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Marc Márquez, riche de son expérience plutôt que vétéran

Sa gueule d'ange à ses débuts cachait l'appétit dévorant d'un jeune pilote prêt à bâtir l'un des palmarès les plus fournis du MotoGP. Aujourd'hui âgé de 32 ans, Marc Márquez s'est mué en vétéran, enrichi par de multiples expériences, mais le recordman de la victoire la plus jeune n'a rien d'un papy des circuits.

Marc Marquez, Ducati Team

Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

À 20 ans et 63 jours, Marc Márquez battait un record établi trois décennies plus tôt et qui fait de lui, aujourd'hui encore, le plus jeune vainqueur en MotoGP. Mais en étant désormais le pilote le plus âgé du championnat après Johann Zarco, l'Espagnol pourrait commencer à se projeter vers d'autres records, d'ancienneté cette fois, s'il confirme le niveau de performance affiché cet hiver et ouvre une nouvelle ère victorieuse dans sa carrière.

Cette perspective ne l'enchante pas vraiment, même si, à tout juste 32 ans, il a encore le temps de se faire à cette idée. Valentino Rossi détient en effet le record du pilote le plus âgé à avoir gagné en MotoGP (38 ans et 129 jours) et de la plus grande période victorieuse (16 ans et 351 jours), et le record absolu dans la catégorie reine repousse le dernier succès à 44 ans et 237 jours, l'âge de Fergus Anderson lorsqu'il a gravé cette référence dans le marbre... en 1953 !

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Au-delà de la coquetterie qui peut pousser l'octuple champion du monde à froncer le nez à l'idée de basculer dans les records d'ancienneté après avoir battu ceux de précocité, cette capacité démontre surtout la longévité hors normes qui est celle de Marc Márquez. Douze ans après ses débuts dans la catégorie, très vite synonymes de succès à l'époque puis l'ayant mené à figurer au premier plan jusqu'en 2019, il a réparé ce qui devait l'être, tant physiquement que mentalement, pour retrouver le sommet.

Il s'est au passage enrichi d'expériences, particulièrement en traversant le tunnel dans lequel l'a plongé sa chute au début du championnat 2020, survenue dans une course dont il était l'animateur flamboyant, et c'est de cela qu'il compte s'inspirer pour franchir la dernière étape de son retour au sommet.

"Je vais essayer de faire de mon mieux en mettant à profit toute mon expérience pour améliorer l'équipe, la moto, et surtout pour obtenir les résultats", a-t-il promis cet hiver.  Et d'ajouter lorsqu'il a été questionné sur son approche aujourd'hui par rapport à ce qu'elle était à ses débuts : "Il y a 12 ans, j'étais le plus jeune en MotoGP et maintenant j'ai cette expérience. Mais l'approche reste la même : il faut être rapide. Si on est rapide en piste, il est plus facile de contrôler son approche."

Marc Márquez a pris de la bouteille et compte en tirer profit.

Marc Márquez a pris de la bouteille et compte en tirer profit.

Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images

"On verra ce qu'on peut faire. On sait que l'être humain est le seul animal au monde qui refait deux fois la même erreur ! On peut apprendre de ses erreurs, oui, mais on verra. Avec l'expérience, on peut aborder certaines choses différemment mais on doit aussi travailler un peu plus si on veut garder les jeunes pilotes derrière."

Quelle différence voit-il entre le Márquez de 2013 et celui d'aujourd'hui ? "Plus que le jeune Marc et le vieux Marc, c'est l'expérience que l'on acquiert pendant une carrière [qui compte]. Ça change beaucoup. Pas les victoires, mais les mauvais moments, parce que quand on gagne on n'apprend pas grand-chose car on fait déjà les choses de la bonne manière. C'est quand on traverse un mauvais moment, une expérience difficile, que l'on apprend le plus et ça permet de réaliser ce que gagner veut dire car quand on est au top on ne le comprend pas."

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Une excitation inchangée, mais moins insouciante

Cette nouvelle saison marque aussi son retour à un poste de pilote d'usine, rôle qu'il a volontairement cherché à délaisser en 2024 pour se recentrer sur la quête de performance personnelle. S'il est apparu très excité, peut-être même un peu ému, en montant sur la scène de Madonna di Campiglio tout de rouge vêtu lors de la présentation officielle de son équipe, le mois dernier, il voit cette étape différemment par rapport à l'enthousiasme qu'il ressentait en 2013 en revêtant la combinaison Repsol Honda.

"C'est très différent", a-t-il concédé, "principalement parce qu'en 2013, ce n'était pas réaliste. Je n'étais pas conscient de là où je me trouvais. Et maintenant, à 32 ans, on est réaliste quant à ce qu'est le MotoGP, ce que signifie le fait d'être dans une équipe d'usine, et ce que signifie le fait d'être dans l'équipe qui mène actuellement. On le remarque beaucoup plus, mais il est clair qu'en 2013, tout était extraordinaire, tout était un cadeau."

"Aujourd'hui, j'ai toujours des papillons dans le ventre, mais je suis très réaliste quant à ce qu'implique le fait de porter ces couleurs", ajoutait-il alors, bien conscient que courir pour Ducati signifie gagner et qu'un éventuel dixième titre ne dépend désormais plus que de lui.

Quid de sa condition physique, 12 ans après ses débuts ? "Physiquement, je vais bien, je me sens en forme", a-t-il fait savoir. "Logiquement, il n'est pas bon de comparer celui que j'étais à 20 ans et celui que je suis aujourd'hui, mais après tout ce que j'ai vécu, je me sens très bien, je suis en forme. L'année dernière, j'ai réussi à oublier certaines courses, à oublier ce qui s'est passé dans le passé."

Marc Marquez, Ducati Team

Marc Márquez redevient pilote officiel, parfaitement conscient des enjeux et des attentes.

Photo de : Ducati Corse

"Je dois travailler davantage, mais c'est la vie, plus on avance en âge et plus il faut travailler. Alors maintenant, avec tout ce qui s'est passé, il me faut travailler davantage. Je fais plus de physio, j'ai plus de séances de gym spécifiques et plus autant de volume. Tout cela est géré par des professionnels en qui je dois avoir confiance. Si je me montre performant et au plus haut niveau, c'est ça qui compte."

Son expérience est aussi ce qui fait dire à Marc Márquez que sa cohabitation avec Pecco Bagnaia sera harmonieuse. "Si vous placez deux coqs dans un poulailler à 22 ou 25 ans, c'est mauvais, c'est une bombe. Mais il a 27 ans et moi 32", soulignait-il cette semaine dans une interview sur la chaîne de TV espagnole Antena 3.

Tout en saluant le côté "gentleman" de Bagnaia, il a insisté sur l'approche mûre que tous deux ont de la course. "On sait tous les deux que, de la première à la dernière course, chacun va penser à ses propres intérêts sur la piste. Mais ensuite, en dehors de la piste, je sais quelle est la différence. Quand j'avais 20 ans, je n'arrivais pas à faire la différence. C'était une question de vie ou de mort. À 20 ans, j'étais comme aujourd'hui… mais en pire ! [rires]"

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