Félix da Costa : "Red Bull a-t-il gâché ma carrière ? Pas du tout !"

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Félix da Costa :
Par : Benjamin Vinel
8 déc. 2018 à 15:55

La plupart des jeunes pilotes rêvent de Formule 1, et on leur pardonnerait de ressentir une certaine amertume quand ce rêve leur file entre les doigts.

C'est ce qui est arrivé à António Félix da Costa. En 2012, le Portugais de 21 ans était la star en devenir du moment, celui dont tout le monde attendait l'arrivée en Formule 1. Candidat au titre GP3 cette année-là, Félix da Costa avait en outre réalisé des débuts tonitruants en Formule Renault 3.5, où il avait débarqué en cours de saison au sein d'une nouvelle équipe, Arden Caterham.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le protégé de Red Bull n'avait pas mis longtemps à prendre ses marques, dominant outrageusement les dernières courses de l'année en enchaînant quatre victoires et une seconde place. Ainsi, après avoir manqué les cinq premières manches de la saison, il passait à 23 points du titre obtenu par Robin Frijns face à un plateau composé notamment de quatre futurs pilotes de Formule 1. Cerise sur le gâteau, il a ensuite remporté le Grand Prix de Macao !

La tendance était idéale pour obtenir un baquet chez Toro Rosso, mais à l'époque, les prometteurs Daniel Ricciardo et Jean-Éric Vergne venaient tout juste d'y conclure leur première saison complète en Formule 1, et la mission a alors été confiée à Félix da Costa d'effectuer lui-même une campagne pleine en Formule Renault 3.5 pour obtenir ce titre qui ne semblait être qu'une formalité.

Or, le pilote Arden ne s'est pas montré aussi dominateur, impliqué dans plusieurs incidents en piste et handicapé par ses performances en qualifications – une seule pole position. Kevin Magnussen et Stoffel Vandoorne l'avaient ainsi devancé au classement général.

Antonio Felix da Costa célèbre sa victoire
Antonio Felix da Costa

Dans le même temps, un très jeune Daniil Kvyat concluait sa campagne de GP3 Series en force avec la victoire lors des trois dernières Courses 1 et le titre à la clé, si bien qu'à la surprise générale, c'est lui qui a été choisi pour prendre la place de Daniel Ricciardo chez Toro Rosso, l'Australien étant promu chez Red Bull suite à la retraite de Mark Webber.

"Quand Daniil a eu le baquet que je croyais être mien, il n'y a pas eu de rancune", commente Félix da Costa dans les colonnes du magazine MotorSport. "Nous avons vécu ensemble pendant un an et demi ; je lui ai appris à cuisiner, j'ai amélioré ses goûts musicaux qui étaient catastrophiques, et je l'ai présenté à sa petite amie."

"C'est Helmut [Marko] qui m'a appelé pour me dire [que Kvyat avait eu le baquet]. Je ne sais pas pourquoi les jeunes pilotes ont peur de lui. J'ai toujours eu une bonne relation avec lui, ouverte et honnête – s'il était mécontent, il me le disait, et quand je pensais que ça n'allait pas, je lui disais."

"Même à ce jour, je suis un grand admirateur de Helmut. Le seul conseil qu'il m'ait jamais donné était : 'Le sport auto, c'est facile, il suffit de gagner'. C'est tout. Il donne des opportunités à beaucoup de jeunes pilotes ; les gens aiment penser qu'il gâche des carrières, mais je pense que c'est l'inverse."

Il y a deux catégories d'anciens protégés de Red Bull : ceux qui ont gardé de bonnes relations avec Helmut Marko, responsable du Junior Team, et les autres. Félix da Costa fait clairement partie du premier groupe, même s'il demeure convaincu qu'il avait sa place dans l'élite.

"Est-ce que je pense que je méritais la place en F1 ? Oui. Ont-ils gâché ma carrière ? Pas du tout ! Il n'y avait simplement pas suffisamment de place sur ce train. A partir de ce moment-là, la clé était d'arrêter d'y croire. Si on fait l'autruche, ça ne fait qu'empirer."

