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Analyse

Comment le mystère des pouvoirs chez Red Bull semble avoir été résolu

À la suite de l'éviction de Christian Horner de son poste de directeur de l'écurie Red Bull, la question de savoir qui détient le pouvoir au sein de la société mère est au cœur des discussions.

Christian Horner, Team Principal, Red Bull Racing, Oliver Mintzlaff, directeur général de Red Bull GmbH

Photo de: Red Bull Content Pool

Christian Horner évincé de Red Bull

Red Bull a écarté Christian Horner du poste de directeur qu'il occupait depuis la création de l'écurie de Formule 1, en 2005.

Depuis le décès de Dietrich Mateschitz, beaucoup de choses ont changé chez Red Bull. À la suite de l'éviction de Christian Horner de son poste de directeur de Red Bull en F1, l'attention s'est focalisée sur le pouvoir et les personnes qui détiennent le contrôle de la société mère.

Le mystère entourant les 2% de parts de Red Bull GmbH qui ont changé de mains le 31 mai semble avoir été résolu. Une enquête menée par Motorsport-Total.com, publication soeur de Motorsport.com en Allemagne, a renforcé les soupçons selon lesquels cette transaction n'aurait pas, contrairement à ce qu'ont rapporté divers médias, "modifié de manière significative l'équilibre des pouvoirs".

Voici le contexte : des entrées dans le registre du commerce autrichien ont révélé que 2% de Red Bull GmbH, la société mère du programme F1, ont été transférés de Chalerm Yoovidhya à une société fiduciaire suisse nommée Fides Trustees SA. Le président de son conseil d'administration : un homme nommé Martin Christopher Bowen.

Comme Horner a été démis de ses fonctions de directeur du programme de Formule 1 cinq semaines seulement après cette transaction, certains ont interprété cette réorganisation interne comme "la véritable raison derrière le départ de Horner chez Red Bull". Cette hypothèse reposait sur des spéculations selon lesquelles un transfert de pouvoir de la Thaïlande vers l'Autriche aurait eu lieu au sein de l'empire Red Bull.

Interrogée à ce sujet, Red Bull GmbH s'est contentée d'un bref communiqué : "De telles structures fiduciaires sont courantes dans les grandes entreprises prospères afin d'assurer une continuité pérenne. Au-delà de cela, nous vous prions de bien vouloir comprendre que, comme toujours, nous ne faisons aucun commentaire public sur les questions internes liées à l'entreprise ou à la famille."

Cela a donné lieu à de nombreuses spéculations : qui se cache derrière Fides, qui gère désormais ces 2% de parts ? Et qui contrôle réellement ces parts en termes de droits de vote ? Après tout, ces 2% peuvent faire la différence entre les parts égales de 49% détenues par le clan Yoovidhya et Mark Mateschitz dans Red Bull GmbH.

Chalerm Yoovidhya à gauche de Christian Horner après le GP de Bahreïn 2024.

Chalerm Yoovidhya à gauche de Christian Horner après le GP de Bahreïn 2024.

Photo de: Zak Mauger / Motorsport Images

Désormais, des investigations ont renforcé l'hypothèse selon laquelle Fides gère les 2% sous mandat de Yoovidhya, ce qui signifie que la partie thaïlandaise contrôlerait toujours effectivement 51% de Red Bull GmbH. Cependant, cela n'a pas été officiellement confirmé.

Ce que l'on sait, c'est qu'après le décès de Dietrich Mateschitz en octobre 2022, qui était l'unique directeur général de Red Bull GmbH, la famille Yoovidhya a initialement pris un rôle plus important dans les questions opérationnelles clés. Il a même été question de transférer le siège social autrichien de Fuschl am See à Dubaï ou Amsterdam, probablement pour des raisons fiscales. Cette idée s'est heurtée à une forte résistance de la part de la direction et du personnel de Fuschl.

À peu près à la même époque, des tensions ont émergé au sujet de l'avenir de Horner. Selon certains médias, les dirigeants de Fuschl auraient voulu licencier le patron de l'écurie F1 immédiatement après que Horner ait été accusé de comportement inapproprié, voire de harcèlement sexuel. Il a ensuite été blanchi de toute accusation dans le cadre d'une enquête interne. La Thaïlande a toutefois insisté pour le soutenir.

