Bagnaia a dû voir ses faiblesses en face avant de les corriger

Pecco Bagnaia a multiplié les chutes en début de saison mais il lui a fallu un certain temps avant de prendre conscience qu'un changement d'approche s'imposait. L'Italien a su faire son introspection pour s'offrir un titre mondial qui semblait inaccessible.

Bagnaia a dû voir ses faiblesses en face avant de les corriger
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Pecco Bagnaia est devenu Champion du monde en comblant un retard de 91 points sur Fabio Quartararo, du jamais-vu dans l'Histoire du MotoGP. Cette remontée spectaculaire, fruit d'une très bonne seconde partie de saison, n'est pas l'unique spécificité du titre de l'Italien, également le premier à s'octroyer la couronne après un total de cinq abandons, tous en raison de chutes. L'intéressé a conscience que son sacre est singulier mais espère surtout ne plus jamais se retrouver dans une situation si délicate.

"Ça veut dire qu'on a été très forts dans la deuxième partie de la saison, parce que gagner un titre comme ça, c'est dur", a résumé Bagnaia. "Il faut dire aussi que Fabio a commis plus d'erreurs dans cette partie de la saison, mais ce qui compte finalement, c'est le résultat final et on a réussi à rapporter ce pour quoi on a tellement poussé. Clairement, j'espère, et je crois, que ça n'arrivera plus parce que je ne pense pas que je commettrai à nouveau un certain type d'erreurs."

Si Pecco Bagnaia se permet une telle affirmation, c'est parce qu'il a dû gommer ses faiblesses pour remporter le titre mondial. Il était sur la défensive en début d'année, avec une moto dont il ne comprenait pas encore toutes les subtilités, mais a perçu un déclic dès Portimão, cinquième manche du championnat néanmoins gâchée par une lourde chute en Q1. Et même s'il s'est imposé dès la manche suivante à Jerez, sa première moitié de saison a été émaillée de chutes, avec des erreurs en course à Losail, au Mans et au Sachsenring, et un abandon provoqué par Takaaki Nakagami à Barcelone.

Des critiques méritées

Au soir du GP d'Allemagne, le titre semblait bien loin pour Bagnaia et la trêve estivale a mal débuté : déjà critiqué pour ses erreurs en piste, il s'est retrouvé sous les projecteurs après un accident de la circulation pendant ses vacances à Ibiza, alors qu'il était en état d'ébriété. Bagnaia n'a jamais cherché à fuir ses responsabilité et estime qu'à cette période de l'année, le premier bilan à de sa saison n'était pas digne d'un prétendant au titre et que les reproches étaient mérités.

"Je pense que tout le monde peut avoir son opinion et dire ce qu'il pense. J'accepte que certaines personnes ne veuillent pas m'encourager parce qu'ils préfèrent un autre pilote. Je peux le comprendre et je peux aussi dire qu’ils disaient la vérité parce que quand on débute la saison avec la pression de la victoire, il faut prouver qu'on est capable d'être Champion du monde, or je perdais beaucoup de courses parce que je tombais, que je faisais des erreurs."

"En début d'année, la situation était bien sûr différente parce que notre moto ne fonctionnait pas très bien et il a fallu beaucoup de temps pour l'améliorer. À Portimão, j'ai fait une grosse erreur en Q1, j'ai failli me casser la clavicule et ça a été une course difficile, je suis parti dernier. À Jerez, on a fait une course incroyable, ça a été la clé pour être à nouveau performant."

"Puis je suis arrivé au Mans et je suis tombé à nouveau, de façon idiote. On a joué de malchance à Barcelone quand Taka m'a percuté mais ça peut arriver. Au Sachsenring, par contre, j'étais là, j'essayais de suivre Fabio et je n'avais pas besoin d'aborder la course comme ça parce que j'étais sûr d'être plus performant dans la deuxième partie en ayant le pneu dur ; j'ai donc encore perdu une possibilité d'être devant."

"Après ces erreurs, je pense qu’il était normal d'être critiqué, alors je l'accepte. Je l'ai aussi accepté quand j’ai commis mon erreur à Ibiza cet été, j'ai tout accepté. Ça fait partie du boulot, chacun peut avoir son avis. J'essaie de toujours m'améliorer. Les erreurs sont malheureusement possibles mais sans erreur, on ne peut pas apprendre, on ne peut pas grandir, donc ça fait partie de la vie et il faut l'accepter."

Le plus dur a été le Sachsenring. J'étais très performant, comme au Mans, j'avais la possibilité de gagner la course mais je suis tombé. À ce moment-là, j'ai réalisé que c'était mon point faible : j'étais un pilote avec beaucoup de hauts et de bas, avec une bonne vitesse mais pas la constance.

Pecco Bagnaia

Les erreurs de Pecco Bagnaia en début de saison lui ont parfois coûté de gros points. En France puis en Allemagne, le pilote Ducati est tombé alors qu'il occupait la deuxième place, au contact du leader, et c'est à ce moment qu'il a pris conscience de la nécessité de gagner en régularité, et donc de doser son agressivité en piste. Et si pour un regard extérieur, cette faiblesse pouvait paraître évidente, elle a nécessité une phase d'acceptation chez Bagnaia.

"Le plus dur a été le Sachsenring. J'étais très performant, comme au Mans, j'avais la possibilité de gagner la course mais je suis tombé. À ce moment-là, j'ai réalisé que c'était mon point faible : j'étais un pilote avec beaucoup de hauts et de bas, avec une bonne vitesse mais pas la constance. Ce n'était pas facile à accepter. J'ai reconnu que j'avais un problème et j'ai essayé de m’améliorer, aussi grâce à ceux qui travaillent tous les jours avec moi, à la maison, et qui m’ont beaucoup aidé, ces derniers jours aussi. Je pense que je me suis beaucoup amélioré cette saison."

