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Abu Dhabi 2021 : Michael Masi a été le "bouc émissaire" selon Niels Wittich

L'ancien directeur de course de la F1, Niels Wittich, a pris la défense de son prédécesseur, Michael Masi, estimant que la gestion du dénouement du championnat 2021 a été injustement critiquée. Il a également pointé un manque de soutien de la part de la FIA.

Le Safety Car devant Lewis Hamilton, Mercedes W12, Lando Norris, McLaren MCL35M, Fernando Alonso, Alpine A521, et le reste du peloton

Photo de: Sam Bloxham / Motorsport Images

En 2021, Max Verstappen et Lewis Hamilton abordaient la dernière cours ede la saison à Abu Dhabi à égalité de points, ce qui signifiait que le pilote terminant devant l'autre serait sacré champion - sauf si les deux finissaient hors du top 10, auquel cas le Néerlandais l'emporterait au nombre de victoires.

Hamilton menait Verstappen avec plus de 11 secondes d'avance lorsque la course a été neutralisée par la voiture de sécurité à six tours de l'arrivée, à la suite de l'accident de Nicholas Latifi dans sa lutte avec Mick Schumacher en fond de classement.

Par crainte qu'un drapeau rouge ne soit brandi - permettant un changement de pneus gratuit - ou que la course ne se termine derrière la voiture de sécurité, Mercedes a choisi de ne pas rappeler son pilote aux stands afin de conserver sa position en piste. Sans rien à perdre, Verstappen a, lui, opté pour des pneus tendres neufs conservant la deuxième place.

Au 57e des 58 tours, Masi a demandé aux cinq voitures retardataires qui séparaient Hamilton et Verstappen - et uniquement celles-ci - de se dédoubler, avant d'ordonner à la voiture de sécurité de rentrer immédiatement aux stands en vue du dernier tour. Lors d'une ultime attaque, Verstappen a alors dépassé Hamilton, encore en pneus durs usés, décrochant son premier titre mondial.

Max Verstappen a doublé Lewis Hamilton dans le dernier tour au GP d'Abu Dhabi 2021.

Max Verstappen a doublé Lewis Hamilton dans le dernier tour au GP d'Abu Dhabi 2021.

Photo de: Joe Portlock / LAT Images via Getty Images

Mais la gestion de course de Masi était en contradiction avec le règlement sportif de la Formule 1. L'article 48.12 disposait "Si le directeur de course considère que cela peut être fait en sécurité, et que le message 'LES VOITURES À UN TOUR PEUVENT DÉSORMAIS DÉPASSER' a été envoyé à tous les Concurrents via le système de messagerie officiel, toute voiture qui est à un ou plusieurs tours du leader doit doubler les voitures se trouvant dans le tour de tête et la voiture de sécurité."

"À moins que le directeur de course ne considère que la présence de la voiture de sécurité demeure nécessaire, une fois que la dernière voiture à un ou plusieurs tours a doublé le leader, la voiture de sécurité rentre au stand à la fin du tour suivant."

Si la voiture de sécurité était rentrée à la fin du tour suivant - le dernier tour - comme le prévoyait le règlement, le titre mondial aurait été attribué à Hamilton.

Le règlement ne définissait pas tout de manière stricte. Ce qu'il a fait relevait de son champ d'autorité. Il disposait d'une certaine marge d'appréciation dans l'utilisation de la voiture de sécurité.

"De mon point de vue, Michael n'a pas tant fauté", a déclaré Niels Wittich, qui a officié en tant que directeur de course de la F1 de 2022 à 2024, au média partenaire de Motorsport.com Formel1.de. "Le règlement ne définissait pas tout de manière stricte. Ce qu'il a fait relevait de son champ d'autorité. Il disposait d'une certaine marge d'appréciation dans l'utilisation de la voiture de sécurité."

"Un élément clé, c'est que les équipes, la FIA et la Formule 1 s'étaient toutes mises d'accord - au fil de nombreuses réunions - sur le fait que les courses devaient, si possible, se terminer sous drapeau vert. Personne ne voulait d'une arrivée derrière la voiture de sécurité."

