Evans a reconnu que la situation actuelle est "frustrante" pour les prétendants au titre mais il n'imagine pas un changement à cour terme. "On discute de qualifications mais cela ne semble pas être la piste favorisée, donc il faut beaucoup plus discuter", a confié le pilote Toyota.
Quant à Rovanperä, net leader en Lettonie, il préfère voir la situation avec une certaine philosophie. "Cela fait des années que c'est la même chose", a rappelé le vainqueur des deux derniers titres à Motorsport.com. "Ce n'est pas plus difficile maintenant que les années précédentes."
"Maintenant, [Neuville] sait ce que c'est quand il ouvre la route. C'est pour ça que tout le monde pleure. Je pleure quand je le fais, Seb [Ogier] l'a fait pendant des années avant. C'est juste comme ça, il faut faire avec. Si tu ne veux pas le faire, ne mène pas le championnat."
Propos recueillis par Tom Howard
VIDÉO - Rallye de Lettonie : le résumé du vendredi après-midi
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