La chute de Francesco Bagnaia, Ducati Team

La chute de Pecco Bagnaia au Sachsenring l'a poussé à changer d'approche

Le Sachsenring n'était pourtant pas la première alerte : Pecco Bagnaia avait déjà évoqué le besoin de "gagner en maturité" après la chute du Mans, où il avait perdu le contrôle de sa Desmosedici juste après avoir été doublé par Enea Bastianini pour la première place. Au printemps, le Turinois alternait entre démonstrations, comme ses succès à Jerez au Mugello, et grosses bévues, perdant vite sa concentration quand une victoire à portée de mains commençait à lui échapper.

"Je pense que la course au Mans m'a aidé à comprendre [qu'il fallait mieux gérer la pression]. Là-bas, j'ai roulé sous la pression d'Enea et j'ai fait une grosse erreur en élargissant [au virage 8, ce qui a donné la tête à Bastianini, avant la chute au virage 13, ndlr]. Cette année, j'ai toujours eu beaucoup de pression derrière moi, Enea était tout le temps derrière moi à essayer de me doubler, et j'ai essayé de bien gérer les situations. Je savais que la deuxième place n'était pas permise, donc j'ai essayé de progresser sur ce front et on y est arrivés."

"Quand on a quelqu'un derrière soi dans le dernier tour et qu'on n'a aucun droit à l'erreur, c'est la pire des situations. On peut facilement se déconcentrer mais je pense qu'on a bien travaillé. Au Ranch, aussi, où on est tout le temps ensemble, gagner le dimanche c'est important pour nous. Je n'ai jamais gagné au Ranch, mais tous les week-ends je m’y bats avec les autres pilotes et on se met une grosse pression. Je pense que ça aussi, ça peut nous aider."

Un nouveau Bagnaia après la pause

Dans la deuxième partie de saison, la seule véritable bévue de Bagnaia en course a été sa chute de Motegi, quand il a voulu attaquer Fabio Quartararo dans le dernier tour. Mais seulement sept petits points se sont envolés, les deux hommes forts de la saison n'étant à la lutte que pour la huitième place après des qualifications délicates, et s'il a concédé une "énorme erreur", cette dernière n'a pas brisé son élan.

Aux deux succès de la première partie de saison s’est ajoutée une série de quatre victoires, d'Assen jusqu'à Misano, et une dernière à Sepang, mais Bagnaia a aussi assuré de précieux podiums en Aragón, à Buriram et à Phillip Island, apprenant à engranger de gros points quand la première place était inaccessible. Et surtout, il n'a plus craqué sous la pression dans ses duels avec Bastianini. Il les a remportés aux GP de Saint-Marin et de Malaisie, et a préféré ne pas répliquer au dépassement de son compatriote en Aragón.

Ducati a joué un rôle important pour aider Bagnaia à corriger son approche, en faisant bloc autour de son pilote, sans jamais perdre foi en son talent. "Je pense que le plus important, c'est la relation très étroite que nous avons avec Pecco chez Ducati", a souligné Davide Tardozzi, team manager de l'équipe officielle. "J'estime que c'est la clé. On n'a jamais perdu la confiance mutuelle. Je pense que ça fait une grosse différence pour nous relancer."

"Son groupe était très resserré autour de lui", a ajouté le dirigeant, premier à être impressionné par cet esprit de cohésion : "Je n'ai presque rien dit parce qu'ils faisaient mon travail ! J'ai dit bravo, c'était du bon boulot."

Francesco Bagnaia, Ducati Team

Pecco Bagnaia a toujours pu compter sur le soutien de son équipe

Au cœur cette période de doutes, Pecco Bagnaia a pu s'appuyer sur Ducati mais également sur d'autres personnes de confiance, qu'il s'agisse de ses proches et des membres de l'Academy de Valentino Rossi, tous à même de le confronter à ses faiblesses pour lui permettre d'identifier des pistes de progrès.

"Je n'ai pas travaillé avec un psychologue parce que je pense que les gens qui peuvent le plus t'aider sont ceux qui t'entourent", a précisé Bagnaia. "Les psychologues, c’est leur travail donc évidemment ils peuvent aider, mais dans ma situation, j'aime quand mon entourage me dit ce qu'il pense de moi, ce que je dois améliorer."

"Je suis quelqu'un d'assez difficile parce qu'au début je dis 'non, ce n'est pas vrai', mais après j'essaie de changer d'état d'esprit, d'évoluer pour essayer de comprendre, d'écouter ces conseils de vie. Les gens autour de moi, comme mon entraîneur, les membres de l'Academy – Uccio, Vale, Albi, Babi –, mon équipe, ma petite amie, ma famille, ils sont très importants pour moi. J'ai tout le temps essayé de les écouter dans la deuxième partie de la saison."

Le comeback historique de Pecco Bagnaia est-il la preuve que les errements dont il a été fautif appartiennent pour de bon au passé ? Seul l'avenir le dira mais l'intéressé sent que la campagne victorieuse de 2022 a fait de lui un pilote plus complet : "Si je devais revenir en arrière, je voudrais ne pas faire d'erreurs, mais avec le recul je me dis aussi que ces erreurs-là m'ont aidé à grandir et à apprendre alors je pense que tout ça fait partie de la carrière d'un pilote."

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