Interview
MotoGP
Pavesio décrypte les pilotes Yamaha de 2027 : "Jorge nous a fait nous sentir désirés"
Seconde partie de notre interview avec Paolo Pavesio, dans laquelle le directeur exécutif de Yamaha Motor Racing explique à Motorsport.com quels facteurs ont convaincu le constructeur de recruter trois nouveaux pilotes aux côtés de Toprak Razgatlioglu pour la saison MotoGP 2027.
Matteo Nugnes Giacomo Rauli
Publié: 29 sept. 2026, 15:45
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Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images
À l'occasion du week-end MotoGP à Misano, Motorsport.com a eu l'occasion de s'entretenir longuement avec Paolo Pavesio, directeur exécutif de Yamaha Motor Racing, sur de nombreux sujets très intéressants. Après une première partie dédiée aux plans du constructeur pour renouer avec le succès, voici la suite de notre échange au sujet des pilotes 2027.
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Et Yamaha a réussi un véritable coup de maître en signant avec l'actuel leader du classement général, Jorge Martín, et ce dès le début de cette saison alors que le champion du monde 2024 sortait d'une année très difficile. Il y a également le recrutement d'Ai Ogura, scellé très vite au printemps, et qui pourrait là aussi se révéler un pari gagnant au vu de la progression éclair du Japonais.
Chez Pramac, Yamaha s'attellera à former le jeune Izan Guevara, autre pari sur l'avenir. Le seul à entrer dans la prochaine saison en ayant une petite expérience du constructeur sera finalement Toprak Razgatlioglu, que Paolo Pavesio connaît très bien et qu'il observe avec d'autant plus d'attention que sa première année donne parfois l'impression d'entamer son moral.
Toprak Razgatlioglu attend les pneus Pirelli car il a beaucoup de mal avec les Michelin. Comment le jugez-vous jusqu'à présent, sachant que vous le connaissez très bien depuis le WorldSBK ?
Je dois dire que si vous m'aviez posé la question jusqu'à Assen, je vous aurais répondu : "Très positif", car il a affiché une courbe de progression et de performances assez évidente au cours de la première moitié du championnat. Au début de l'année, il se répétait une chose qui pouvait sembler absurde. Il disait : "Je veux être le meilleur des pilotes Yamaha". Cela devait être son seul objectif. Mais il devait aussi apprendre à évoluer dans un système plus complexe, à piloter une moto différente, à gérer les essais, à construire ses performances, et enfin, il devait avoir son objectif sportif, qui était justement celui-là.
Nous savons que notre package n'est pas compétitif face à celui de ceux qui se disputent les victoires. Toprak a réalisé un excellent parcours. Malheureusement, il a souffert de chattering à Assen, mais il est parti dernier et a abandonné alors qu'il était dixième après dix tours. Il était en train de réaliser sa meilleure course de l'année. Il a encore du mal à travailler avec la méthode qu'il faut. Il a à ses côtés le directeur technique qu'il faut, la bonne équipe, et nous devons essayer de lui faire comprendre qu'en MotoGP, on construit sa performance dès la première sortie du vendredi matin. Il faut rester en piste même si les temps ne sont pas au rendez-vous, faire les séances…
C'est sans doute plus facile de faire ces choses-là quand on est plus jeune. Quand on a beaucoup gagné et qu'on a été en tête d'une catégorie pendant cinq ou six ans, peut-être même avec une certaine marge de talent – il faut savoir qu'il a toujours gagné sans avoir la meilleure moto, et j'y inclus aussi la Yamaha, sans détour –, ce n'est pas facile non plus.
Toprak Razgatlioglu (Pramac Racing)
Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images
Il vit actuellement une saison qui constitue un formidable terrain d'entraînement. Il ne doit pas rêver des Pirelli. Plus il apprend ainsi, mieux ce sera pour l'année prochaine. Au final, c'est aussi un parcours qu'il doit suivre. Mieux vaut le faire tôt que tard, même si nous savons que cette année est difficile, notamment en raison de notre compétitivité générale.
Il doit se remettre au travail tout au long du week-end. Car nous le voyons bien : en course, il est toujours plus performant qu'en essais, mais si vous partez dernier ou en fond de grille, c'est plus difficile. Le rythme est intéressant. A-t-il le talent pour rester en MotoGP ? Pour moi, oui. Doit-il régler certaines choses pour s'améliorer ? Certainement oui. La moto… Nous y travaillons.
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Toujours au sujet de 2027, vous avez annoncé votre duo de pilotes et vous avez réalisé deux coups de maître avec l'arrivée de Jorge Martín et d'Ai Ogura. Pouvez-vous nous raconter comment les discussions et les négociations ont débuté avec eux et, surtout, est-il vrai, selon vous, que le cas de Martín est un pari réciproque, c'est-à-dire qu'il mise sur vous et vice versa ?
