Sans troisième voiture, le programme junior Mercedes menacé ?

L'avenir du programme de jeunes pilotes Mercedes s'assombrit, alors que la marque à l'étoile peine à trouver des baquets pour ses protégés.

Sans troisième voiture, le programme junior Mercedes menacé ?

Cela ne fait que quelques années que le programme de jeunes pilotes Mercedes existe, et s'il a mené deux de ses trois membres à la Formule 1, sa raison d'être est aujourd'hui remise en question.

Pascal Wehrlein est devenu le premier protégé de l'écurie anglo-allemande en 2014, lorsqu'il courait pour la marque de Stuttgart en DTM et a entrepris un programme conséquent sur le simulateur de l'équipe F1 à Brackley, avant de devenir son pilote de réserve en septembre de la même année. Quelques mois plus tard, Mercedes a pris Esteban Ocon sous son aile, alors que le Français faisait face à un avenir incertain après son sacre en F3 Europe. Ocon a alors fait ses preuves en remportant le titre GP3, et un certain George Russell a marché sur ses traces, recruté par Mercedes en janvier 2017 et également Champion GP3 cette année-là.

Lire aussi :

Or, tous trois semblent désormais se retrouver dans une impasse. Pilote Manor en 2016 et Sauber en 2017, Wehrlein n'a pas trouvé de baquet pour la saison actuelle et a été contraint de retourner en DTM, dont il est d'ailleurs le plus jeune Champion de l'Histoire suite à son titre en 2015. Ocon, qui a débuté en F1 mi-2016 chez Manor avant de rejoindre Force India dès 2017, se retrouve mis en difficulté par le rachat de la structure de Silverstone, son nouveau propriétaire étant un consortium mené par Lawrence Stroll. L'arrivée inéluctable de son fils Lance semble destinée à pousser Ocon vers la sortie.

Bien entendu, le Normand dispose d'autres options – McLaren, Williams – étudiées avec minutie, mais son avenir dans l'élite n'est pas assuré pour autant, ironiquement en raison de son statut de protégé de Mercedes. La situation de Russell s'en complique d'autant plus, puisque le leader du championnat de Formule 2 est en train de prouver qu'il est prêt à rejoindre la catégorie reine, mais Williams semble actuellement représenter sa seule option, en admettant qu'Ocon trouve refuge ailleurs.

"Nous avons trois jeunes vraiment talentueux qui manquent d'opportunités, et cela atteint un stade où nous devons décider quoi faire à l'avenir", déclare Toto Wolff, directeur de Mercedes F1, interrogé à ce sujet par Motorsport.com. "Financer une écurie junior n'est pas une option. Mettre 70M€, 80M€, 90M€ tous les ans dans une écurie junior juste pour que nos jeunes pilotes aient un baquet n'est pas ce que je souhaite faire. D'un autre côté, si ces pilotes sont stigmatisés en tant que pilotes Mercedes, alors cela ne semble pas être la proposition la plus attractive."

"Je suis un 'racer' au plus profond de moi et je trouve qu'il faut soutenir et développer les meilleurs talents. J'espère donc que nous allons trouver une solution pour ces gars-là. Sinon, je remettrai en question l'avenir du programme de jeunes pilotes."

"Nous prenons beaucoup de plaisir à aider les jeunes pilotes qui manquent de budget. Mais si notre soutien fonctionne jusqu'à la F1 avant de les empêcher d'obtenir les bons baquets, il faut y réfléchir. Et se demander ce que cela signifie d'être pilote Mercedes. Si l'on ne peut pas leur trouver une place en F1, ça n'a pas beaucoup de sens, et ce serait dommage quant au niveau des pilotes en F1. Je vais en discuter avec le conseil d'administration et le management à la fin de l'année selon la situation de George, de Pascal et d'Esteban."

Mercedes est pourtant prêt à faire des concessions pour permettre à Ocon notamment de poursuivre sa carrière en Formule 1, par exemple le placer dans une équipe qui n'est pas motorisée par la marque à l'étoile, comme en témoignent les négociations avec McLaren.

"Si l'on court pour une autre équipe, on court pour une autre équipe, et je ne vais pas emmerder Esteban parce qu'il court pour Renault, McLaren ou Williams, contrairement à ce qui a été dit", insiste Toto Wolff. "Il faut revoir tout ce système, à mon avis."

Wolff déplore le manque de prise de risque des top teams dans un contexte où Ferrari pourrait remplacer Kimi Räikkönen par Charles Leclerc, où Red Bull a donné leur chance aux inexpérimentés Max Verstappen et Pierre Gasly, mais où Mercedes a justement préféré conserver Valtteri Bottas plutôt que de tenter le pari Ocon.

"Posséder une autre écurie juste pour trouver une place aux jeunes pilotes n'a pas de sens pour nous", répète l'Autrichien. "Et je pense que les grandes équipes ne prennent pas de risques avec les jeunes pilotes. On peut dire que c'est ennuyeux, je trouve que ça l'est."

"Je pense qu'il faudrait prendre des risques, nous devrions mettre des talents de 18 ou 19 ans dans une voiture de pointe et leur donner une chance. Mais le problème, c'est que si l'on perd un championnat des pilotes ou des constructeurs parce qu'ils sont en train d'apprendre, ce n'est pas génial. Nous ne l'avons jamais fait, et Ferrari non plus. Nous devons donc nous poser des questions."

