Analyse
Formule 1 GP de Miami

Pourquoi Hamilton ne s'est pas arrêté sous Safety Car à Miami

Alors qu'il avait l'opportunité de passer par les stands au moment de la voiture de sécurité, Lewis Hamilton ne l'a finalement pas fait. L'analyse de la discussion complète par radio avec son écurie permet de mieux comprendre pourquoi.

George Russell, Mercedes W13, Lewis Hamilton, Mercedes W13

Après un départ où il a dû céder deux positions en ayant dû éviter l'accrochage avec Sergio Pérez au premier virage puis en étant touché par Fernando Alonso dans le second, Lewis Hamilton a rapidement repris l'avantage sur l'Alpine puis sur Pierre Gasly avant de se lancer à la poursuite de Valtteri Bottas, alors cinquième. Au sortir de leur arrêt au stand respectif, les deux anciens équipiers figuraient en sixième et septième positions en pneus durs, se tenant en quelques secondes derrière un George Russell qui, sur une stratégie inversée, étirait au maximum son premier relais en espérant un Safety Car, virtuel ou réel.

Par chance pour le #63, ce moment est arrivé quand Gasly et Lando Norris se sont accrochés au 40e tour, ce qui a d'abord entraîné une VSC. Russell a donc saisi cette chance pour gagner du temps puis, quand la voiture de sécurité réelle a été déployée, un arrêt au stand gratuit. En effet, le déficit d'une vingtaine de seconde à combler en une vingtaine de tours qu'il aurait dû avoir sur le duo Bottas-Hamilton en situation de drapeau vert était de fait totalement annulé.

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La question s'est alors posée de savoir si Hamilton lui-même devait profiter de cette neutralisation pour passer par les stands et chausser des pneus neufs. Un tel choix l'aurait automatiquement renvoyé derrière son équipier puisque les pilotes, sous Safety Car, sont soumis à un temps delta qui "fige" virtuellement la distance entre eux : logiquement, Russell s'étant arrêté au moment où il était devant son équipier sur la piste, il serait alors repassé devant si le septuple Champion du monde avait fait un nouveau passage dans la pitlane.

Comme souvent sur la réalisation TV des épreuves, un court message radio hors contexte a été diffusé dans lequel Hamilton lançait à son ingénieur, Peter Bonnington, en réponse à une question sur un éventuel arrêt : "À toi de me dire, ne t'en remets pas à moi. Tu crois que je peux... Je ne veux pas perdre de position." Ce message isolé et son ton ne donnaient toutefois pas véritablement toute l'histoire.

L'écoute des échanges radio de l'ensemble de la séquence sur F1 TV permet en effet de resituer le déroulé de la discussion après le moment où la voiture de sécurité a été déployée pour l'accrochage Gasly-Norris.

Valtteri Bottas devant Lewis Hamilton au GP de Miami

Valtteri Bottas devant Lewis Hamilton au GP de Miami

41e tour

Le VSC a été déployé mais finalement le Safety Car est envoyé en piste. Hamilton arrive au niveau du virage 11.

PB : Safety Car, Safety Car. Donc, dis-nous juste ce que tu penses de ces pneus. Il reste 16 tours. George s'est arrêté, il est à 12 secondes derrière, il a des durs neufs. [Si] on s'arrêtait, on ressortirait derrière George. George signait encore des temps en vert [signifiant des améliorations personnelles, ndlr] sur le pneu dur après 40 tours.
LH : Combien j'ai fait [de tours] ?
PB : 19, donc tu es à mi-chemin. Il signait encore de bons chronos sur les durs.
LH : Et c'est le seul...
PB : Je pense qu'une fois que tu auras usé la gomme, ils seront performants.
LH : Est-ce qu'il est derrière moi avec des neufs ?

Il faut noter que son ingénieur a commis une erreur en rapportant dans un premier temps que Russell a chaussé des durs, alors qu'en réalité ce sont des mediums. Dans ce moment de discussion, alors que s'achève le 41e tour et que Hamilton passe au niveau de l'entrée des stands, intervient alors le stratège en chef de l'écurie, James Vowles :

JV : Lewis, c'est James. Nous te conseillons de rester en piste, mais on te laisse la décision, il faut la prendre maintenant.
PB [se rectifiant] : [Russell] est en mediums.

42e tour
LH : Je vais être en position défavorable, n'est-ce pas ?
PB : Tu as Pérez à la sortie. Donc [attention au] delta.

Un long silence s'engage alors. Derrière Hamilton, Russell pointe à une dizaine de secondes mais surtout, avec l'arrêt d'Ocon, le pilote suivant, Alonso, est lui désormais à une trentaine de secondes : cela signifie que même si Hamilton revient sur la queue qui commence à se former derrière le Safety Car, il dispose d'une opportunité de passer par les stands et de ne perdre qu'une place au profit de Russell. Cette information précise ne lui est pas communiquée.

LH : Donc qui est directement derrière moi ?
PB : Ce sera George et ensuite Ocon.
LH : À quel point ce pneu est plus rapide ?
PB : On pense que c'est probablement trois, quatre dixièmes, mais ce pneu [dur] semble mieux fonctionner quand il a un peu d'usure.

Nouveau silence, Hamilton est alors dans la ligne droite de retour qui précède le dernier freinage du circuit (virage 17) et l'entrée des stands. Au moment de son dernier message ci-dessous, haché par des problèmes de réception, il ne peut plus rentrer au stand.

PB : Nous avons une chance supplémentaire de nous arrêter si tu penses vouloir le faire. Donc Pérez...
LH : À toi de me dire, ne t'en remets pas à moi. Tu crois que je peux... Je ne veux pas perdre de position.
PB : OK, je te recommande de rester en piste.
LH : Je vais perdre la position face à George... [incompréhensible]

George Russell et Lewis Hamilton en lutte au GP de Miami

George Russell et Lewis Hamilton en lutte au GP de Miami

Chaussé de pneus mediums neufs face aux durs usés de son équipier, Russell n'a pas tardé à constituer une menace et à passer, même s'il a dû s'y reprendre à deux fois après être allé hors piste lors de sa première manœuvre. Avant cela, les deux Mercedes avaient pris l'avantage sur un Bottas qui avait commis une erreur sous pression au virage 17. Au bout du compte, Hamilton a terminé à la même position qu'avant le Safety Car mais a tout de même déclaré "attendre" que la balance en termes de réussite s'inverse un peu, après trois courses sur les cinq premiers GP lors desquelles le Safety Car a plutôt servi son équipier.

Après l'épreuve, ce dimanche soir, le Britannique est également revenu plus à froid sur le moment de la discussion diffusé par la réalisation TV : "Quand vous êtes en piste, vous n'avez pas toutes les informations", a-t-il rappelé. "Vous ne savez pas où sont les autres et vous n'avez pas l'image [que les ingénieurs] ont à l'écran. Alors quand on vous donne la responsabilité de prendre une décision, vous avez l'impression de faire un pari et je n'aime pas ça. Alors j'ai juste dit : 'Prenez la décision'. Mais dans tous les cas, c'était juste de la malchance."

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