"À Abu Dhabi, la situation était telle que toute intervention aurait désavantagé quelqu'un. Il aurait été possible de sortir un drapeau rouge, mais cela nécessite des conditions spécifiques, comme un danger pour les commissaires ou une piste bloquée. Ce n'était pas le cas. Le drapeau rouge n'était donc pas vraiment une option."

"Ensuite, il y avait la question des voitures retardataires. Dans un premier temps, il a dit qu'elles ne se dédoubleraient pas, puis il a changé de décision en autorisant l'opération, mais en modifiant la procédure habituelle en ne respectant pas le tour supplémentaire. Cela entrait dans le cadre de son autorité à l'époque."

Max Verstappen devant Lewis Hamilton au GP d'Abu Dhabi 2021.

Max Verstappen devant Lewis Hamilton au GP d'Abu Dhabi 2021.

Photo de: Zak Mauger / Motorsport Images

"Il a essentiellement fait ce que tout le monde souhaitait : offrir un dernier tour de course. Cela a donné une arrivée spectaculaire, un dépassement, un vainqueur et un deuxième. Cela aurait aussi pu tourner dans l'autre sens. C'est le sport."

"Une voiture de sécurité en fin de course est toujours controversée. Les fans n'aiment pas lorsqu'elle décide du résultat, mais cela vaut partout, que ce soit au premier tour ou dans les derniers. Il y a toujours quelqu'un qui gagne et quelqu'un qui perd. Cela fait partie du sport."

"La course en elle-même était assez monotone jusqu'à l'accident de Latifi. Sans cela, on aurait eu une fin de Grand Prix assez simple, voire ennuyeuse. Mais avec cet incident et cette intervention, tout est devenu décisif - et cela a frustré une partie des fans ou l'autre."

"Certains ont ensuite dit : 'On aurait pu sortir le drapeau rouge, faire autrement'. Oui, mais cela aurait été incohérent avec les décisions prises plus tôt dans la saison. Et la cohérence est essentielle."

"Lors de réunions avec les équipes début 2022, je leur ai demandé directement : 'Voulez-vous qu'on sorte le drapeau rouge pour le moindre incident ?' Ils ont répondu non. 'Voulez-vous des règles différentes pour la dernière course ?' Là encore, non."

"Un championnat ne se joue pas sur une seule course. Les points perdus plus tôt dans la saison comptent tout autant. Hamilton comme Verstappen ont eu des occasions de sceller le titre avant cela."

Wittich souligne le manque de soutien de la FIA

Michael Masi dans le paddock lors du GP d'Azerbaïdjan 2019.

Michael Masi dans le paddock lors du GP d'Azerbaïdjan 2019.

Photo de: Zak Mauger / Motorsport Images

Après enquête, la FIA a finalement conclu à une "erreur humaine" et a retiré Michael Masi de son poste de directeur de course. L'Australien a ensuite été la cible d'une vague d'insultes et de menaces de mort, avant de quitter complètement l'instance dirigeante.

"Après l'enquête sur Abu Dhabi, la conclusion semblait être que Michael devait partir - en faisant essentiellement de lui un bouc émissaire", a ajouté Wittich. "Ce qui a vraiment été décevant - pour moi et pour beaucoup de collègues - c'est le manque de soutien de la FIA envers Michael. C'est quelque chose qu'il faut clairement critiquer. Tout le monde savait que, dans des situations extrêmes, on se retrouvait seul."

Ce soutien n'existait plus. Et il n'existe toujours pas. C'est l'une des raisons pour lesquelles je ne suis plus directeur de course en Formule 1.

"Par le passé, sous Charlie Whiting [emblématique directeur de course de la FIA qui a officié entre 1997 et 2019], il y avait toujours un soutien de la direction de la FIA - Max Mosley [président de la FIA de 1993 à 2009] le soutenait fermement."

"Ce soutien n'existait plus. Et il n'existe toujours pas. C'est l'une des raisons pour lesquelles je ne suis plus directeur de course en Formule 1. Quoi qu'il se passe, il n'y avait pas de véritable discussion ni de soutien aux employés. Et c'est le pire enseignement de toute cette affaire."

Michael Masi siège actuellement au conseil d'administration de Karting Australia et a été directeur d'épreuve du championnat Repco NextGen NZ, qui inclut le Formula Regional Oceania Trophy.

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