Il y a trente ans, le sacre de Didier Auriol
Le 23 novembre 1994, à l'issue d'un "RAC" mémorable, Didier Auriol devenait le premier pilote français sacré champion du monde des rallyes, associé à Bernard Occelli sur sa Toyota Celica Turbo.
Photo de : LAT Images
Dix ans avant le premier titre de Sébastien Loeb, Didier Auriol avait ouvert la voie, devenant le premier pilote tricolore champion du monde des rallyes. Le Montpelliérain a effectué ses premières apparitions en mondial à l'occasion du Tour de Corse, la première fois sur une Renault 5 Turbo privée en 1984, mais c'est en 1986, avec son passage sur la MG Metro 6R4, qu'il allait décrocher ses premiers lauriers, avec un titre de champion de France à la clé.
Intégré à l'équipe Ford France dès 1987, Auriol allait conserver sa couronne nationale les deux années suivantes et décrocher son premier succès en WRC lors du Tour de Corse 1988, au volant de la Sierra R S Cosworth, en compagnie de Bernard Occelli, son indissociable copilote.
L'année 1989 verra son arrivée au sein de l'armada Martini Racing sur la Lancia Integrale, avec laquelle il allait une nouvelle fois s'imposer en Corse la même année, puis remporter pas moins de six succès entre 1990 et 1992.
En 1993, Auriol changeait une nouvelle fois de couleurs pour rejoindre le Toyota Castrol Team. Au volant de la Celica Turbo 4WD, le tricolore débutait sa nouvelle collaboration avec le constructeur japonais de la meilleure façon en remportant son troisième Rallye Monte-Carlo, qui demeurait au final son seul succès cette saison-là, conclue au troisième rang du championnat pilotes derrière son équipier Juha Kankkunen et un autre Français, Francois Delecour (Ford).
Didier Auriol et Bernard Occelli ont remporté une dizaine de victoires en WRC avec la Lancia Integrale avant d'arriver chez Toyota.
Photo de: Motorsport Images
Didier Auriol affichait de grandes ambitions pour la saison 1994, mais sa campagne débutait par un abandon au Monte-Carlo. Deuxième au Rallye du Portugal, puis troisième au Safari Rally au Kenya, il se remettait définitivement en selle en s'imposant sur son terrain de jeu préféré, le Tour de Corse. À nouveau contraint à l'abandon au Rallye de l'Acropole, il réagissait avec une victoire en Argentine. À ce stade, la lutte pour le titre s'était circonscrite au duo Toyota Auriol/Kankkunen et à Carlos Sainz (Subaru).
Le jeune Tommi Mäkinen mettait tout le monde d'accord en remportant son premier succès WRC en Finlande sur sa Ford Escort RS devant son compatriote Kankkunen, alors qu'Auriol se classait cinquième, et que Sainz était contraint à l'abandon. La victoire de Didier Auriol, sa troisième de l'année, au Rallye de San Remo mettait l'Héraultais en orbite, fin prêt pour un duel final contre Sainz, deuxième en Italie, alors que Kankkunen devait se contenter du septième rang.
C'est sur le terrain boueux du RAC Rally qu'allait se jouer le titre mondial. Didier Auriol arrivait au Pays de Galles nanti d'une solide avance sur Sainz, mais le pilote Toyota se savait à la merci de la moindre péripétie sur ce terrain difficile. Et le Français se trouvait immédiatement sous pression en perdant près de cinq minutes dans la spéciale de Chatsworth, où une touchette le contraignait à parcourir la majorité du parcours chronométré sur trois roues. Pendant ce temps, Sainz demeurait placé au troisième rang, à quelques secondes des deux leaders, son équipier Colin McRae et Juha Kankkunen.
Auteur d'une erreur fatale au volant de sa Subaru lors de la dernière journée du RAC Rally, Carlos Sainz a vu le titre 1994 s'envoler.
Photo de: Motorsport Images
Les choses se présentaient encore plus mal pour Auriol, qui perdait encore une dizaine de minutes dans la 14e spéciale en raison d'un problème de turbo ! Une catastrophe pour le pilote Toyota, qui voyait le titre lui échapper, alors que son rival Carlos Sainz concluait la deuxième journée à la deuxième place, loin derrière un McRae intouchable.
Coup de théâtre
Au matin de la dernière journée de course, les chances de sacre semblaient minces pour Didier Auriol. Mais, dans la 24e des 29 spéciales au programme, la situation allait brusquement se retourner, Sainz sortant de la route et étant contraint à l'abandon. Remonté dans le top 10, Didier Auriol apprenait la nouvelle avec stupéfaction, comme la plupart des observateurs : l'erreur fatale de son rival espagnol, et sa sixième place finale d'un RAC remportée de main de maître par Colin McRae, lui permettait de décrocher un titre au terme d'une lutte qui semblait bien mal embarquée quelques heures plus tôt.
Didier Auriol devenait ainsi le premier pilote français à être titré en championnat du monde des rallyes, en compagnie de son complice Bernard Occelli. Il faudra attendre dix ans, et le premier des neufs sacres de Sébastien Loeb avec Citroën, pour que la France renoue avec la couronne mondiale en rallye. Une série ininterrompue par la suite avec le champion alsacien (sacré de 2004 à 2012) suivi du règne de Sébastien Ogier, de 2013 à 2018 puis en 2020 et 2021.
Didier Auriol a porté les couleurs de Peugeot en 2001.
Photo de: Motorsport Images
Après son titre, Didier Auriol repartait pour une nouvelle saison avec Toyota, décrochant la première victoire de la nouvelle Celica GT-Four ST205, encore au Tour de Corse, cette fois en compagnie de Denis Giraudet dans le baquet de droite. Mais l'expérience Toyota allait se conclure avec la disqualification pure et simple de l'équipe japonaise, jugée coupable d'avoir utilisé un système de programmation illicite sur son système turbo.
Après des apparitions épisodiques en WRC en 1996 et 1997, Didier Auriol revenait dans le giron Toyota à temps plein avec Toyota, décrochant deux nouvelles victoires, avant le retrait du constructeur japonais fin 1999. Engagé avec Seat en 2000, Didier Auriol remportait son dernier succès en championnat du monde sur une Peugeot 206 WRC officielle au Rallye de Catalogne.
Après une dernière saison complète avec Seat en 2003, il effectuait une dernière apparition en WRC lors du Monte-Carlo en 2005... avant son retour ce week-end, à 66 ans, sur les routes du Rallye du Japon, ultime manche de la saison 2024, sur une Toyota GR Yaris avec l'inusable Denis Giraudet.
Quant à Carlos Sainz, il a pris sa revanche en décrochant le titre WRC en 1990 puis 1992 avec... Toyota, avant de se lancer à l'assaut du Dakar (quatre victoires, la dernière en 2024 avec Audi).
VIDÉO - RÉSUMÉ : Les meilleurs moments du vendredi après-midi au Rallye du Japon
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