L'hypothèse de la troisième voiture

Ainsi Wolff prône-t-il l'engagement d'une troisième voiture par écurie – sujet régulièrement évoqué ces dernières années –, laquelle serait réservée aux jeunes pilotes, avec le double avantage de permettre aux espoirs de prendre de l'expérience en Formule 1 et d'avoir davantage de concurrents au départ des Grands Prix.

"J'ai une solution simple : donnez-nous une troisième voiture, qu'il soit obligatoire d'y mettre un jeune pilote avec deux ans d'expérience au maximum", suggère Wolff. "Les coûts ne seraient pas immenses. La grille serait bien remplie et nous aurions un superbe spectacle avec les jeunes loups qui se battraient avec acharnement face aux Valtteri et autres Lewis de ce monde pour nous surprendre."

Bien évidemment, il s'agit d'un scénario qui ne déplairait pas à Ocon. "Si ce pouvait être le cas, ce serait évidemment fantastique", sourit le principal intéressé. "Mais je n'imagine pas que ça se produise, à vrai dire. J'aimerais, c'est sûr. Cela créerait des opportunités pour les jeunes pilotes comme Charles [Leclerc], George et moi. Une opportunité géniale. Mais la Formule 1, ça a toujours été deux voitures, et les coûts engendrés mettraient les équipes en difficulté. Je pense que ça pourrait être dur. Je ne veux pas trop en rêver."

Propos recueillis par Jonathan Noble

partages
commentaires
Steiner répond à Alonso après sa pique sur Haas

Article précédent

Steiner répond à Alonso après sa pique sur Haas

Article suivant

Pirelli dévoile les stratégies pour le GP d'Italie

Pirelli dévoile les stratégies pour le GP d'Italie
Charger les commentaires
Innovations bannies : le double diffuseur de Brawn GP Prime

Innovations bannies : le double diffuseur de Brawn GP

La saison 2009 de Formule 1 est célèbre pour avoir vu l'arrivée et le triomphe immédiat de Brawn GP sur les cendres de l'équipe Honda, avec la victoire dans les deux championnats à la clé, scellée il y a 12 ans jour pour jour à Interlagos.

Échanges radio, ou le danger d'une trop grande interprétation Prime

Échanges radio, ou le danger d'une trop grande interprétation

Lewis Hamilton a répondu aux articles le disant "furieux" contre Mercedes après des échanges radio houleux lors du Grand Prix de Turquie. Une mise au point qui rappelle à quel point les extraits radio diffusés en F1 peuvent aussi bien éclairer que déformer une situation réelle.

Formule 1
14 oct. 2021
Vettel : "Certains sujets sont trop importants pour être négligés" Prime

Vettel : "Certains sujets sont trop importants pour être négligés"

Près de quinze ans après son arrivée en Formule 1, Sebastian Vettel a bien changé. Le quadruple Champion du monde n'hésite plus à défendre les causes qui lui tiennent à cœur, telle la protection de l'environnement et des personnes LGBT. Quel avenir aura-t-il à son départ de la Formule 1 ? Le pilote Aston Martin s'est confié à plusieurs médias, dont Motorsport.com Italie.

Formule 1
13 oct. 2021
Comment les arrêts au stand sont devenus une forme d'art en F1 Prime

Comment les arrêts au stand sont devenus une forme d'art en F1

Les arrêts au stand en Formule 1 sont un mélange à vitesse accélérée de haute technologie et de performance humaine. Pat Symonds nous décrit comment cette science des gains marginaux rend les arrêts si rapides.

Formule 1
12 oct. 2021
Les notes du Grand Prix de Turquie 2021 Prime

Les notes du Grand Prix de Turquie 2021

Après le Grand Prix de Turquie, seizième manche de la saison 2021, nous avons attribué les notes suivantes aux pilotes.

Formule 1
11 oct. 2021
Pourquoi Mercedes est plus fort et plus faible qu'il n'y paraît Prime

Pourquoi Mercedes est plus fort et plus faible qu'il n'y paraît

Mercedes et Lewis Hamilton ont dominé la première journée du Grand Prix de Turquie 2021, sur la surface grandement améliorée du circuit d'Istanbul. Mais la position de l'équipe n'est pas tout à fait ce qu'elle semble être. Voici pourquoi.

Formule 1
9 oct. 2021
Le dilemme du cash derrière les choix du calendrier F1 Prime

Le dilemme du cash derrière les choix du calendrier F1

La promesse de Liberty Media selon laquelle toute nouvelle course s'ajoutant au calendrier doit apporter une valeur ajoutée aux fans, aux équipes et à la Formule 1 en général a été remise en question par de multiples facteurs, découlant tous de la pandémie de COVID-19. Mais avec un œil sur le bilan comptable, la F1 va-t-elle à l'encontre de ses promesses avec ses récents projets ?

Formule 1
8 oct. 2021
Pourquoi Pérez n'a pas à s'inquiéter de ses récentes performances Prime

Pourquoi Pérez n'a pas à s'inquiéter de ses récentes performances

Les dernières courses ont été difficiles pour Sergio Pérez. Le pilote Red Bull n'a récolté que 16 points depuis le Grand Prix de Grande-Bretagne en juillet, et les chances de l'équipe de remporter le championnat des constructeurs ont été compromises. Pourtant, le Mexicain reste optimiste et pense qu'il a tous les outils nécessaires pour améliorer ses performances.

Formule 1
5 oct. 2021