Ces accidents "ignobles" qui ne feront pas taire George Russell
Dans une longue interview accordée à Motorsport.com, George Russell explique pourquoi il lui tient tant à être cœur d'être à la tête de l'association des pilotes de F1, le GPDA.
À mi-parcours de sa septième saison en Formule 1, George Russell est devenu un pilier de Mercedes en prenant la relève de Lewis Hamilton, mais le Britannique de 27 ans s'est également affirmé en dehors de la piste. Il est désormais l'un des pilotes les plus engagés du plateau, n'hésitant jamais à répondre aux questions difficiles sur des sujets de fond, qu'il s'agisse de la sécurité ou de l'orientation prise par l'organe directeur du sport, la FIA.
George Russell est devenu directeur de l'association des pilotes de Grand Prix, le GPDA, en 2021. Il succédait alors à Romain Grosjean et, après la retraite de Sebastian Vettel l'année suivante, il est resté le seul pilote actif à ce poste jusqu'à ce que Carlos Sainz le rejoigne cette année. Tous les deux travaillent aux côtés du président et ancien pilote de F1 Alexander Wurz, et de la représentante juridique Anastasia Fowle.
Le GPDA a joué un rôle crucial dans l'amélioration de la sécurité au fil des années, notamment en étant à l'initiative du halo, qui avait initialement suscité beaucoup de critiques de la part des écuries et du public. Dans un entretien accordé à Motorsport.com, George Russell explique pourquoi son rôle au GPDA lui tient autant à cœur, et comment plusieurs accidents terribles ont cristallisé son envie de faire progresser encore la sécurité en F1.
"Je ne cherche pas à laisser un héritage", assure-t-il. "Ça n'a jamais été l'intention. C'est juste que si je vois une opportunité d'améliorer quelque chose, je veux en parler, surtout quand il s'agit de la sécurité sur les circuits ou de la sécurité des voitures. En 2012, j'étais coéquipier de Billy Monger [qui a perdu ses jambes dans un accident en F4 en 2017] et j'avais une relation proche avec lui. Voir cet accident en direct, puis voir celui d'Anthoine [Hubert, à Spa en 2019 en F2], c'était ignoble à regarder."
L'intervention des secours lors de l'accident de Romain Grosjean en 2020.
Photo de: Andy Hone / Motorsport Images
"Quand on vit ce genre de choses avec des personnes que l'on connaît très bien, et que l'on pense avoir des idées qui peuvent aider à améliorer la sécurité ou empêcher que cela arrive, alors on a naturellement envie de les partager, si ça a du sens."
"Il y a encore eu l'accident de Romain Grosjean [à Bahreïn en 2020], je l'ai vu. Il était devant moi et je l'ai dépassé, et j'ai encore cette image dans la tête aujourd'hui. J'ai regardé dans mon rétro, et tout ce que je pouvais voir, c'étaient des flammes. Ça prenait tout mon rétroviseur. Ça aurait pu arriver à n'importe qui. Ça aurait pu arriver au meilleur pilote du monde. C'est simplement le danger auquel nous faisons face. C'est probablement pour ça que j'ai voulu m'impliquer davantage."
Depuis qu'il a rejoint la GPDA à 23 ans, George Russell affirme que la génération actuelle de pilotes est devenue plus unie, alors que la F1 a connu une forte croissance et des changements importants dans l'ère "Drive to Survive".
"Collectivement, nous sommes probablement plus proches et plus unis que jamais", ajoute-t-il. "Du moins durant mes sept années en F1, j'ai vraiment le sentiment que nous nous sommes rapprochés et que nous partageons une vision similaire, et évidemment, beaucoup de choses ont changé."
"Tout ce qui est arrivé à la F1 commercialement, avec Netflix et le fait d'être exposés bien plus en tant qu'athlètes et individus ; tellement de choses ont changé du côté sportif et technique, les changements en 2022 et les problèmes que nous avons tous rencontrés cette année-là avec le phénomène de marsouinage. Cela a donné aux pilotes des sujets de discussion que nous voulons aborder ensemble."
"Nous ne voulons pas nous battre contre la FIA"
George Russell a souvent critiqué ce que les pilotes considéraient comme un manque de transparence et de dialogue du président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem. Le GPDA avait adressé en novembre dernier une lettre ouverte demandant au dirigeant de "les traiter en adultes" face à une interdiction très stricte des grossièretés, une mesure que l'instance a depuis adoucie.
En réponse à cette lettre, Mohammed Ben Sulayem, dont la réélection en décembre prochain paraît de plus en plus probable, avait déclaré que la manière dont il dirigeait la FIA "ne regardait personne", ce qui avait provoqué un appel de Lewis Hamilton à donner plus de pouvoir aux pilotes dans les institutions.
George Russell et le président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem.
Photo de: Simon Galloway / Motorsport Images
S'exprimant en son nom propre, George Russell souligne qu'il est essentiel que pilotes, la F1 et la FIA travaillent ensemble harmonieusement, peu importe la manière d'y parvenir : "Je sais que chaque sport a ses propres structures, mais de mon point de vue - pas celui du GPDA - on veut simplement travailler collectivement avec ceux qui nous entourent pour obtenir le meilleur pour tout le monde."
"Nous ne voulons pas nous battre contre la FIA. Nous ne voulons pas nous battre contre la F1, on veut travailler avec eux, pour obtenir le meilleur pour eux en tant que sport, le meilleur pour eux en tant que législateur, et ensuite le meilleur pour nous en tant que pilotes. On veut s'élever ensemble et tomber ensemble, c'est un peu ma vision. Comment y parvenir ? C'est une autre question."
"Ça fait vraiment du bien d'avoir Rui Marques en tant que directeur de course. Je trouve que lui et [le directeur sportif de la FIA] Tim Malyon ont été exceptionnellement réceptifs. Ils écoutent et réagissent, et je pense qu'ensemble, nous sommes tous beaucoup plus satisfaits de la situation actuelle."
La volonté de George Russell de s'exprimer librement lui vaut aussi de nombreuses critiques sur internet, tout comme la manière dont Lando Norris, chez McLaren, s'ouvre sur des sujets liés à la santé mentale.
"La seule façon de plaire à tout le monde ou de ne pas avoir de négativité, c'est de ne rien dire, parce que chacun aura toujours un avis, chacun le partagera", plaide le pilote Mercedes. "On arrive à un point où on ne regarde même plus, on ne lit plus, parce que tout le monde a une opinion différente. Tout le monde est attaché à son point de vue. Mais franchement, ce n'est pas quelque chose qui me préoccupe vraiment. Je ne regarde pas, donc ça ne me dérange pas."
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