Qu'est-ce qui s'est mal passé avec l'Alpine F1 2024 ?
Lorsqu'Alpine a changé de concept avec sa F1 2024, l'écurie voulait reculer pour mieux sauter. Mais les choses ont pris une tournure un peu moins réjouissante qu'attendu...
Lorsque les équipes se lancent dans un changement de direction tel que celui tenté par Alpine à l'intersaison 2023/2024, il est inévitable qu'elles traversent une phase d'apprentissage pour comprendre comment extraire le rythme de leur nouvelle plateforme. Dans le cas de l'écurie d'Enstone, cependant, la refonte de cette année n'a pas encore apporté les progrès espérés et n'a jusqu'à présent conduit son A524 qu'à être hors du coup lors des deux premières courses.
Les craintes exprimées par les dirigeants de l'équipe lors de la présentation de la nouvelle voiture, à savoir un début de campagne difficile, se sont avérées exactes ; même si les choses ont été encore pires que prévu, puisque le constructeur français semble actuellement en queue de peloton.
Comme l'a déclaré Bruno Famin, directeur de l'équipe, avant le Grand Prix d'Australie de ce week-end : "Le début de saison a été difficile. En fait, il a été plus difficile que ce à quoi nous nous attendions. Nous devons continuer à progresser et à mieux comprendre pourquoi nous manquons de performance et, en fin de compte, comment améliorer le package. Il est clair que nous avons des problèmes à régler rapidement."
Bruno Famin, le directeur d'Alpine
Photo de: Motorsport Images
Les problèmes qu'Alpine doit régler
La difficulté pour Alpine est d'être confronté à des problèmes sur plusieurs fronts, l'équipe devant s'attaquer à de nombreux facteurs si elle veut avoir un espoir de progresser. Peu avant l'annonce de sa démission lors du Grand Prix de Bahreïn, l'ancien directeur technique de l'équipe, Matt Harman, s'est exprimé ouvertement sur les sources des problèmes d'Alpine. Trois domaines ressortent clairement.
Tout d'abord, l'équipe sait qu'elle se bat avec un bras attaché dans le dos car son unité de puissance est en retrait par rapport à la concurrence. Selon les chiffres les plus fiables, les estimations situent le déficit entre 15 et 30 chevaux. Dans un milieu de peloton très serré, le temps perdu fait la différence.
En plus du problème de puissance, Alpine a également commencé la campagne avec une voiture en surpoids. Cette question a été largement débattue en public, bien que l'équipe n'ait révélé aucun chiffre sur l'ampleur de l'excédent de poids qu'elle transporte.
Une source suggère que les mesures provisoires nécessaires pour augmenter le poids de la voiture afin qu'elle passe un crash-test en particulier pendant l'hiver ont entraîné l'ajout de 15 kg supplémentaires par rapport à ce qui était prévu à l'origine, ce qui aurait fait passer la monoplace d'un niveau inférieur à la limite de poids minimum à un niveau nettement supérieur.
Il n'est pas certain que ce chiffre soit exact (car il semble assez excessif), mais lorsqu'il lui a été demandé si certains échecs aux crash-tests avaient joué un rôle dans l'ajout de poids, Harman a répondu : "Pas tous, il y a eu un cas en particulier. Il a joué un rôle dans cette situation. Mais n'oublions pas que nous devons aller très loin [lors des crash-tests]."
"Je pense que les gens d'Enstone y ont réagi et répondu de manière incroyable. Je suis très fier de tout le monde. Nous étions là lors de la journée de tournage promotionnel. Nous étions aux essais [de pré-saison] avec une très, très bonne fiabilité. Il ne nous reste plus qu'à corriger cette situation."
Pierre Gasly, Alpine A524
Photo de: Zak Mauger / Motorsport Images
Harman avait également indiqué qu'un plan précis avait été mis en place par l'équipe pour résoudre les problèmes et ramener la voiture à la limite des 798 kg : "Nous savons exactement où se trouve le poids [en trop] et nous savons comment l'éliminer. Il s'agit surtout de faire fonctionner notre système opérationnel et de transférer cela à la voiture. Ce n'est pas le niveau que nous voulons atteindre, si je suis tout à fait honnête. Mais je pense que dans un délai très, très court, nous reviendrons à la limite de poids."
Mais ce ne sont pas ces deux questions qui semblent être le plus grand casse-tête d'Alpine. Le vrai problème se situe plutôt à l'arrière de la voiture, où Pierre Gasly et Esteban Ocon sont entravés par un manque de traction et d'appui. Harman a fait référence à ce qu'il appelle le "CLR", c'est-à-dire le coefficient d'appui à l'arrière. En termes simples, cela signifie que l'A524 doit produire plus d'appui à l'arrière pour équilibrer ce qui a été obtenu à l'avant. Tant que ce ne sera pas le cas, les choses resteront difficiles.
"Comme la plupart des gens au début, nous avons besoin de plus de CLR ; nous avons besoin de plus de charge à l'arrière de la voiture", a-t-il déclaré. "Nous aimerions avoir une meilleure traction. Nous avons mis en place certaines choses pour nous donner une meilleure traction sur le plan mécanique. Maintenant, nous devons compléter cela par des mesures aérodynamiques avancées."
Esteban Ocon, Alpine A524
Photo de: Zak Mauger / Motorsport Images
La limite de performance de l'Alpine F1
Malgré cette situation loin d'être idéale, Harman a déclaré qu'Alpine avait été contraint prendre le risque de traverser cette période difficile au risque de rapidement atteindre un plafond de performance avec son design précédent.
"En plein milieu du projet A523, nous avons commencé à découvrir qu'il était de plus en plus difficile de trouver de la performance", a-t-il déclaré. "Nous fonctionnons selon un rapport coût/bénéfice, et il était de plus en plus difficile de justifier le choix de ces performances. Donc, bien avant cela, nous nous sommes dit : essayons de libérer ce potentiel, et essayons de revenir là où nous étions en 2022."
Alors que Harman ne jouera plus aucun rôle dans le processus de redressement, une nouvelle structure technique ayant été mise en place, il a clairement indiqué lors de son interview à Bahreïn que la décision de mettre en place quelque chose de nouveau cette année avait pour but d'éviter des problèmes plus tard : "C'était une décision courageuse à prendre parce que, fondamentalement, nous avons besoin d'un potentiel pour deux ans avec cette voiture. Et si nous ne l'avions pas fait, nous risquions d'avoir des difficultés plus tard. C'était là tout l'intérêt de la démarche."
Alpine espère sans aucun doute que cette décision était la bonne et que ses difficultés à court terme seront la base des bénéfices à long terme.
Esteban Ocon, Alpine A524
Photo de: Shameem Fahath
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