L'arrivée de Cadillac en F1 passe mieux avec une "prime de Noël anticipée"
Les dirigeants des écuries saluent globalement l'arrivée de Cadillac en Formule 1, même si cela signifie, à moyen terme, un gâteau des revenus coupé en 11 parts au lieu de dix.
Photo de : James Sutton / Motorsport Images
Après des mois et des mois d'attente, la Formule 1 a finalement officiellement et définitivement donné son feu vert à l'arrivée d'une 11e écurie dans le championnat début mars. Il aura fallu pour cela, entre autres, que le projet Andretti Cadillac devienne le projet Cadillac tout court et que Michael Andretti se mette en retrait.
Maintenant que l'avenir en F1 de la structure, dont les voitures seront dans les faits exploitées par Andretti, est assuré, les patrons des écuries rivales assurent se réjouir globalement de voir cette nouvelle entité intégrer la discipline après avoir pourtant fait le forcing pendant longtemps pour éviter cela, à coups d'arguments parfois étonnants tout en soulignant que cela allait avoir un impact sur leurs revenus à court terme.
Toutefois, il faut malgré tout reconnaître que le changement d'identité du projet - même si fondamentalement la structure reste la même - a beaucoup pesé dans la façon dont est perçue cette nouvelle entrée. Voir General Motors, via Cadillac, débarquer en discipline reine a en effet de quoi séduire et de quoi valider la croissance que connaît la F1.
Interrogé sur le sujet, en sa position de futur fournisseur de moteurs à l'écurie entre 2026 et 2028 - avant que GM ne mette en circulation ses propres unités de puissance à compter de 2029 - Frédéric Vasseur a toutefois voulu se montrer prudent, dans un premier temps : "Je pense que nous devons éviter d'être arrogants. L'industrie automobile traverse une période difficile. Si vous vous souvenez de 2008, tout était parfait, puis en deux ou trois jours, tout a basculé."
"Pour moi, l'arrivée d'un autre constructeur est une bonne nouvelle. C'est un Américain, ce qui est une autre bonne nouvelle. Mais il est encore un peu tôt pour les considérer comme des constructeurs [à part entière], car ils rejoindront le championnat en tant que constructeurs de voitures et de moteurs vers la fin de [la prochaine] réglementation."
"Je pense que c'est une bonne nouvelle à condition que l'équipe soit solidement structurée, etc. Je pense que c'est le cas aujourd'hui. Nous avons une bonne relation avec eux. Ils font du bon travail et prennent les choses au sérieux. Bien sûr, c'est un défi. [...] Ce n'est déjà pas facile pour les équipes déjà présentes sur la grille. Ce n'est pas facile d'être compétitif et partir de zéro est un énorme défi, mais tout est possible."
Quant à Andy Cowell, le directeur d'Aston Martin, il a ajouté : "L'arrivée de Cadillac et de General Motors en F1, qui décident que c'est l'environnement dans lequel ils veulent concourir, témoigne de la croissance et du succès de la Formule 1. J'ai hâte. Deux voitures de plus sur la grille - 22 voitures - c'est bon pour le spectacle et pour les fans. Alors oui, j'ai hâte."
"C'est une bonne nouvelle. Nous avons hâte de nous mesurer à eux. Et grâce à leur importante base au Royaume-Uni, tous les diplômés qui sortent des écoles de sport automobile vont avoir des opportunités dans ces équipes en plein essor."
Le problème du marché de l'emploi
Photo de: Peter Fox - Getty Images
Interrogé sur le rejet initial affiché par les écuries de F1 au projet Andretti, le patron de Williams, James Vowles, a pour sa part expliqué : "Ce qui s'est passé est maintenant derrière nous. En fin de compte, c'est à la Formule 1 de gérer les inscriptions et les équipes, et une partie de cette gestion sera incluse dans les futurs Accords Concorde. Mon opinion, c'est que c'est comme ça, au final. La différence essentielle par rapport à Andretti est que GM et Cadillac sont des marques majeures qui apportent avec elles un grand nombre de distinctions, et je pense qu'elles amélioreront la situation de la discipline, en attirant davantage de sponsors."
