Les lieutenants rompent le rang, respectons-les !
Sergio Pérez et Valtteri Bottas n'ont plus de volant en Formule 1. Ainsi sont "remerciés" ceux qui ont rendu de bons et loyaux services là où ils ont couru. La logique de performance est une évidence mais ne doit pas l'être au mépris de la reconnaissance.
Photo de : Steve Etherington / Motorsport Images
En signifiant la sortie à Sergio Pérez, Red Bull tourne une page de quatre années qui aura, dans un premier temps, donné raison à son choix de se tourner vers une recrue venue de l'extérieur de son giron. Mais que restera-t-il du passage du Mexicain à Milton Keynes ?
Dans l'ombre de l'indétrônable Max Verstappen, il aura plus souvent suscité les interrogations – parfois exagérées – sur son niveau de performance que marqué les esprits. Pourtant, Sergio Pérez a fait ce que l'on attendait de lui, ce pour quoi il avait été recruté, avant de glisser peu à peu vers l'abîme d'une fin de carrière caricaturée.
Sa chute était aussi prévisible qu'inéluctable, tant elle en rappelle d'autres. Si l'on ne peut jamais rien affirmer, le risque de voir sa carrière en Formule 1 s'arrêter là existe désormais. Il pourra alors en discuter avec un Valtteri Bottas qui se retrouve dans un cas de figure similaire. Si le Finlandais avait réussi à se recaser chez Sauber grâce à une prise de décision plus précoce de Mercedes, il a vécu pareille situation il y a trois ans.
Tout ou presque dans les derniers mois de Sergio Pérez rappelle les difficultés de Valtteri Bottas chez Mercedes en 2020 et 2021. Tous les deux ont été des équipiers exemplaires, tous les deux ont eu l'opportunité de se battre aux avant-postes dans un top team, tous les deux ont sans doute sincèrement rêvé jouer le titre... mais tous les deux sont tombés sur un champion en or massif dans le garage d'à côté. Dès lors, ils ont surnagé jusqu'à se retrouver à bout de forces, emportés par le cercle vicieux de la contestation du milieu, de la presse et du public.
Une légitimité incontestable
En 2025, on ne reverra sur la grille ni Sergio Pérez ni Valtteri Bottas, 527 Grands Prix à eux deux, alors que le renouvellement s'enclenchera avec l'arrivée de cinq rookies en Formule 1. L'un a débuté en 2011, l'autre en 2013, et ils auront fait preuve d'une longévité qui légitimise leur place.
Sergio Pérez lors de sa première victoire, à Sakhir en 2020.
Photo de: Andy Hone / Motorsport Images
Personne ne cherchera à convaincre qu'ils ont été parmi les plus grands pilotes de la discipline, mais les laisser partir comme si de rien n'était serait injuste. L'un et l'autre, vice-champion du monde au moins une fois, ont apporté leur contribution à des titres constructeurs pour Red Bull et Mercedes. Ils ont aussi intégré un cercle aujourd'hui constitué de 115 vainqueurs en catégorie reine, au sein duquel ils figurent parmi les 50 plus victorieux à l'heure de partir. C'est cette empreinte qu'ils laisseront, quand ceux qui n'ont jamais fait aussi bien se comptent par dizaines.
Subsistera inévitablement l'image d'un "numéro 2" pour ceux qui ont dû et su s'effacer lorsque des consignes s'imposaient à eux, ou qui ont joué sans rechigner le jeu de leur équipe et de leur illustre champion du monde de coéquipier quand il le fallait. Toutefois, Sergio Pérez et Valtteri Bottas restent des pilotes, cette espèce rare qui force notre admiration et sans qui nos émotions seraient bien ternes.
Alors, quand le Mexicain est brocardé pour une énième élimination en Q1 au volant d'une Red Bull qu'il ne comprend plus, c'est un peu piétiner ses exploits passés au volant d'une modeste Sauber face à Fernando Alonso ou d'une Racing Point qu'il était parvenu à mener à la victoire. Et quand le Finlandais est moqué parce qu'un inexpérimenté George Russell le pique au vif au pied levé avec la même Mercedes, c'est oublier trop vite ses dix victoires et la grande régularité qui a fait sa force pendant plusieurs années.
Les pilotes d'exception, comme le nom l'indique, sont une denrée rare qu'il faut savoir apprécier à leur juste valeur. Mais ils ne seraient pas l'exception sans tous les autres qui les entourent et face à qui ils s'élèvent. La franchise impose de dire que Sergio Pérez et Valtteri Bottas ne manqueront pas à grand monde dans une Formule 1 où la culture de l'instant est plus prégnante que jamais. L'honnêteté oblige néanmoins à reconnaître que deux acteurs majeurs de la dernière décennie s'en vont. Respectons-les et souhaitons-leur le meilleur.
GP de Turquie 2021 : la dernière victoire de Valtteri Bottas.
Photo de: Andy Hone / Motorsport Images
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