"On oublie presque de prendre du plaisir en piste quand on est si proche [de la F1]. En World Series, je me disais qu'il fallait que je gagne, qu'il fallait que je fasse ceci et cela. On se couche stressé, et on se réveille stressé. Si j'étais troisième, j'étais en colère, et je courais contre Stoffel [Vandoorne] et [Kevin] Magnussen, je les battais, Jules [Bianchi], Sam [Bird]… Mais on oublie qu'on veut juste courir contre eux, on oublie de prendre du plaisir."

Antonio Felix da Costa
Antonio Felix da Costa

Avant, il détestait le GT !

Le plaisir, Félix da Costa l'a retrouvé. Pilote d'usine BMW depuis 2014, il a couru en DTM pendant trois ans, avec une victoire à son actif, avant d'évoluer en Blancpain GT Series l'an passé puis en WEC pour la Super Saison 2018-19, toujours avec la marque à l'hélice. Il a d'ailleurs pris la deuxième place de la catégorie GTE Pro lors des récentes 6 Heures de Fuji avec son coéquipier Tom Blomqvist.

"Quand j'étais en Formule Renault 3.5, je détestais le GT", sourit Félix da Costa. "Je ne voulais même pas qu'on m'en parle, les 24 Heures de quoi ? Maintenant, j'adore. J'ai adoré Le Mans, et j'ai passé l'un de mes meilleurs week-ends aux 24 Heures du Nürburgring l'an dernier. On sent le danger, on a l'impression de remonter 20 ans en arrière. De nos jours, la plupart des circuits sont ennuyeux : on bloque une roue, on sort large et on revient."

"Quand Seb [Vettel] a perdu sa victoire à Hockenheim, j'étais dégoûté car je m'entends bien avec lui et je l'apprécie. Sur n'importe quel autre circuit, il serait revenu en piste et aurait gagné la course. Je sais que c'est une question de sécurité, et je suis tout à fait pour, mais j'adore ces circuits old-school."

En parallèle, le pilote BMW i Andretti Motorsport est l'un des cadres emblématiques de la Formule E depuis sa création en 2014, n'ayant manqué que quatre courses dans l'Histoire du championnat.

Contact avec Red Bull en 2017

AFDC aurait-il toutefois pu trouver un avenir ailleurs ? Red Bull s'intéresse de près à ses anciens poulains à l'heure actuelle. Après la seconde chance donnée à Brendon Hartley, c'est désormais Alexander Albon qui va faire ses débuts en Formule 1 alors qu'il avait été écarté par la marque au taureau fin 2012. Daniil Kvyat va quant à lui faire son retour chez Toro Rosso en 2019.

"Il y a eu des discussions l'an dernier, mais ils sondaient juste des pilotes, ils voyaient ce qui se passait dans leur vie", révèle Félix da Costa. "Quand j'ai su pour Brendon, qui est un grand pilote, je me suis dit qu'il y avait encore de l'argent et des sponsors qui étaient impliqués. Je ne peux pas rivaliser avec ça."

"Je sais que c'est le business, c'est ainsi que ça fonctionne, mais paieriez-vous pour faire votre travail ? Les gens ne paient pas pour aller au bureau tous les jours, c'est un job. S'il y a quelqu'un comme BMW qui apprécie mon talent, c'est avec eux que je veux être. On ne peut pas payer pour jouer avec Cristiano Ronaldo, il faut être presque aussi bon que lui. C'est comme ça que je vois les choses."

Antonio Felix da Costa, Team Aguri
Antonio Felix da Costa, BMW Team Schnitzer BMW M4 DTM
Antonio Felix da Costa, BMW I Andretti Motorsports
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Antonio Felix da Costa, BMW I Andretti Motorsports, BMW iFE.18

Philosophe plus qu'amer, tel est l'état d'esprit d'António Félix da Costa. "Je ne vois pas ça comme [Red Bull] qui ne me donne pas un baquet en F1. Ils m'ont donné une carrière. Ils ont fait de moi un pilote professionnel, ils m'ont soutenu vers la Formule 1, même si je n'ai pas atteint cette destination. Mais la F1 est un monde dur où la politique joue parfois un plus grand rôle que le talent. C'est un business, et si c'est ce qui doit être fait, alors je comprends."

Antonio Felix da Costa, BMW I Andretti Motorsports, BMW iFE.18
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