Oui, on peut dire cela. Je pense toutefois que nous avons recruté un pilote qui a remporté un titre mondial en MotoGP, qui est passé tout près d'un autre, et qui possède le talent et la vitesse des quatre ou cinq meilleurs. Il fait partie de ce groupe. C'est plus facile à dire maintenant qu'il se trouve en haut du classement et qu'il a trouvé une certaine régularité dans ses performances. Je pense qu'il lui manque encore le pic de forme, car sur l'Aprilia, il a pratiquement perdu une année à cause d'une blessure.
Nous, nous croyions en ce pilote. Nous avons eu l'avantage de pouvoir compter sur Gino [Borsoi] qui le connaît bien, notamment pour comprendre la personne qui se cache derrière le pilote. Jorge nous a fait nous sentir désirés. Je voulais quelqu'un avec qui être transparent au sujet du projet, mais aussi qui ait envie de rejoindre une entreprise qui, aujourd'hui, rencontre des difficultés en termes de performances, mais qui investit beaucoup et qui possède une grande histoire.
L'histoire ne nous garantit aucun succès futur. Mais ce que j'ai perçu, c'est qu'il a envie de venir donner un coup de main à une entreprise qui a remporté le championnat du monde dans la catégorie reine des Grands Prix moto, avec seulement sept pilotes mais quels pilotes ! Bref, tout le monde connaît ces noms. Pour un garçon qui a déjà remporté le titre, s'il parvient à faire de même avec nous, il se place dans cette liste.
À ce moment-là, nous voulions au moins un pilote de haut niveau et les choses se sont déroulées ainsi. Puis Ai est également arrivé et nous avons saisi une belle opportunité. D'ailleurs, tout s'est passé très vite, bien plus vite qu'on ne pourrait l'imaginer. Il voulait venir chez nous, nous le voulions, et ça s'est concrétisé. Parfois, ça prend des mois à se mettre en place. D'autres fois, tout se passe très vite, comme ça a été le cas avec Ai.
Ces pilotes nous apportent de la motivation et un sens des responsabilités. Nous en avons toujours, mais avec un pilote japonais, c'est encore plus vrai. C'est une pression que j'aime ressentir. Nous devons faire mieux !
Ai Ogura (Trackhouse Racing)
Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images
Le fait qu'Ogura soit japonais a-t-il été un facteur supplémentaire dans le choix de ce pilote ?
Quand on arrive à ce niveau, pour moi, la nationalité n'a pas d'importance. Cela dit, à conditions égales et tout bien considéré, il est évident que si le pilote vient d'un pays qui revêt une importance commerciale pour vous – ce qui n'est pas ce qui compte ici –, alors on en tient compte. Mais un pilote japonais aussi fort… On pourrait peut-être aller jusqu'à dire qu'il n'y en a jamais eu de tel en MotoGP si Ai continue à progresser. Car ce n'est que sa deuxième année. Il pourrait bien être l'un des deux ou trois meilleurs pilotes japonais de l'histoire.
Cela met certainement un peu de pression, c'est inévitable. Mais tant mieux, surtout aujourd'hui, dans un pays où la moto a joué un rôle très important, mais où elle n'est plus un facteur aussi déterminant qu'autrefois. À mon avis, Ai pourrait redynamiser la passion pour la moto au Japon, pour le Japon. Promouvoir le sport moto chez lui, dans un pays qui a peu à peu perdu sa passion.
C'est le genre de chose qui se produit petit à petit, et un jour, on se réveille et on se rend compte que c'est arrivé. Je suis allé au Japon pour la première fois il y a 25 ans. Tokyo était un véritable paradis pour les passionnés de moto. La ville regorgeait de motos et de gros scooters "boostés" de LED et de Yoshimura. À Tokyo, il n'y a plus une seule moto. Pourquoi ? On a commencé par interdire de garer les motos sur les trottoirs, puis il y a eu le bruit, puis… à un moment donné, on ne voit plus de motos. Si les jeunes ne sont pas passionnés, même ceux qui font des études d'ingénieur ne le seront pas. Du coup, ils veulent faire mille autres choses, mais pas ça. Et donc, une culture qui était si forte tend à s'éteindre, et quand on va à Suzuka, il n'y a plus que 60 000 personnes, contre 150 000 auparavant.
Voyons ce qu'il est possible de faire avec un pilote japonais, d'autant plus que mes collègues me disent qu'il est en train de raviver un peu cette passion et l'intérêt des médias grand public. Et ce pays reste celui où se trouvent deux des plus grands fabricants de motos [Yamaha et Honda, ndlr], en plus de Suzuki et Kawasaki. Le Japon produit encore 50% des motos vendues dans le monde. C'est dommage, il faut faire quelque chose, et la responsabilité au Japon incombe avant tout aux constructeurs japonais.
