L'amer vent de nostalgie des essais F1 de Barcelone
Pour entamer son cycle réglementaire révolutionnaire, la Formule 1 a débuté la pré-saison par un test qui fleurait bon les essais hivernaux du passé... Un vent de fraîcheur anachronique bienvenu dans une discipline toujours plus médiatisée, mais aussi une situation parfois gérée de façon extrême, qui laisse un goût amer dans la bouche.
La Formule 1 version 2026 et sa ribambelle de changements techniques et sportifs tous plus drastiques les uns que les autres suscite, à défaut d'un enthousiasme débordant tant certains acteurs ont su quoi dire pendant ces dernières années pour doucher les attentes d'une partie du public, une curiosité indéniable.
Or, on le savait depuis longtemps, le premier roulage collectif, officiellement dénommé "Shakedown", allait être à huis-clos. Pas de public dans les gradins, pas de journalistes dans le paddock, pas de photographes indépendants sur le bord de piste, peu d'images et peu de vidéos officielles, des résumés F1 en mode propagande... La donne était claire.
La F1 a-t-elle manqué une occasion de capitaliser sur l'attente ? La question est légitime mais la réalité c'est que le championnat n'est sans doute pas le plus à pointer du doigt dans cette situation. Non, les équipes ont fait pression collectivement pour avoir une session d'essais hivernaux en plus des deux à Bahreïn, face aux craintes légitimes que pouvait poser la nouvelle donne technique.
Dans ces conditions, ces tests privés étaient un compromis idéal : aucun média présent, un travail préliminaire se déroulant sous une pression moindre, moins de sollicitations médiatiques du côté des écuries et en même temps la possibilité côté F1 de raconter le minimum tout en pouvant toujours marketer les deux tests de Bahreïn comme le "vrai" lancement de la campagne.
Un huis-clos rafraîchissant
Il n'est pas nécessaire de tout savoir des tests d'avant-saison.
Photo de: Audi
À bien des égards, il y avait quelque chose de rafraîchissant dans ce format. Entendons-nous bien : "rafraîchissant" à notre époque où la F1 est devenue un sport très suivi et ultra médiatisé. Il y a encore une quinzaine d'années, ce type de roulages desquels filtraient peu d'informations - principalement car les médias présents étaient peu nombreux et spécialisés et car le public avait un intérêt bien moindre pour ces séances obscures et souvent peu animées - était la norme.
Il y a donc un étonnant mélange - au moins chez les suiveurs qui ont connu les deux époques, moi le premier - de redécouverte et de nostalgie qui ont redonné à la F1 une part de ce qu'elle perd à chaque fois que l'on est bombardé d'images, d'interviews, de messages radios, de vidéos décortiquant telle ou telle micro-action : un peu de mystère. "Un peu" car, n'exagérons rien, nous sommes en 2026 et que les remontées d'informations - qui ne sont pas si faméliques lorsque l'on sait où chercher - vont vite.
La question que l'on se pose souvent à propos des essais libres - "après tout, avant un match de Ligue des Champions, filme-t-on et diffuse-t-on l'intégralité de l'entraînement des équipes ?" - peut largement s'appliquer : après tout, filme-t-on l'intégralité du stage foncier d'avant-saison à Tignes ? Non, car l'intérêt est, tout bien considéré, assez réduit et que les informations qui doivent filtrer finissent de toute façon par le faire.
Acceptable... jusqu'à un certain point
La sécurité autour des tests aura été de trop.
Photo de: Racing Bulls
Maintenant, on peut tout de même se dire, rétrospectivement, que cette prudence extrême, en partie motivée par des craintes liées aux nombreuses nouveautés techniques et la peur panique qu'un scénario à la 2014 se reproduise, n'était pas tout à fait justifiée.
On a presque envie de penser que les équipes et motoristes ne se sont pas fait assez confiance car, finalement, les essais se sont bien passés. Cela dit, on ne pouvait pas le savoir avant. Et puis, bien entendu, Audi, Cadillac et Aston Martin auront sans doute apprécié de ne pas avoir une trop grande pression sur les épaules au vu de leurs débuts relativement compliqués.
Fondamentalement, même si je trouve le huis-clos un peu dommage (le secret n'a jamais vraiment tenu) et qu'une opportunité a été manquée quoi qu'il arrive (même si les choses se passaient mal, il y aurait eu une histoire de progression à raconter), il reste acceptable car le travail nécessaire pour démarrer une saison n'a en réalité pas besoin d'être filmé comme toute autre séance.
Toutefois, ce qui laisse le goût le plus amer dans la bouche, c'est la méthode. Que l'on décrète un huis-clos sans média, OK. Que l'on coupe au bout d'une matinée l'accès au live timing du circuit qui avait fini par fuiter un peu partout sur internet, c'est de bonne guerre. Que l'on essaie de limiter le plus possible, depuis le circuit lui-même, les angles de vue de l'extérieur, pourquoi pas.
Des patrouilles, des relevés d'identités, des dispersions de foule, des hélicoptères, un périmètre "interdit" allant jusqu'à quasiment un kilomètre autour du circuit... On en rirait si on ne savait pas que cela s'était réellement déroulé.
Mais que l'on déploie un dispositif de sécurité pour repérer, menacé d'amende et déloger les spectateurs ou médias postés en dehors de l'enceinte du tracé, notamment sur les collines environnantes, et que ce dispositif soit de plus en plus strict à mesure que l'on avance dans les tests... Là, en revanche, il y a clairement une limite dans la volonté de maintenir le secret qui a été dépassée.
Des patrouilles, des relevés d'identités, des dispersions de foule, des hélicoptères déployés, un périmètre "interdit" allant parfois jusqu'à quasiment un kilomètre autour du circuit le dernier jour - celui où le seul pilote espagnol du contingent présent à Barcelone allait rouler... On en rirait si on ne savait pas que cela s'était réellement déroulé et qu'il avait fallu déployer, pour les plus tenaces, des trésors d'ingéniosité et force matériel de pointe pour offrir des clichés "volés".
Bref, tout en ne parvenant en réalité pas à circonscrire la fuite d'informations ou la fuite d'images - et en cela il faut saluer le travail de certains confrères espagnols, à commencer par SoyMotor dont le travail aura irrigué celui d'une grande partie des médias -, la discipline dans son ensemble (dont les instances ratent rarement une occasion d'offrir un mauvais visage le reste de l'année) n'a pas vraiment réussi à donner autre chose qu'un air antipathique à ces tests.
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