Ma grande entreprise ne connaît pas la crise

Plus de deux ans et demi se sont écoulés depuis la mort de Mateschitz. Sous la direction opérationnelle des trois directeurs généraux – Alexander Kirchmayr (finances), Oliver Mintzlaff (projets et investissements, y compris la Formule 1) et Franz Watzlawick (boissons) – Red Bull GmbH a prospéré, malgré un contexte économique mondial difficile.

Kirchmayr, Mintzlaff et Watzlawick ont été personnellement choisis par Mateschitz comme ses successeurs avant sa mort. Et ils ont poursuivi son œuvre avec succès : en 2023, Red Bull a dépassé pour la première fois les 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires ; en 2024, ce chiffre est passé à 11,2 milliards d'euros, grâce à 12,7 milliards de canettes vendues dans le monde entier.

Cela aurait conduit à deux prises de conscience importantes au sein de la famille Yoovidhya. Premièrement, l'accord initial, selon lequel les opérations étaient gérées depuis Fuschl tandis qu'ils continuaient à percevoir les bénéfices de l'entreprise, était en fait très avantageux. L'équipe de direction autrichienne a en sus prouvé qu'elle était capable de très bons résultats, même sans Mateschitz.

Dietrich Mateschitz félicite Max Verstappen.

Dietrich Mateschitz félicite Max Verstappen.

Photo de: Red Bull Content Pool

Deuxièmement, le débat sur le transfert du siège social à l'étranger, où l'entreprise pouvait bénéficier d'une fiscalité plus avantageuse qu'en Autriche, n'est désormais plus d'actualité. Au final, rien n'a vraiment changé : Fuschl continue de diriger les opérations, désormais sous la houlette d'un triumvirat plutôt que sous celle de Mateschitz seul, et la Thaïlande empoche 51% des bénéfices.

La décision de placer la participation de 2% dans un trust suisse mandaté par Chalerm Yoovidhya signifie probablement qu'en cas de blocage sur des décisions stratégiques, il existe désormais un organisme neutre chargé de fournir des conseils impartiaux aux actionnaires.

Ainsi, Fides aurait pu jouer un rôle décisif dans des situations telles que celle de Horner, où les opinions des actionnaires étaient divisées pendant longtemps. On ignore encore si Fides a réellement eu une influence dans la décision concernant Horner. Mais le timing est frappant : cinq semaines après la transaction, Horner a quitté l'entreprise.

Une stabilisation diplomatique

Selon des sources bien informées, la période tumultueuse qui a suivi le décès de Mateschitz est désormais terminée. En Autriche, on murmure que Mark Mateschitz et Chalerm Yoovidhya entretiennent actuellement d'excellentes relations de travail.

"D'une certaine manière, tout a changé en Formule 1 après la mort de Mateschitz", a déclaré Ralf Schumacher, ancien pilote F1 et désormais très actif dans les médias, dans une interview sur la chaîne YouTube Formel1.de. Selon lui, c'est Horner, en particulier, qui a changé : "Soudain, il avait beaucoup plus de pouvoir et a commencé à se comporter différemment des années précédentes."

Avec le recul, Schumacher estime que cela "s'est retourné contre lui". L'enquête menée l'année dernière sur Horner a révélé de profondes fractures au sein du programme F1, reflétant les désaccords au plus haut niveau de la direction. Finalement, les actionnaires ont fini par se rendre compte, selon lui, que "la situation [empirait]" : "Nous dépensons des sommes colossales et nous n'obtenons aucun résultat", a-t-il ajouté.

Christian Horner, Red Bull Racing

Christian Horner, Red Bull Racing

Photo de: Red Bull Content Pool

Mais il estime également que des erreurs ont été commises des deux côtés. En février 2024, il avait déclaré : "Quelqu'un a essayé de pousser Horner vers la sortie, et c'est allé trop loin." L'idée de remplacer un directeur d'écurie "comme on le ferait avec un entraîneur de football" était compréhensible, "mais ce qui s'est réellement passé à l'époque s'apparentait à une campagne diffamatoire".

Au final, ce transfert de 2% n'était sans doute pas un coup de force, mais plutôt un accord tacite entre les actionnaires sur la nouvelle organisation au sein de Red Bull GmbH. Et au milieu des spéculations médiatiques, des changements de personnel et des revirements stratégiques, ce qui ressort n'est pas une prise de pouvoir brutale, mais une stabilisation diplomatique.

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