"Pour expliquer la différence entre Andretti et GM/Cadillac, il y a toujours des complications. Il s'agit moins d'une question de dilution que du fait qu'au Royaume-Uni, je pense qu'il y aura neuf équipes sous une forme différente... Je pense qu'il n'y aura que Ferrari qui n'aura pas de base au Royaume-Uni. L'impact le plus important sera sur le marché de l'emploi - GM fait un excellent travail pour attirer les talents, et c'est probablement le problème le plus grave."
La "prime de Noël anticipée" pour les écuries actuelles
Parmi les dirigeants les plus virulents contre l'arrivée d'Andretti Cadillac, Christian Horner affiche désormais un discours similaire à ses homologues, tout en expliquant que le paiement anticipé réalisé, dans le cadre du fonds anti-dilution, pour amortir l'impact de l'arrivée de Cadillac aidait aussi à faire passer la pilule. "GM est une grande marque. Je pense que s'il s'agissait d'une autre marque que GM, nous aurions probablement un plus gros problème avec ça. La perspective d'une concurrence entre GM et Ford est quelque peu séduisante."
"Ils ont rempli les critères en termes d'entrée dans la discipline. Pour la dilution - évidemment, le gâteau est partagé entre 11 au lieu de dix -, nous avons tous reçu une prime de Noël anticipée dans le cadre de leurs frais de signature, ce qui a évidemment annulé l'impact à court terme. L'arrivée d'une grande marque comme GM dans le sport est positive. Cela montre l'attrait de la Formule 1. Il aurait été inimaginable, il y a cinq ou six ans, d'envisager qu'une marque comme Ford Motor Company ou GM se lance dans la Formule 1. Je pense que l'arrivée de ces grandes marques américaines démontre la force et la puissance de ce sport et l'attrait mondial de la Formule 1."
Zak Brown, à la tête de McLaren Racing, avait au contraire plutôt été l'un des défenseurs de la candidature d'Andretti à la F1 et salue bien entendu la future entrée en lice de Cadillac, tout en soulignant les challenges : "Je pense que ce sera passionnant pour les fans - ils aiment les nouvelles équipes, les nouveaux circuits, les nouvelles unités de puissance, les nouveaux pilotes. Ce sera donc quelque chose que tout le monde observera de près."
"Sur le plan économique, tout va bien. Je pense qu'ils découvriront que la Formule 1 est un grand, grand défi, mais je pense que ce sera passionnant pour la discipline. Et c'est incroyable - si vous regardez où en est le sport depuis cinq ans - il y a cinq ans, nous nous battions pour garder les équipes. Aujourd'hui, les gens se battent pour accéder à la grille de départ. Je pense que cela témoigne de la santé de ce sport et du travail accompli par Stefano [Domenicali, le PDG de la F1] et Liberty [Media, l'entreprise qui détient les droits commerciaux de la discipline] pour le développer. La santé de toutes les équipes et les gens qui veulent nous rejoindre montrent à quel point notre sport est solide et qu'il va de mieux en mieux."
Enfin, dans un entretien exclusif pour Motorsport.com, Toto Wolff, patron de Mercedes, avait pour sa part fait le lien entre l'arrivée de Cadillac et l'officialisation, quelques jours plus tard, de la signature des Accords Concorde par l'ensemble des écuries pour la période démarrant en 2026 : "Je pense que c'est un grand succès pour la Formule 1 qu'il y ait désormais [des Accords] Concorde jusqu'en 2030. Les 11 équipes ont signé. Je pense que Cadillac nous a très bien expliqué à Melbourne pourquoi elle pense pouvoir apporter un plus au business. Les 11 équipes sont donc prêtes et nous disposons désormais d'un cadre commercial, ce qui est une très bonne chose."
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