Après ces quelques questions ciblées et plutôt sérieuses, permettez-nous de changer un peu de ton avec une question plus légère. Martín a remporté le titre chez Ducati, puis il est parti. Aujourd'hui, chez Aprilia, il figure parmi les premiers du classement et, à la fin de l'année, il s'en ira. Seriez-vous prêt à parier qu'il remportera le titre en 2028 et à le laisser partir avec le numéro 1 ?
Je le prends dans mes bras et on se dit au revoir… Mais ensuite, je le récupère en 2030 ! [rires] Il est clair que notre objectif est d'être pleinement compétitifs en 2028. Mais 2027 est une année cruciale, car nous continuerons à poser les bases. Ce serait fantastique, mais je pense que dans ce cas-là, même lui ne voudrait pas partir. Je pense vraiment que Jorge a envie de venir et notre mission est d'essayer de faire en sorte qu'il se sente bien, de lui donner une moto compétitive et de tracer notre chemin ensemble.
Matteo Nugnes, Motorsport.com Italie, et Paolo Pavesio, Yamaha Racing
Photo de : Giacomo Rauli
Vous dites au revoir à Jack Miller, mais il reste dans l'orbite Yamaha. J'imagine qu'il laissera une belle empreinte…
Pour nous, Jack a été une découverte fantastique. Il l'a été sur le plan humain, ceux qui le connaissent le confirment, mais je dois dire que l'engagement et parfois même l'enthousiasme qu'il a apportés à un projet, en essayant de voir un verre qui n'était même pas à moitié plein – même s'il y avait tout de même quelque chose –, il a toujours cherché à mettre en avant les aspects positifs, les progrès, même dans les moments les plus difficiles.
À mon avis, cela se reflète également dans ses performances, car s'il est souvent le meilleur de nos pilotes, cela tient à ses qualités de pilote, mais aussi à son attitude. Nous l'avons d'ailleurs vu à Suzuka pendant deux années consécutives sur la R1. Il a également un peu appris à connaître la moto et, d'après mon expérience, je pense que Jack pourra être l'un des grands protagonistes de ce paddock [le WorldSBK, ndlr] et qu'il le restera longtemps.
Il possédait également ces qualités qu'une entreprise recherche lorsqu'elle a besoin d'un pilote capable de la représenter. En Superbike aussi, nous travaillons à mettre en place une situation en termes de performances différente de celle d'aujourd'hui. Jack a pris connaissance de nos projets, de ce que nous sommes en train de mettre sur pied, et je suis très heureux qu'il reste.
Il est remplacé par Izan Guevara, que vous avez formé avec Pramac en Moto2 et qui a l'avantage de déjà connaître les pneus Pirelli…
Sur ce point, nous avons bien réussi, car le projet s'est développé très rapidement. Je dois dire que Gino Borsoi et Alex De Angelis ont monté une équipe en partant de zéro et qu'elle figure désormais parmi les meilleures en Moto2. Ils ont bien fait, car Gino a su repêcher Izan à un moment délicat de sa carrière. S'il avait enchaîné une autre année comme celle-là en Moto2, il lui aurait en effet été difficile de revenir dans la course. Izan a mûri, le talent était là et il a compris que pour être professionnel, il faut l'être vraiment. Il a largement mérité sa promotion.
Nous avons bien travaillé et nous avons eu de la chance, car en à peine un an et demi, le projet a déjà révélé un pilote de MotoGP. Et ce n'est pas forcé. Il ne monte pas simplement parce qu'il fait partie du projet. Il monte parce qu'il est en lice pour le titre Moto2. Qui plus est, avec une moto différente de celle que pilotent tous les autres qui sont en lice. C'est là encore un facteur qui nous montre que garder la tête baissée et travailler, ça marche.
C'était aussi la bonne année pour un renouvellement générationnel. Les motos vont beaucoup changer, elles vont se simplifier. Le fabricant de pneus est le même que celui qui a accompagné la progression des pilotes actuels de Moto2. Je trouve donc que c'est une bonne chose, et je pense qu'Izan l'a amplement mérité. Et je dois dire que lors du test que nous lui avons offert avec des pneus achetés dans le commerce, nous avons vu des choses intéressantes au cours des dix tours qu'il a effectués. D'ailleurs, il a aussi chuté, mais il a redressé sa moto et il est reparti parce qu'il ne voulait pas s'arrêter ! Il est tombé, je crois, au deuxième tour. C'est un bon pilote. Je suis content de le voir progresser.
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