Sainz : "J'ai dû changer complètement mon style de pilotage"
Carlos Sainz évoque les difficultés qu'il a rencontrées depuis le début de la saison 2022 de Formule 1.
Cette saison, Carlos Sainz dispose pour la première fois d'une monoplace capable de jouer la victoire, voire le titre mondial, mais les résultats ne sont pas au rendez-vous. Jusque-là, Sainz n'a marqué que 202 points face aux 366 de Max Verstappen, aux 253 de Sergio Pérez et aux 252 de Charles Leclerc ; même George Russell le devance au championnat des pilotes, avec une Mercedes bien moins en verve.
Ces 18 premiers Grands Prix de la saison n'ont vu Sainz être le plus rapide en qualifications ou remporter la course qu'une fois, à Silverstone. Le reste du temps, le pilote Ferrari a connu des difficultés, pas aidé par deux abandons mécaniques et trois accidents dont il était, pour au moins deux d'entre eux, responsable. Cependant, Sainz est prompt à souligner l'impact de la nouvelle réglementation, lui qui faisait jeu égal avec Charles Leclerc sur le plan comptable l'an passé – même si, en termes de performance, le Monégasque conservait un certain avantage.
"Tout d'abord, c'était clairement frustrant [d'avoir des difficultés en 2022], car après une si bonne première année avec l'équipe, où j'ai rencontré très peu de problèmes avec la voiture, j'ai établi à la suite des premières courses de 2021 que je savais où se trouvait la limite de la voiture ; je n'avais à trouver qu'un ou deux dixièmes dans un certain type de virage et j'étais prêt à concourir. C'est pourquoi la seconde moitié de saison a été si solide et j'ai pu la maîtriser", explique Sainz à Motorsport.com. "Cette année, la voiture est enfin compétitive, enfin capable de se battre pour la victoire, et je me suis retrouvé tout d’un coup dans une position que je n'avais jamais connue auparavant, à savoir être à un peu plus de deux dixièmes. Je n'avais jamais été à plus de deux dixièmes d'un coéquipier, et je me suis gratté la tête pour savoir d'où venait tout ce temps au tour. C'était frustrant, car c'était la première fois que j'avais une voiture compétitive qui me permette de me battre pour la victoire."
Carlos Sainz (Ferrari)
"J'ai tenu l'origine de mes difficultés assez secrète. Je pense que les gens qui comprennent cette discipline et les gens qui font des analyses approfondies me connaissent plus ou moins à ce stade et savent d'où venaient les problèmes. Mais, pour faire bref, j'ai dû changer complètement mon style de pilotage. J'ai dû changer complètement la manière dont je pilotais, de façon très contre-nature. J'ai dû adopter un pilotage contre-nature et le rendre naturel, et ça prend beaucoup de temps. J'ai aussi essayé des choses avec les réglages, la plupart allaient dans la mauvaise direction, puis je suis revenu en arrière pour trouver une bonne direction, et cela prend plusieurs courses ; il n'y a plus d'essais, alors il faut faire des tests en week-end de Grand Prix. Parfois, pour un week-end de course, il faut composer avec les réglages alors qu'on s'est trompé. Et ça fait encore un week-end où je ne suis pas performant, et j'ai accumulé la frustration jusqu'aux alentours du Canada, où j'ai un peu retrouvé mon chemin. J'ai alors commencé à être un peu plus performant."
L'analyse de Sainz est corroborée par les données des séances qualificatives, puisqu'il a encaissé un sévère 8-0 face à Leclerc lors des huit premiers Grands Prix de la saison, avec un écart moyen de près de trois dixièmes sur les séances représentatives. Depuis lors, Leclerc mène 5-4, et les performances sont nettement plus serrées.
Sainz a notamment été marqué par un Grand Prix d'Espagne où il était "au plus bas en matière de rapidité en qualifications et en course", et déplore un Règlement Technique très restrictif, laissant "très peu de liberté pour toucher aux réglages".
Alors d'où venait le déficit de temps au tour sur Leclerc ? "C'était un peu partout, mais il y a un certain type de virage et un certain style de pilotage que je ne faisais pas bien avec cette voiture. Cela peut arriver dans une carrière de pilote. On saute dans une voiture, comme je l'ai fait en 2021, on ne fait rien [de spécial], simplement on pilote, et on est rapide d'emblée. Et parfois, on saute dans une voiture différente, on pense avoir fait un bon chrono, mais on le compare aux autres et on voit qu'il n'est pas si rapide et qu'il y a plus de temps à trouver. C'est naturel. Mais c'était extrêmement frustrant que ce soit au stade de ma carrière où j'avais une voiture compétitive", conclut l'Ibère.
Propos recueillis par Jonathan Noble et Roberto Chinchero
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