Sainz : "Il n'y a pas assez d'essais, et je déteste ça"
Avec un jour et demi d'essais dans les mains, perturbé par les conditions difficiles rencontrées à Bahreïn, Carlos Sainz devra entamer la saison avec quelques incertitudes concernant sa monoplace. L'Espagnol juge handicapant les tests hivernaux très limités, surtout pour les pilotes qui ont changé d'équipe.
Photo de : Clive Rose / Motorsport Images
Les essais de pré-saison maintenant terminés, les équipes retournent chacune dans leur usine respective en attendant le premier Grand Prix de la saison en Australie. Williams devrait être excité à l'idée de montrer ce que sa monoplace a dans le ventre puisque les résultats des tests de Bahreïn ont semblé plutôt positifs. Les temps au tour ont été assez rapides puisque Carlos Sainz a signé le meilleur chrono de la deuxième journée (et de l'ensemble des essais) et Alexander Albon, le troisième meilleur temps de la troisième journée ; des données toujours à prendre avec des pincettes tout de même.
Le programme de roulage de Williams a vu les deux pilotes se répartir la première journée, Sainz prendre les rênes lors de la totalité du jour et Albon piloter seul durant toute la session du vendredi. L'Espagnol a donc dû concentrer une grande partie de son travail sur cette seconde journée. Toutefois, ses essais ont été perturbés par des conditions particulièrement fraîches et de la pluie, qui a notamment freiné la séance pendant un certain temps le matin.
"Je ne pilotais pas [vendredi], alors j'ai dû tout faire en même temps, [jeudi]", a déclaré Sainz à Bahreïn. "J'ai également fait beaucoup de longs relais. Malheureusement, nous n'avons pas pu les faire assez longs, parce que nous étions très limités par le temps et les éléments que nous voulions tester. Mais j'ai pu me faire une idée des sensations de la voiture, de la dégradation des pneus, et j'ai dû tout intégrer dans une journée où il pleuvait et où le vent changeait. Je pense que nous avons tiré le meilleur parti possible d'une journée aussi délicate qu'hier."
Un bilan plutôt positif donc, bien que le manque de roulage, dû au peu de séances d'essais de pré-saison disponibles pour les écuries, a affecté les sensations de Sainz, qui devra donc entamer les premières manches de la campagne avec certaines inconnues concernant la FW47.
"La réalité, c'est qu'à l'attaque, je ne savais pas où trouver les deux derniers dixièmes", a-t-il avoué. "Je vais aborder les premières courses sans savoir où trouver la performance cachée de la voiture. J'étais un peu perdu, ne sachant pas si je devais plus attaquer en entrée de virage ou non, je dois me concentrer sur les sorties donc."
"[Mais] on ne découvre cela que lorsque l'on utilise cinq trains de pneus tendres en qualifications et en comprenant ensuite d'où vient la performance dans le tour. J'ai l'impression que tous ceux qui changent d'équipe, malheureusement, avec seulement un jour et demi d'essais, ne découvrent cela que lors des premières courses."
"Tout est différent", a ajouté l'Espagnol concernant ses impressions dans cette monoplace qui ne lui est finalement que très peu familière. "Je ne sais pas si cela vient du moteur, de la suspension, de la boîte de vitesses, de la position du baquet. Il faut penser que tout est nouveau pour moi. Et je n'ai eu qu'un seul jour dans la FW46, et un jour et quelques dans la FW47, avec trois mois d'écart entre les deux."
"La réalité, c'est qu'avec la situation actuelle des essais en F1, tout ce que je vous dis ici… Il n'y a pas vraiment de tests en réalité. Il n'y a pas [assez] d'essais, et moi, je déteste ça, parce que c'est exactement là où je crois qu'une équipe de Formule 1 peut améliorer la voiture et qu'un pilote peut avoir un rôle à jouer dans le développement. Mais de nos jours, les essais n'existent pas vraiment."
Carlos Sainz, Williams FW47
Photo de: Williams F1
Interrogé sur les forces et faiblesse de la nouvelle Williams, Sainz a répondu : "La vérité, c'est que je ne sais pas, parce que je n'ai pas fait autant d'essais que je le souhaiterais. J'ai l'impression que je quitte Bahreïn avec cinq ou six choses que j'aurais aimé tester deux fois plus, pour savoir dans quelle direction aller pour le reste de la saison. Et je ne sais pas comment la voiture réagit à certaine chose. Ce que je peux vous dire, c'est que la conduite de la voiture à Bahreïn a été correcte. Et évidemment, pour être relativement rapide, il faut se sentir en confiance. C'était le cas à Abu Dhabi [pendant les tests d'après-saison], comme vous l'avez vu, et ici aussi aujourd'hui."
"Et il est certain que le fait de changer d'équipe a un effet, surtout au début. C'est votre travail en tant que pilote de rendre ce processus aussi fluide que possible et de ne pas faire perdre, à vous et à l'équipe, beaucoup de positions et de points. Mais c'est ce qui arrive quand on change d'écurie. C'est normal. Un jour et demi d'essais n'est pas suffisant pour que nous comprenions tout ce qui est nouveau. Et tout est nouveau quand on change d'équipe."
Une adaptation à 95%
Ces trois jours d'essais ont également été la dernière véritable occasion pour les pilotes ayant été transférés cet hiver, de s'adapter à leur nouvelle équipe en situation. À la question de savoir s'il s'était acclimaté à Williams à 100%, Sainz a répondu : "Je pense que cela dépend de ce que vous appelez une adaptation à 100%. Pour moi, 100% c'est ma dernière référence, c'est-à-dire quatre ans dans une équipe, celle de Ferrari."
"Vous connaissez tous les secrets de l'équipe, toutes les personnes dont vous devez extraire les performances, tous les petits bouts de temps au tour qu'il y a dans la voiture, dans toutes les directions du vent, les conditions, le type de circuit, les spécificités des virages. Pour moi, c'est ça du 100%.
"Évidemment, en un jour et demi dans une voiture et en deux mois au sein de l'équipe, je suis très loin de ce 100%. Ensuite, il y a ce que l'on peut appeler les 95%, qui sont un niveau tout à fait convenable pour commencer à performer dans une équipe de Formule 1 et pour commencer à enchaîner les bons week-ends et les bons résultats, et j'espère que je n'en suis pas trop loin, mais je n'y suis pas encore."
Propos recueillis par Oleg Karpov
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